19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 14:52

Titre alternatif : Le Grand Fond avec une chaussure noire.

 

Sans-titre4.png

 

Les Grands Fonds, c’est un monde à part. Surgies de l’océan, ces roches calcaires (surnommées « tuf » par chez nous) ont été lentement modelées par les averses aussi brèves que puissantes qui les assaillent depuis un bon million d’années. C’est qu’il pleut dans les Grands Fonds ! Les pluies de la Basse-Terre sont célèbres mais saviez-vous que les Grands Fonds sont en lice pour le record mondial de précipitations de courte durée ? C’est en tout cas ce que suggèrent les pluies record enregistrées du côté de Port-Blanc, Barot et Masselas le matin du 26 novembre 1970 (38mm en une minute !).

 

Finalement, à force de bains de mer et de douches intempestives, les Grands Fonds sont devenus la peau fripée de la plane Grande-Terre… Un vaste dédale de mornes paisibles et de vallées humides au fond desquelles se cachent d’innombrables mares au milieu d’une végétation luxuriante : l’endroit idéal pour inaugurer notre nouveau thème « Mares et marais » ! Alors allons-y, pataugeons, barbotons, vasouillons, grenouillons à l’affût des libellules, demoiselles, tortues et autres araignées aquatiques.

 

pas mure

 

Micrathyria didyma

 

Cette première escapade nous a menés sur la trace de la Grand Mare, entre Pliane, Port-Blanc et Michaux. Discrètes de bon matin, les libellules ont fini par se montrer.

 

verte

 

des vertes - Erythemis vesiculosa,

 

Rouge

 

des rouges - Tramea abdominalis,

 

Bleue

 

des bleues - Lestes sp., seules ou « accompagnées » : un beau spectacle pour qui prend le temps de regarder.

 

Sans titre

 

Ici et là, quelques bœufs qui paissent à l’ombre bienvenue des manguiers, des arbres à pain ou des calebassiers dont certains comptent leurs jours sous l’étreinte meurtrière des figuiers maudits. C’est la vie… Bonne surprise lorsque nous croisons quelques palmiers glouglou Acrocomia karukerana, espèce devenue rare et protégée mais qui subsiste encore dans les Grands Fonds.

 

Sans titre-copie-1

 

Pas d’autres promeneurs à l’horizon dans ces vallons tranquilles mais l’empreinte de l’Homme est là, sur les versants défrichés où poussent un peu d’igname, de giraumon, de manioc et de pois d’angole, tandis que quelques tas de cendres témoignent d’une activité de charbonnage qui perdure.

 

Sans titre-copie-2

 

Sans oublier des restes de vieux murets en pierres où nous avons guetté en vain l’éclat cuirassé d’hypothétiques scinques.


Sans-titre-copie-3.png

 

Pas de sortie AEVA sans une aquarelle de Claudie, c’est presque un rituel - et l’occasion de se poser un peu dans un cadre enchanteur, de grignoter un bout et de guetter les petites bêtes qui nous échappent en chemin.

 

Sans-titre-copie-4.png

 

Araignée de la famille des Pisauridae.


Sans titre2

 

Bain de soleil pour un sans-papier. Zachrysia provisoria. Escargot brun de Cuba introduit vers la fin des années 2000.

 

Sans-titre-copie-5.png

 

Puis il est temps de reprendre le chemin, sans être tout à fait sûr qu’il s’agit du bon… mais qu’importe. Quand nos mollets finissent de nous hisser, non sans mal, au sommet d’un morne où nous retrouvons le goudron et qu’une trouée nous offre une vue inédite sur les Saintes, on est à la fois ravi déboussolé.

 

A se demander si les lignes sinueuses des Grands Fonds ne courberaient pas un peu l’espace et le temps…

 

 

Photos Thomas Delhotal (Siffleur d'Amérique) et Nicolas Barré (Moqueur corrossol).

5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 11:52

Marais-Port-Louis-Guadeloupe.jpg

 

Bientôt vous arracherez la dernière page de votre éphéméride, telle l'aile diaphane de l'insecte qui ne dure qu'un jour, l'éphémère.

 

La transition n'est pas mauvaise, puisque l'éphémère, avant d'être ailé et d'occuper l'espace aérien, est une petite bête aquatique. Parfois appelée patache. Ne me demandez pas si les larves d'éphémères mènent une vie de patachon, je ne les fréquente pas assez régulièrement pour en être sûr. Bien qu'en bon Pic qui se respecte, j'en boulotte parfois quand l'occasion se présente.

 

Mais revenons à nos patachons moutons, pourquoi diable vous parlé-je de milieux aquatiques ?

 

Parce que nous avons trouvé le thème de l'année 2015.

 

Non pas vents et marées, mais MARES et MARAIS. Marais au sens large, on ne s'interdira pas une petite mangrove par ci, un étang bois sec ou une saline par là.

 

Le thème est suffisamment large pour imaginer beaucoup d'activités. Et à propos, vous là (oui vous, je ne vois personne d'autre au clavier), vous n'auriez pas des idées ?

 

Hier soir, je prenais du repos sur un palmier à Bel Air Desrosières, là justement où le nouveau bureau d'AEVA se réunissait pour la première fois après l'assemblée générale. J'ai pu capter quelques bribes de la conversation, entre deux éclats de rire. Il faut dire que ces gens-là manquent parfois de sérieux.

 

Les-Saintes-Cabri-Tete-Poterie-2011n-b.jpg

J'ai cru comprendre que la prochaine sortie se déroulerait le dimanche 14 décembre, du côté des Grands-Fonds, la trace de "Grand Mare" justement.

 

Et que priorité serait donnée aux membres à jour de leur cotisation 2014, ou à défaut de 2013.

 

Si ce n'est pas un appel à cotisation, je ne m'y connais pas ! Un simple mail à belairbarre@hotmail.fr vous permettra de tout savoir sur la façon d'alimenter notre trésor de guerre !

15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 18:34

Le petit Larousse nous dit : "Tintamarre : Bruit assourdissant, fait de sons discordants". "Il y avait dans les sycomores un tintamarre de fauvettes (Victor Hugo, Les Misérables)".

 

2014-11-Tintamarre-Falaise-Est-.jpg

 

Des discordances (géologiques), on peut en observer sur les falaises de l'Est de l'îlet Tintamarre. Ainsi que des fauvettes à l'occasion.

 

Mais des bruits assourdissants, pas vraiment. Juste le chant des Pailles en queue, des Fous bruns, des Huitriers et Echasses d'Amérique, des Canards des Bahamas. Juste le bruissement de milliers d'Améives, ces lézards de bonne taille. Juste le souffle du vent. Juste les rayons du soleil qui éclairent les rondeurs piquantes des Melocactus, des Raquettes et des Cierges. Et les rondeurs lisses du dos des Tortues charbonnières. Quant aux Requins citrons et aux Carangues, ils sont bien là, mais ne contribuent à aucun tintamarre.

 

Sur certaines cartes, Tintamarre s'écrit avec un seul r. Tintamare : la couleur de la mer ?

 

Tintamarre est un îlet proche de la partie orientale de Saint-Martin, et fait partie de la Réserve Naturelle Nationale de Saint-Martin.

 

2014-11-Tintamarre-La-falaise.jpg

 

Peu ou prou une centaine d'hectares, une partie marine en réserve, ainsi que la zone terrestre des 50 pas géométriques.

 

2014-11-Tintamarre-et-Saint-Martin.jpg

Des petits bois à mancenilliers, quelques mares puisqu'il a beaucoup plu depuis le cyclone Gonzalo.

2014-11-Tintamarre-La-bergerie.jpg

 

Une ancienne bergerie, qui a vu des moutons jusque dans les années 70.

 

2014-11-Tintamarre-Les-murets.jpg

 

Et des murets de pierres sèches, édifiés antan lontan par des esclaves pour délimiter les propriétés. Tiens, ça me dit quelque chose les murets. Impression de déjà vécu.

 

Mais oui, à Petite Terre, qui ressemble un peu à Tintamarre, il y a aussi des murets. Qui hébergent des lézards discrets et redécouverts depuis peu. Ca me revient maintenant, des murets à Scinques. A Petite Terre, et à Désirade, les murets sont des HLM pour l'espèce Mabuya desiradae.

 

Eh bien figurez-vous qu'en mars 2013, des Scinques ont été découverts sur les murets de Tintamarre. Personne n'avait songé à regarder. C'est un autre genre : Spondylurus. Mais quelle espèce, on ne sait pas. Il faudrait pour celà aller y voir de plus près.

 

 6 rêveurs

 

Nous y voilà. En guise d'Armistice, six rêveurs d'AEVA et d'ailleurs sont allés arpenter plusieurs jours durant à Tintamarre. L'idée était de capturer deux spécimens pour la description de l'animal. 

 

Plusieurs écoles se sont affrontées : capture à la main, à la ligne ou au lasso.

 

Ligne.jpg

 

Priez pour nous pauvres pêcheurs.

 

 

 Lasso.jpg

 

Entraînement sur un Anolis gingivinus. A qui la liberté fut rendue.

 

Après 5 jours à suer sang et eau, et quelques moments de découragement, nous avons tiré les enseignements suivants :

 

Scinque-Tintamarre.jpg

Cliché N. Barré

 

- Le Scinque de Tintamarre est presque aussi rare que ses cousins de Petite Terre, et de taille nettement plus petite. Il semble être plus actif et se déplacer davantage.

- Il a tendance à se précipiter sur les petits objets blancs ou à éclat métallique, tels fil de pêche ou hameçon.

- Plus l'heure avance, plus il est vif et moins il se laisse approcher.

 

Et le dernier jour, presque au même moment sur deux murets différents, deux Scinques furent capturés. Le premier au lasso par Nicolas, le second à la main par Olivier. Un mâle adulte, c'est ce dernier qui servira de "type" lorsqu'il sera déposé au Museum.

 

Parions que Blair Hedge, que nous avons chargé de réaliser la description taxonomique de ce lézard, lui donnera un nom évoquant Tintamarre.

 

RNN.jpg

 

Il nous faut remercier la DEAL de Guadeloupe pour son soutien financier. Et le personnel de la Réserve pour son appui logistique, et surtout son accueil sympathique. Merci donc à Julien, Amandine, Franck, Steeve, Christophe et Romain ! 

31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 18:51

img310.jpg

 

"2G 7000-100 paf tout rond". 

 

Chaque année à la Toussaint, nos amis de l'association AMAZONA investissent la Pointe des Colibris. Pour être à leur aise, l'ensemble des gîtes "Amour d'Olivier" leur est réservé.

 

Mais pour quoi diable y faire ?

 

2014-10-28-07.36.58.jpg

 

Y dérouler pas moins de 144 mètres de filets.

 

2014-10-28-07.37.13.jpg

 

Y placer à proximité une sono enfermée dans des sacs poubelles, débitant à longueur de matinée des chants d'oiseaux.

 

2014-10-28-07.18.59.jpg

 

Profiter du carbet pour installer pieds à coulisse, balance de précision, feuilles de notation, et scribes appliquées (c'était des filles alors j'accorde l'adjectif en genre et en nombre).

 

2014-10-28-07.52.29.jpg

 

Vous avez trouvé. Session de baguage. Plein ouest de la Désirade.

 

2014-10-28-07.51.16.jpg

 

Frantz, Anthony, Claude, Jacky, Antoine, Eric, Thomas, Emilie, Marion, Yasmine, Marine, Lola et Damien étaient là. Et moi et moi et moi.    

 

2014-10-28-07.40.52.jpg

 

Tous affairés. Inspecter les filets. Démailler les oiseaux sans qu'ils y laissent trop de plumes.

 

img308.jpg

 

Les placer dans des sacs de tissu individuels portés autour du cou. Identifier l'espèce et si possible le sexe.

 

2014-10-28-07.52.20.jpg

 

Vérifier son adiposité - donc son état de forme - en lui soufflant dessus au niveau du bréchet.

 

2014-10-28-09.20.12.jpg

 

Prendre ses mensurations.

 

2014-10-28-07.49.44.jpg

 

Puis le placer la tête la première dans un gobelet et déposer le tout sur la balance. Lui passer la bague au doigt (à l'inverse de nous autres humains, la bague est placée à droite).

 

2014-10-28-07.50.02.jpg

 

Et enfin le relâcher avec une pointe de regret. C'est si doux d'avoir les oiseaux en main.

 

Enfin je dis ça, mais moi je suis un oiseau, j'ai d'ailleurs pris garde à ne pas être pris dans leurs filets. Un Pic bagué, il ne manquerait plus que ça. Quand je leur ai demandé pourquoi ils faisaient ça, voici quelles furent leurs réponses.

 

2014-10-28-07.34.11.jpg

 

"Ca sert à connaître les routes de migrations".

"Ca permet de connaître l'évolution des populations, mais d'une fois sur l'autre les oiseaux s'habituent aux filets alors c'est difficile de comparer".

"Ca permet de faire du suivi".

"Ca permet de savoir si on a affaire à des sous-espèces".

 

img306.jpg

 

Et la dernière, que je retiendrai partculièrement.

 

 

2014-10-28-07.38.18.jpg

 

"C'est aussi pour le plaisir de voir les oiseaux de près, et de nous retrouver ici chaque année".

1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 15:09

Mabuya-desiradae-petite-terre

 

Pour vous donner envie de venir écouter les aventures des Scinques de la Désirade, une petite vidéo sans prétention de la bestiole, réalisée par Paul, cliquez .

 

Rendez-vous donc vendredi 3 octobre à l'UAG à 18h, en Biologie marine.

1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 10:13

Honneur aux derniers arrivés...

 

 

Lionel Petit

 

J'ai participé à cet évènement par jeu et par l'excitation de pouvoir "chasser" le maximum d'espèces dans les jumelles en un minimum de temps!! J'aimerais pouvoir donner l'envie aux amoureux de la nature de découvrir ces nombreuses espèces d'oiseaux peuplant notre île. L'observation ornithologique notamment au sein de l'Association Amazona permet d'accroître nos connaissances sur la biodiversité Guadelouppéenne et ainsi favoriser sa protection.
Le meilleur moment de ma journée fut sans aucun doute l'observation simultanée de deux espèces de Colombes très farouches posée à 5 mètres l'une de l'autre à Grand -Etang : la Colombe à croissants et la Colombe rouviolette (1ère observation pour moi!!).
 
Loin du score excellent des pros, j'ai apprécié le Challenge et je suis motivé pour la prochaine séance dans deux ans...

12 - Décembre - GU - Colibri madère3

Colibri madère. 

 

 

Thomas Delhotal, alias Tyran gris

 

J’ai participé au Big Day parce que c’était l’occasion d’une belle journée dans la nature. La montée en pression des semaines précédentes était prenante et j’ai atteint mon objectif de 50 espèces donc je suis content. Mais surtout, c’était génial d’explorer des sites complètement différents en restant constamment à l’affut de la moindre plume. Et en croisant furtivement mes adversaires au détour d’une saline ou d’un étang. Mes coups de cœur de la journée par ordre d’apparition : la Colombe à croissants, le Coulicou manioc, l’Erismature rousse et le Canard des Bahamas qui m’a valu un petit bain de boue.

 

Hirondelles-a--ventre-blanc-Progne-dominicensis---Port-Lou.JPG

Hirondelles à ventre blanc, ne faisant pas le printemps.

 

 

Franz Delcroix

 

Après 2 mois de bluff, de test, de tension, nous y sommes. Une heure de sommeil seulement, je pars comme prévu : à minuit. Petit SMS pour embêter les autres, et je me lance dans cette journée de folie, mon coffre rempli de matériel, de nourriture (que je toucherai à peine, me contenant de bananes, d’amande et de pain), de vêtements de rechange « au cas où »…

 

J’oublie la pénombre, et la petite voix qui tente de me dire que je suis folle, qu’une fille ne peut pas arpenter les sites de nuit, toute seule…  toutefois, je garde les yeux bien ouverts, surtout ceux de derrière...

 

Et dès le top départ, pas une minute de repos. Si, tout de même, une petite sieste : de 5h30 à 5h39, en attendant que le soleil se lève. Un sommeil de 9 minutes, profond et réparateur.

 

Mon itinéraire était relativement bien préparé, j’étais sur tous les sites aux heures prévues. J’ai dû faire l’impasse sur un ou deux tout de même. Par contre, pas de chance pour moi en fin de journée : j’ai eu droit à un énorme orage, pendant plus d’une heure, et la conduite était plutôt difficile. J’ai donc dû abandonner les derniers sites, m’arrêtant à 81 espèces. Je suis fière de mon parcours, car Antoine a eu un peu chaud aux fesses ! Mon but était de faire mieux que mes 75 espèces de 2012, contrat rempli.

 

Le meilleur moment ? Au lever du soleil, j’étais entourée d’oiseaux, dont pas moins de 6 Bihoreaux gris ! Et un bel arc-en-ciel devant un nuage, je me suis arrêtée 10 secondes pour l’admirer…

 

Rendez-vous en 2016, avec de nouveaux participants j’espère ! 

 

Nuage-0974.JPG

Certains regardent aussi autre chose que les oiseaux.

 

 

Antoine Chabrolle alias Diablotin

 

Nous sommes samedi 20 septembre, il est 4h15, c'est normalement l'heure pour moi d'aller me coucher, mais pas pour aujourd'hui...

 

Le réveil sonne, une petite toilette de chat et me voilà en train de ranger la glacière bien fournie et la longue-vue dans ma voiture.

 

Après deux ans d'attente, nous voila pour la Big day 2014... jeu qui consiste à voir le plus d'espèces d'oiseaux en 24 heures.

 

Plusieurs mois ont été nécessaires pour préparer ce jour tant attendu où plusieurs amis amoureux de l'observation d'oiseaux se lancent (chose rare chez nous) dans une compétition. Certes inutile mais ô combien excitante !!!

 

Le stress est tel que je reste assis près de 15 minutes au volant de ma voiture à remettre en cause mon parcours murement réfléchi depuis plusieurs semaines.

 

Mais il n'y a pas une minute de plus à perdre, les autres concurrents sont déjà à pied d'œuvre et certains depuis plusieurs heures déjà.

 

Camel-back dans le dos, jumelles autour du coup, me voilà donc parti pour une grosse, très grosse journée d'observation, de traque de toutes les espèces qui pourraient rentrer dans mon champ de vision ou dont le chant pourrait atteindre mes oreilles.

 

L'idée est de se rendre sur des principaux lieux d'observation dont certains sont tenus secrets...

 

Dans le sable, la boue, la mangrove, le vent, poursuivi par une horde de moustiques, je termine la journée écourtée par des pluies diluviennes avec 84 espèces observées en 14 heures d'observation, à travers pratiquement toute la Guadeloupe.

 

Il est temps pour moi d'aller boire un bon rhum et de fêter cette belle journée avec les copains.

 

Félicitation à tous les participants et bien sûr au vainqueur de ce véritable trail-birding (Anthony, note de la rédaction).

 

Rendez-vous en 2016 avec toujours comme objectif de passer une superbe journée.      

 

Capture1.JPG

Espèce rare, l'ornitho à trou de nez.

 

 

Anthony Levesque

 

Je ne suis pas un grand sportif mais un grand compétiteur dans l'âme alors allier passion et compétition est quelque chose de très stimulant. Quand en plus des adversaires, mais avant tout de vrais amis, rêvent également de cette première place alors on a tous les ingrédients pour une superbe journée. Préparation physique, tactique, bluff, tout est là, la pression monte, l'adrénaline est forte, enivrante. Le jour J arrive, les premières heures déjà riches en piafs, la journée va être longue. Fin d'après-midi, une dernière belle découverte : Chevalier sylvain ! Victoire, record en poche, rendez-vous en 2016 ! 

 

Wood Sandpiper

Chevalier sylvain.

24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 06:10

 

 

cerebos.jpg

 

 

Certains d'entre vous se rappellent sans doute du petit garçon qui figurait sur les pots de sel Cérébos. Dans les années 60, quand j'ai commencé à hanter les bois, ma mère Pic m'expliqua la chose suivante : "Tu sais mon petit Toto-Bois, si quelqu'un arrive à mettre du sel sur la queue d'un oiseau, eh bien c'est qu'il réussira à l'attraper". Vous pensez bien que ça me fit frissonner, et que depuis ce temps-là, je me méfie des beaux parleurs armés d'une salière (ou d'un fusil chargé au gros sel).

 

Dimanche dernier, 4 gars et une fille ont sillonné la Guadeloupe à la poursuite du rêve de l'oiseau. A défaut de salière, ils avaient avec eux des jumelles et un petit carnet. Leur entreprise, qui peut paraître vaine au premier abord, était d'apercevoir ou d'entendre le plus d'oiseaux possible en une journée entière. Certains esprits chagrins pourront s'offusquer de l'essence consommée à cette occasion. Soit. Mais le bénéfice est réel. Leur grain de folie nous fait passer le message de la richesse des milieux naturels, et du goût de leur découverte.

 

Il y a deux ans, ils n'étaient que 3 pour le Big Day, puisque c'est de ça qu'il s'agit. Cette année, pas moins de 5 doux rêveurs ont pris le départ pour la quête de l'ornitho-Graal. Je leur ai demandé à chacun un exercice compliqué. En une centaine de mots (restrictions budgétaires obligent), résumer ce qui les a poussés à participer, et ce qu'ils en ont retiré.

 

Laissons-leur quelques jours pour nous rendre leur copie.

15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 19:22

RTEmagicC_39654_raie-leopard_Tohtaouf-Flickr_txdam30538_9dd.jpg

 

Mais qu'est donc un Elasmobranche ?

 

Il ne s'agit pas d'un arbre à branches élastiques, mais d'un groupe d'animaux.

 

Les Raies et les Requins sont des Elamsobranches. Autrefois, on disait "Sélaciens", et nul ne sait comment il seront nommés le siècle prochain.

 

Ces animaux ne sont pas très bien connus en Guadeloupe. A part peut-être à Petite Terre où le petit monde naturaliste s'intéresse au Requin Citron depuis 2-3 ans, et également à Saint-Martin qui planche aussi sur cette espèce. Les requins 971 ne font pas la une des médias comme à la Réunion. Moins nombreux, moins portés sur les plaisirs de la chair (humaine).

 

Un jeune chercheur ch'ti, basé à l'Université de Floride, est en train de corriger le tir, et de mettre en place des méthodes pour répondre à ces questions : quelles espèces de requins fréquentent le Grand Cul-de-sac Marin ? Quelle est leur abondance ? Quelle est leur position dans la chaîne tropique ? (en d'autres termes, qu'est-ce qu'il mangent ?).

 

Si vous croisez Jeremy Kiszka ces jours-ci dans ou hors du lagon, c'est qu'il pose des "long lines" (genre de palangres avec plein d'hameçons, pour attraper  les requins et raies vivant dans les eaux peu profondes). La ligne reste en place une heure, et si un élasmobranche se fait prendre (peut-être moins malin que les autres ?), on lui demande son passeport, lui prélève un petit bout d'aileron (pour de futures éventuelles analyses de diversité génétique, et pour faire la fameuse analyse "des isotopes stables" - à vous souhaits -, qui renseigne sur l'écologie trophique). Après ce sale quart d'heure, le requin est relâché et repart la caudale entre les jambes.

 

Ou alors ce jeune homme utilise des "drum lines", qui sont des lignes à un seul hameçon, attachées à un corps mort lui-même relié à un flotteur. Ca cible les espèces qui vivent dans les eaux plus profondes.

 

Bref. On en est à mettre les méthodes en place. Le Parc National de la Guadeloupe soutient cette étude. L'idée est de connaître l'abondance des différentes espèces qui fraient dans nos eaux. Lesquelles protéger ? Lesquelles pêcher ? Faut-il ne rien faire ? Vaste débat. 

 

 

Image chipée sur le site de Futura Sciences.

11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 15:22

Sans-titre-2.jpg

 

Bon, mes oisillons ont fait leur rentrée des classes, une instit pas mal dans les bois des Grands Fonds, où vit encore une population de mes frères Pics.

 

Je peux enfin consacrer un peu de temps aux chroniques du Toto-Bois.

 

J'ai choisi cette fois-ci un sujet bateau, pour ne fâcher personne.

 

Ce tortillon revient de loin. A manqué de se faire écraser sur la route, section Dampierre Louezel, à Gosier. Recueilli par une certaine Elodie, hébergé et nourri par Soazig, cafté par Dominique puis Claudie, photographié par Yolande et identifié par Olivier (Lorvelec) et Thierry (Frétey). La parité en prend un coup, 5 à 2.

 

Question légitime : mais qu'est-ce que c'est que cette tortue ? Est-ce une échappée du bocal ou une espèce autochtone ?

 

Sans-titre-3.jpg

 

Délicatement retournée entre le pouce et l'index, la tortue offre à notre vue un plastron équipé d'une charnière. Le doute n'est donc plus possible, il s'agit de Pelusios castaneus, alias la Péluse de Schweigger, qui habite les mares naturelles et artificielles de la Grande-Terre.

 

Il s'agit d'une espèce protégée, bien qu'introduite au début du 19ème siècle (une bévue du pharmacien et naturaliste Félix-Louis l'Herminier). A cette même époque, les L'Herminier sont également à l'origine des introductions du Raton laveur et d'une autre Tortue palustre, la Trachemys qu'on trouve à Marie-Galante. Nul n'est parfait en ce bas monde. J'arrête là mon persifflage (innapproprié à un oiseau de mon espèce), j'avais dit ne vouloir faire de peine à personne.

 

Il s'agit d'un nouveau-né, ce qui nous donne une idée de l'époque d'émergence de l'espèce. A l'heure où ces lignes sont diffusées sur la blogosphère, le bébé tortue aura été relâché à proximité de son lieu de découverte.

 

Mèm si toti pa ni rézon douvan chyen.

8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 15:28

018--640x480-.jpg

 

Je réalise que j'ai oublié de vous conter comment s'était terminé le concours photos-dessins de la Désirade.

 

Gourde-liane1.jpg

 

Désirade au sens large, y compris les ilets de la Petite Terre.

 

Démarrage assez lent. Pendant deux mois, une seule contribution.

 

P1FB---Regard-sur-l-Est-de-siradien.JPG

 

L'auteur de l'unique cliché (qui se reconnaîtra) était ravi, sûr de rafler la mise. Thomas notre organisteur était prêt à se jeter du haut de la falaise du Grand Nord. Emilie notre attachée de presse entrait dans une déprime profonde. Marie-France tentait de remonter le moral des troupes en distribuant les oeufs de ses poules guèm.

 

Aux grands maux les grands remèdes. Nous menâmes alors une campagne de harcèlement organisé. Usant de menaces à peine voilées. Prêchant le faux. Etouffant nos correspondants sous une avalance de mails de relanche. Grand bien nous fit !

 

Thomas_hors-concours---Radiolarites.JPG

 

Pas moins de 89 oeuvres nous sont parvenues : 27 dessins d'enfants, 5 dessins et 30 photos d'adultes et 27 photos hors-concours, les membres du jury ayant eu envie de passer à la postérité, c'est bien naturel.

 

Julio, alias Fantômas, organisa en parallèle un jury populaire au travers de la page du PJDD. 

 

Sans-titre.jpg

 

Samedi 28 juin, remise des prix à la Capitainerie de la Désirade. Les cadeaux sont emballés avec amour et rubans rouges. Le diaporama est prêt, la collation aussi. Le staf de l'association Titè est là puisque c'est aussi son assemblée générale. Quelques personnes sont venues spécialement du continent, des élèves et une enseignante du collège de Beauséjour nous accompagnent également, sans compter nos amis de l'Office du Tourisme.

 

En-vrac-0025-copie.JPG

 

Il va sans dire que la projection de toutes ces images en a émerveillé plus d'un. 

 

 

D18LD---Le-o-Desiles.jpg

 

René Dumont - "Maginiques tous ces dessins d'enfants, nous allons essayer de les valoriser en les éditant".

 

 

Sans-titre-copie-1.jpg

 

Raoul Lebrave - "C'est fou ce qu'on peut faire passer comme messages au travers de ces images. Euh, j'aimerais bien avoir le dessin de l'arbre pour mettre dans mon bureau".


 

img014.jpg

 

Lucie Soulard - "C'est formidable, avec ces illustrations, on comprend le potentiel touristique de la Désirade" .

 

Nous avons offert une dizaine de ces chefs d'oeuvres encadrés à l'Office du Tourisme, en espérant qu'ils donneront aux personnes de passage l'envie de découvrir ce territoire en profondeur. 

 

Le détail des résutats est sur la page du PJDD.

Et les images légendées disponibles sur trois albums du blog : dessins enfants, dessins adultes, photos.

1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 19:27

Pour-Me-lusine.jpg

 

 

Les interviews pas du tout imaginaires du Toto-Bois.

 

Nous vous l'avions dit, 2014, année de la Désirade. Pour tenter de percer le mystère des Scinques, nous y avons envoyé un émissaire. Avec une mission simple : arpenter tout ce qui peut l'être sur le caillou long, ouvrir l'oeil et le bon, faire preuve de la plus grande discrétion, interroger mine de rien la population.

 

DSC00519.jpg

 

Un agent secret ? My name is Métaireau. Paul Métaireau.

 

Il faut bien avouer qu'on en sait peu sur ce petit lézard appelé Scinque, qui pourtant habite depuis bien longtemps la Désirade. Certains résidents d'un certain âge, qui couraient les friches ou s'occupaient des cabris, vous diront pourtant que ces zandolis dorés, il les voyaient souvent. Mais difficile d'obtenir des informations précises. 

De-sdirade-Anse-Echelle-Novembre-2013n-b.jpg

La première observation rapportée dans les textes remonte à loin. Deux mâles de Scinques avaient été collectés le 28 février 1963 par Albert Schwartz et Richard Thomas à l’anse d’Échelle, et déposés au Museum of Natural History de l’université du Kansas à Lawrence. Les animaux se trouvaient dans des crevasses de rochers parmi des Raisiniers bord de mer. Ces deux spécimens ont permis à Hedges & Conn de décrire le Scinque de la Désirade (Mabuya desiradae) en 2012. 

 

Puis en 2000, Michel Breuil et Béatrice Ibéné rapportent la présence d'un individu dans la zone de la pointe du Désert. En 2009, premier portrait ! Tiré par Thomas Paré dans la ravine au-dessus du collège. Cliché suivant en 2011, par Maurice Wininger à la Voûte à Pins. Depuis, la machine s'est emballée, et il nous a paru urgent de mener l'enquête sérieusement. D'où l'arrivée de Paul en mai 2014.

 

---------------    

 

Toto-Bois : Paul, qui es-tu ?

 

Paul : Un étudiant, un futur ex-étudiant, un Ardéchois, un Montpelliérain, un écolo, un amoureux de la nature : des plantes, des insectes, des animaux, des paysages… J’aime aussi voyager, rencontrer des gens avec qui partager, faire des randonnées, découvrir de nouveaux lieux et pays, j’aime l’eau, la terre, la forêt, les zones désertiques… Je suis également en recherche d’un travail, alors n’hésitez pas à me contacter ! 

 

 

Toto-Bois : A ce qu'il paraît, tu as accepté de passer deux mois sur l'île de la Désirade pour essayer d'en savoir un peu plus sur le Scinque, cette espèce endémique de Désirade et Petite Terre. Quel est le travail qui t'a été confié par ces brutes d'AEVA ?

 


M-F-Tu-e-coutes-outu-fais-tes-lac-ets.jpg

Préparation du protocole, et serrage de lacets obligatoire.

  

Paul : Mon travail a été d’apporter le plus d’informations possibles sur ce magnifique lézard. Les débuts n’ont pas été faciles : zéro observation pendant une semaine. Mais petit à petit, j’ai commencé à savoir ou les chercher, comment avancer dans la végétation et comment essayer de les surprendre avant qu’ils ne me voient. A ce moment là je me suis dit que l’objectif que nous étions fixés, c'est-à-dire d’avoir un maximum d’observations afin de créer une carte des localités ou l’espèce est présente était réalisable. Chaque observation était donc relevée avec un GPS, des photos des individus étaient prises si possible et une description du milieu et de la végétation était faite. Pendant que je parcourais l’île de long en large, j’ai également relevé les observations d’autres espèces : agoutis, iguanes des petites antilles, gymnophtalmes d’Underwood, sphérodactyle bizarre, chats et rats ; autant profiter de mes prospections pour comptabiliser un maximum d’informations sur cette île. 

 

 

Toto-Bois : Si tu devais résumer tes résultats en 2 mots 4 paroles, quels seraient-ils ?

 

Paul : 64 observations avec plus de la moitié prises en photo, plusieurs nouvelles localités : extrémité est du plateau, grand abaque, ravines au-dessus de Beauséjour plus une grosse concentration d’individus sur la partie nord-ouest de l’île (ravine Banane). Premières observations de jeunes, premières observations d’individus dans la végétation, insectivores, aiment les endroits avec une litière importante et des pierres affleurantes, prédateurs : chats et rats.

 

DSC08987.jpg

 

Toto-Bois : Que conseillerais-tu pour que la population de Scinques présente sur la Désirade ait de beaux jours devant elle ?

 

Paul : Je pense que la préoccupation majeure est la présence de la petite mangouste indienne. Les quelques observations qui ont étés faites sur La Désirade sont à prendre au sérieux. L’éradication de cette espèce est indispensable pour le maintien des scinques. Il serait également judicieux d’étudier les interactions chats-rats-scinques afin de comprendre qui prédate qui, dans quelle mesure et quelles sont les conséquences sur les scinques. Nous avons la chance d’avoir deux îles présentant cette espèce de lézard, dont une des deux ou le chat est absent… Enfin il faut continuer à sensibiliser les habitants de La Désirade, qui associent souvent cette espèce à quelque chose de repoussant, or on peut imaginer que l’action de l’homme peu impacter fortement cette espèce (défrichement, élimination manuelle…).

 

JC-Mangouste_tete.jpg

"On a beaucoup exagéré sur mon rôle, j'adore les lézards".

 

Toto-Bois : Et pour finir, une question un peu indiscrète, quels ont été tes expériences ou souvenirs les plus marquants lors de ton séjour à la Désirade ?

 

Paul : Sans aucun doute les nombreux moments passés seul, perdu dans la forêt, dans une ravine ou sur la pente d’un morne, à écouter chaque petit bruit, à regarder tout autour de soi et à profiter au maximum de cette sensation de liberté ! J’ai aussi beaucoup apprécié le poisson cuisiné par Lydie, les crabes et langouste offert par Joël et mangés avec Julien, les moments passés dans la nature avec toutes les personnes qui m’ont accompagné : Thomas, Joël, Nicolas, Marie-France, Claudie, Emilie, Anthony, … Enfin j’ai adoré partir à la chasse aux iguanes avec le Gaïac, sauter de mancenillier en mancenillier, attraper une queue d’iguane… 

 

---------------

 

Avant de rendre l'antenne aux studios 971monamour, je voudrais dire que je le trouve un peu modeste le Paul. En moins de deux semaines, il est devenu capable de repérer plusieurs scinques par jour : de mémoire de Toto-Bois, seules 4 ou 5 personnes ont réussi cet exploit à ce jour (je ne compte pas les chats dans les personnes, car ceux-là sont également très doués pour repérer ces lézards, les attraper, et réaliser pour nous les prélèvements d'ADN !).

 

Egalement capable de crapahuter sans (trop) se perdre dans le zaion, supporter (plus ou moins) les grosses chaleurs, ne (presque) pas se plaindre du chikungunya, attrapé en fin de séjour.

 

Et auteur d'une première mondiale : une vidéo de la bestiole, à découvrir sans plus attendre sur Tub a-w.

 

Le rapport de stage de Paul sera disponible très prochainement sur ce même blog, le temps que le staf du bureau le passe à la moulinette, pas question d'y laisser la moindre coquille, parole de piaf.

30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 10:04

Mythe ou réalité ?

 

Volant ou soucougnan ?

 

Un oiseau cher à nos coeurs, probablement parce que porté disparu de Guadeloupe.

 

Disparu c'est vite dit. Certains d'entre nous, parmi les plus fous (folles), croient encore à ce diable.

 

diablotin-1.jpg

 

 

Pétrel Diablotin. Diablotin errant. Pterodroma hasitata.Oiseau de mer de la famille des Procellariidae.

 

Come back au siècle dernier. La Bible en la matière (Raffaele et al., 1998) nous dit, à peu de choses près : "Mes biens chers frères, le Diablotin émet trois cris distincts, dont l'un ressemble à la plainte d'un jeune chien blessé". Cette particularité, ainsi que sa façon de voleter en tous sens, lui auraient-il donné sa réputation de diable ?

 

Revenons à des considérations moins théologiques, et un peu plus ornithologiques que diable ! (pardon ça m'a échappé).

 

Cette espèce est classée au niveau mondial par l'UICN comme en danger d'extinction, et en danger critique d'extinction au niveau régional. Eradiqué de Guadeloupe où un tremblement de terre avait rasé sa dernière colonie du Nez Cassé au 19ème siècle, survivante de chasses mémorables au chien et au bâton décrites depuis le Père Labat, elle a été considérée comme éteinte de ce monde. Redécouverte à Haïti par David Wingate, en 1963 volant la nuit aux alentours de la Montagne de la Selle, ce n’est que depuis les année 2010 que ses sites de nidification sont bien connus grâce à l’usage de techniques de détection élaborées (radar mobile, caméra thermiques,…). Mais aussi ses zones de prospections pélagiques nouvelles au large du Vénézuela grâce à un suivi par satellite en 2014. Ce n’était pas son coup d’essai, David étant déjà le redécouvreur et spécialiste du proche cousin du Diablotin, le Pétrel de Cahow, qui nichait sur moins d’un ha aux Bermudes, après 300 ans d’extinction supposée !

 

L'espèce niche dans des crevasses ou des trous situés dans des falaises escarpées et boisées, entre 1500 et 2 000 mètres d'altitude. Un biotope qui ne court pas les rues me direz-vous. Les rues non, mais les pentes de la Soufrière, pourquoi pas ? La face sud du Nez cassé pourrait être propice, et être le théâtre des retours nocturnes de ces oiseaux, qui passent leurs journées à driver en mer.

 

Vu-de-la-Soufriere-Guadeloupe.jpg

 

A 6 reprises entre dans les années 1990 et jusqu’au milieu des années 2 000, menées par leur pasteur Philippe, les troupes d'AEVA ont fait le pèlerinage nocturne sur les pentes de la Soufrière. Ils ont sué sang et eau, ont essuyé des pluies froides, traversé des torrents en crues, ont trébuché dans les sombres sentiers, en se raccrochant aux branches des arbres abattus par un  cyclone, ont tendu l'oreille, ont espéré... et s'en sont toujours retournés bredouilles mais le cœur content de l'aventure. Enfin, presque tous car certains étudiants de l’Université n’ont jamais retrouvé les forces (ou le courage ?) pour participer à de nouvelles sorties d’AEVA. La rumeur s’en est répandue jusqu’au pays de deux autres Pterodroma, le Pétrel de Barau et le Pétrel noir de la Réunion, où le spécialiste local de ces volatiles, Mathieu Le Corre, racontait encore 10 ans après l’histoire de ses étudiants réunionnais qui avaient été emmenés par quelques fous la nuit sur les pentes de la Soufrière. 

 

 

Petite-Terre-TdH-Tournepierre-2102.jpg

 

Et ne voilà-t-il pas que Marion, une de nos sympathisantes, qui répond au surnom de "Marouette ponctuée" (ceci est une autre histoire, déjà racontée sur ce blog). Je disais donc, la Marouette s'était mis en tête de voir tout un tas d'oiseaux avant son départ de Guadeloupe. Madame s'était prise de passion pour l'ornithologie, allez comprendre pourquoi. Elle et ses fidèles amis, arpentaient la mer en quête de Baleines à bosses. Je vous livre les récits successifs d'Antoine et Marion, chacun dans leur style. Suivis par un débriefing d'Anthony Levesque, qui a accepté de nous livrer ici le détail de ses observations en mer.

 

Antoine


"Pour tout amoureux d’ornithologie, l’observation de certaines espèces d’oiseaux est de l’ordre du privilège, le pétrel diablotin en fait partie.

 

Autrefois nicheur sur les pentes herbeuses de la Soufrière en Guadeloupe, le pétrel Diablotin Pterodroma hasitata est un oiseau pélagique qui passe la plus grande partie de sa vie en pleine mer.

 

La seule manière d’observer cet oiseau, comme bien d’autres oiseaux marins, est de scruter durant des heures depuis le haut d’une falaise, le passage éventuel d’un oiseau au loin entre les vagues.

 

Pour ma part, le simple nom de "Diablotin" résonne comme un mythe qu'il faut découvrir.

 

Plus qu’une simple vigie, c’est une véritable traque depuis les meilleurs sites d’observation en mer de Guadeloupe, que sont la Pointe des Châteaux, l’ancienne station météorologique de la Désirade ou le phare de Petite Terre. La prise de renseignement auprès de pêcheurs qui auraient aperçu cette espèce fait partie du dispositif de recherche de l’espèce. Mais cet oiseau solitaire est comme un fantôme dans les eaux de l’archipel guadeloupéen…, dont les mois de décembre, janvier et février sont les plus propices d’après les données historiques.

 

Il est un proverbe qui dit que « tout vient à point pour qui sait attendre… »

 

Les membres de l’association OMMAG connaissent bien ce proverbe, eux qui passent des heures en mer en quête d’un souffle, d’une dorsale ou d’un lointain chant de baleine résonnant dans les profondeurs abyssales.

 

img231.jpg

 

Le samedi 8 février 2014, Nelly, Marion, Laurent et moi-même embarquons depuis le port de la Désirade, pour une mission de recherche des premières baleines à bosses.

 

Notre capitaine Dany nous propose de prospecter la côte nord et est de la Désirade. Nous espérons désespérémment nous rapprocher d’un mâle de baleine qui manifeste vocalement sa présence.

 

 

img808.jpg

 

Cette pérégrination à travers une mer formée nous amène dans le canal situé entre la Désirade et Petite Terre. Positionné à l’avant du zodiac, je scrute l’horizon quand, j’aperçois planer au dessus des vagues un oiseau marin qui poussé par le vent, glisse dans notre direction. Non ce n’est pas un mirage…. DIABLOTINNNNNNN, DIABLOTINNN, DIABLOTINN, les autres passagers qui n’ont pas repéré l’oiseau comprennent difficilement l’émotion qui s’empare de moi, jusqu’à ce que l’oiseau croise notre embarcation à quelques dizaines de mètres.

 

Sans un battement d’ailes, le pétrel nous présente l’ensemble de son plumage gris, blanc et noir et s’éloigne vers le nord.

 

Quand on sait que notre mentor guadeloupéen (Anthony Levesque) a passé près de 760 heures, accroché à sa longue-vue avant d’apercevoir son premier Diablotin depuis Petite Terre, on comprend mieux le privilège de cette observation.

 

Bien que furtive, cette observation est avant tout le tout le fruit d’une rencontre et du partage d’émotion entre amoureux… de la nature."

 

img266.jpg


Marion

"Le concours du premier à voir le Diablotin se lance avec les piafologues fous d'Amazona... Je me prends au jeu avec les amis Antoine et Anthony. Plusieurs tentatives infructueuses, depuis Petite Terre, la Pointe des Châteaux, la Désirade... l'enthousiasme et la complicité sont toujours au rendez-vous, mais point de Diablotin.

 

Puis un jour, après une nuit passé au gîte de Man Pioche, j'embarque pour une équipée d'enfer avec les amis de Mon Ecole Ma Baleine et de l'OMMAG. Très bon moment, on entend les mâles des baleines à bosse chanter... pour certain, c'est une première fois ces chants de mammifères...

Tour de Désirade, ça papote dans la joie et la bonne humeur.

 

Petite-Terre-Desirade-2012.jpg

 

Et là, entre Petite Terre et Désirade... Antoine hurle de joie... DIABLOTIN!!!! Sa joie est partagée, il tremble de partout c'est un grand moment à bord... quelques secondes d'observation puis les sourires s'échangent, valant tous les oiseaux et baleines de la terre !!!

 

L’oiseau était majestueux, planait juste au-dessus de l'eau, libre.

 

Archipel magique qui réunit les amoureux de la nature.

 

Plus qu'une simple coche, des moments de partage inoubliables, un défi relevé, une promesse tenue et le souvenir exceptionnel d'une rencontre avec un oiseau rare gravé comme de la radiolarite à son substratum ou d'un brinic à son granit".

 

 

img270.jpg

 

Anthony


"En gros ma première obs date du 7 janvier 2004 et depuis en 770 heures de seawatch (assis sur mon petit caillou devant la falaise à l'est du phare), j'ai vu en tout une trentaine de Pterodroma dont 12 hasitata certains et les autres très probables mais trop loin...
 
Grande grande émotion forcément, après 2 siècles "sans obs" dans notre département... je m'en souviendrai toujours, j'allais terminer une mission de Petite Terre et je me suis dit "allez un dernier quart d'heure de seawatch !" C'était en plein cagnard à 13h45 et j'étais fou de joie... c'était un rêve absolu, j'y croyais pas trop en fait, je ne pensais pas que c'était possible...
 
770 h ça fait quand même l'équivalent de plus de 2 mois assis sans bouger du matin au soir sur un caillou le nez dans la longue-vue..."

 

 

Pour conclure 

 

Depuis 2008, à l’initiative du groupe des oiseaux marins de la Société caribéenne d’ornithologie (=BirdsCaribbean), a été créé un groupe de travail puis un comité international qui traite des questions de conservation de cette espèce. Il permet d’échanger de nombreuses informations notamment sur els prospections en cours et est ouvert à toute personne intéressée par l’espèce. Il est animé par Jennifer Wheeler. 

9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 19:59

MGM Logo

 

Je vous snobe un peu ces temps-ci, mais que voulez-vous, je suis très sollicité. Je surfe sur la vague. J'espère monter les marches du Palais du festival de Canne à sucre, et remporter, soyons fous, la Plume d'Or.

 

Le Toto-Bois bientôt sur les écrans ! Je n'en dis pas plus, mon producteur ne m'ayant pas autorisé à communiquer officiellement sur l'évènement. 

 

Mais ce soir, j'ai un petit moment de libre, entre la préparation de mon costume de scène (évidemment un smoking tout noir, avec un noeud papillon rouge sombre), et celle de mon speech de promo.

 

Caprice de star, j'ai décidé de créer une nouvelle rubrique dans le blog, appelée tout simplement "Rencontres". Genre Mi-Tique, ou Inter-Chat (de gouttière). Ca parlera de ces petits moments qui vous font battre le coeur. Lorsqu'au détour d'un bois à mancenilliers, d'une vague atlantique, d'une ravine perdue, ou encore d'un phare dominant, vous croisez l'improbable. 

 

Nous commencerons par la rencontre avec le Diablotin. A paraître sur nos écrans dès que j'aurai terminé le montage des contributions reçues. Nombreuses et d'excellentes qualités émotionnelles.

 

Car la nature c'est bien gentil, mais à quoi elle sert si elle ne nous émeut pas ?

8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 10:50

Dernière et malheureuse nouvelle, le Citron s'est mis en grève ! Exposé reporté.

Et voilà, il n'y avait qu'à demander : le jeudi 17 avril à 18h, à Saint-Félix (Art Gallery Petit Le Brun).

Reguar.jpeg

Vous connaissez déjà l'humour de potache du Toto-Bois, qui résiste difficilement à un mauvais jeux de mots.

 

Quoi qu'il en soit, j'ai découvert l'existence d'un réseau en Guadeloupe, appelé ReGuaR, pour Réseau Guadeloupe Requins. Et j'attribue la note de 19/20 à leur logo.

 

C'est l'association Kap Natirel qui en est à l'origine. Encore un réseau, mais pour quoi faire ? Tout simplement pour faciliter le partage des connaissances, et on ne peut qu'applaudir à deux ailes cette initiative (ou à deux nageoires selon les taxons).

 

Le préambule est terminé, venons-en aux faits.

 

"Il y avait un requin chagrin, re-quin cha-grin, qui tournait dans les eaux profondes, dans un lagon du bout du monde, il y avait un requin chagrin".

 

Petite-Terre-Lagon-2011.jpg

 

Chanson de Michel Sardou qui peut être transposée facilement : "Il y avait un requin citron, re-quin ci-tron, qui tournait dans les eaux peu profondes, dans le lagon de Petite Terre, il y avait un requin citron". 

 

Nous vous proposons de venir découvrir les résultats de l'équipe de Kap Natirel qui a étudié le Requin Citron (Negaprion brevirostris) en 2013 à Petite Terre. Et qui nous parlera des projets à venir sur cet animal méconnu.

 

Rendez-vous à l'UAG le vendredi 21 mars à 18 heures, cliquez pour en savoir plus.

Dernière et malheureuse nouvelle, le Citron s'est mis en grève ! Exposé reporté.

3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 17:43

2-IMG_4563.jpg

Y'a de la joie dirait-on.

 

Dimanche 23 février, AEVA organisait une sortie pour découvrir la mygale de la Soufrière. Ainsi, nous sommes partis à l’assaut du volcan pour y découvrir Holothele sulfurensis, endémique de la Guadeloupe, uniquement connue du massif de la Soufrière, au dessus de 700 mètres d’altitude.

 

Avant de monter, petit briefing sur le parking des Bains Jaunes : ce que l’on sait et qui devrait nous permettre de dénicher la bêbête c’est qu’elle se cache sous les pierres et que les filaments de soie qu’elle tisse peuvent nous permettre de la repérer… Après ces bonnes paroles, c’est parti ! Direction la Roche Fendue. Le chemin nous y amenant nous permet de découvrir différentes espèces d’orchidées, dont quelques-unes sont en fleur.



11-IMG_4632.jpg

 

La première observation de la mygale est faite par Emmanuelle (félicitation ! on a oublié le paquet de bonbons pour la récompenser…), non loin de la Roche Fendue. Vent très frais, on était gelés. Nous continuons en direction du chemin des Dames. Au total ce sont une bonne dizaine d’observations qui ont eu lieu. La petite bête n’est finalement pas si difficile à trouver, il suffit de soulever (délicatement bien sûr et de les remettre ensuite à leur place), les pierres en bordure de chemin.

 

MygaleIMGP3705Net

Sortie-Mygale-Fevrier-2014-5527.jpeg

 

Les spécimens observés mesuraient entre 1 et 2 cm. Leur couleur varie du brun foncé au brun cuivré (en fonction de la proximité de la mue ?).

 

10-IMG_4598.jpg

 

Certaines prennent même la pose, et permettre aux photographes du groupe d’immortaliser l’instant.

 

9-IMG_4592.jpg

 

Sous les pierres nous pouvons également observer leur loge tissée de soie. Nos photographes et observateurs enthousiastes, vautrés sur le chemin ont été à l'origine de bouchons compacts le long du sentier. Mais de nombreux touristes intrigués ont eux aussi découvert LA mygale. ("Ah bon, je l'aurais vue plus grosse!").

 

 

Le grain de sel du Toto-Bois, à qui on n'avait pourtant rien demandé.

 

Cette Mygale, découverte en 1999 par Patrick Maréchal, est protégée par la réglementation française. Le Parc National de la Guadeloupe a édité une fiche pédagogique sur cette espèce, que ceux qui n'ont pas peur des araignées cliquent . Egalement une publication tout ce qu'il y a de plus sérieuse ici.

 

Eh bien figurez-vous que la Mygale n'est pas une espèce protégée par tout le monde ! En tous cas pas par les guêpes de la famille des Pompilidae ont la particularité d'être des prédateurs exclusifs d'araignées. Vous voyez où je veux en venir.

 

Je fais donc le corbeau (autre oiseau noir) pour dénoncer ici Pepsis ruficornis. Belle guêpe bleutée aux antennes rougeâtres. Que l’on différencie aisément de ses congénères P. rubra et P. marginata, qui ont, comme chacun sait (vous ne saviez pas ??), les antennes noires. Eh bien oui, cette guêpe s'attaque à notre Gwada-mygale, en témoigne ce cliché, pris par Sandra lors d'une autre excursion.

 

Arthropodes-4258.jpg

 

Que faire ? Fermer les yeux sur ce manquement à la réglementation ? Mettre la guêpe sur la liste des nuisibles ? Demander aux coureurs du Volcano Trail d'écraser les guêpes ?

 

Peut-être plus simplement laisser faire dame nature dans cet espace unique qu'est le massif de la Soufrière.

 

Dernière minute : pan sur le bec.

 

Pour démontrer, s'il en était besoin, que nous avons des lecteurs très affûtés, je vous livre le commentaire de mon collègue le Siffleur d'Amérique :

"Est-ce que tu en sais plus sur la protection de la mygale de la Soufrière? Parce qu'à ma connaissance, Dynastes hercules est le seul invertébré protégé de Guadeloupe. La fiche du Parc dit effectivement que la mygale est protégée mais je ne trouve aucun texte de loi qui le confirme. Et le site de l'INPN, qui est censé être fiable en la matière, parle d'une réglementation à Mayotte pour l'espèce, ce qui est assez curieux (voir ici)... En tout cas ça mérite d'être précisé je pense".

 

Tout-à-fait cher Siffleur, je consulte tes sources. L'arrêté préfectoral est en fait un arrêté de réglementation, qui stipule : Interdiction d'introduction, de détention, de transport, de reproduction, de mise en vente, de vente, d'achat et de cession de spécimens vivants d'espèces animales exotiques de la faune sauvage, dans la collectivité départementale de Mayotte.

 

Ils n'en veulent pas de notre mygale, et ont bien raison. Chacun chez soi. 

 

Pour compléter la réponse, je dirais que la Mygale est protégée de fait, puisqu'elle vit en zone de coeur de Parc. Au même titre que tous les animaux, végétaux et minéraux qui s'y trouvent. 

 

Clichés Patricia Brouard, Franck Decluzet, Laurent Malglaive et Sandra Pédurthe.

Présentation

  • : L'écho du Toto-Bois
  • : Le blog d'AEVA, Association pour l'Etude et la protection des Vertébrés et végétaux des petites Antilles - Contact : claudie.pavis@gmail.com
  • Contact

Rechercher Dans Le Blog