8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 18:41
Diab ka vin ?
Côté Carmichaël

Côté Carmichaël

Il est sorti comme un diable de sa boîte.

Le diable au corps.

Une course endiablée.

Et, emprunté aux comptines antillaises : "Manzèl Marie fèmè pot-la ou diab ka vin".

 

Beaucoup d'expressions donc reprennent le vocable du démon. Les naturalistes d'antan avaient baptisé Diablotin le pétrel qui fréquentait les pentes de la Soufrière il y a quelques centaines d'années de ça.

Nez Cassé, Saintes et Dominique

Nez Cassé, Saintes et Dominique

Comme évoqué à maintes reprises dans ce blog, nous sommes un peu obsédés par cet animal. Au point de terminer la semaine par une bonne marche de nuit à la Soufrière. Tous les vendredis de février et mars, qu'on se le dise, c'est diablotin sinon rien !

 

C'est qu'il faut arriver à des résultats, le Parc national nous a financés pour tenter de découvrir si cet oiseau niche encore dans le massif ! Eh oui, nous touchons de l'argent pour aller nous balader sous la lune. Mais je vous rassure, l'emploi n'est pas fictif, et nos notes de lecture sont conséquentes. La preuve, le rapport intermédiaire a été envoyé à notre bailleur de fond : pour le moment, prospections sur 12 circuits totalisant 56 km (à pied, qui ont usé les souliers), 13 sites favorables mis en évidence (ça va nous porter chance je le sens), enregistreur de longue autonomie posé, et 5 sorties de nuit sur quelques uns de ces fameux sites. Et un indice : nous avons vu l'homme qui a peut-être entendu l'ours le diablotin, en 2016. Ceci fera l'objet d'un récit détaillé une autre fois, un peu de patience que diable !

Pas prête à arrêter de fumer celle-là

Pas prête à arrêter de fumer celle-là

J'ai participé à une de ces fameuses sorties nocturnes. Nuit sans lune cette fois, mais étoiles au rendez-vous. Je fais équipe avec Marc et Mikaël et notre circuit est sans difficulté : montée à la Soufrière par le chemin des Dames, bifurcation vers la gauche avant le sommet, direction Carmichaël puis le col de l'Echelle et sa belle pierre fendue. Redescente par la route jusqu'aux Bains Jaunes. Avec trois arrêts de 20 minutes chacun pour tenter d'entendre le miaulement caractéristique de la Bête. 

Holothele sulfurensis

Holothele sulfurensis

Diab ka vin ?

Vous l'aurez compris, nous fûmes bredouilles et fîmes chou blanc. Mais nous ne sommes pas venus pour rien. Un racoon repéré par Mikaël juste avant le parking des Bains jaunes. Une mygale heureusement aperçue par Marc sur la route de la Savane à Mulets, avant que je mette le pied dessus. Et de gracieux escargots prenant un bain de lune sur les roches alentour.

 

 

Sétékri par Le Toto-Bois - dans Ornitho Etudes
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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 00:14
Pastel de Jean Chevallier - 1999

Pastel de Jean Chevallier - 1999

Les interviews pas du tout imaginaires du Toto-Bois.

 

Où l'on se rend compte qu'aucune vérité n'est jamais acquise.

Hé bien aujourd'hui, chers fidèles lecteurs, nous allons parler d'un sujet passionnant : moi ! Le phénix des hôtes de ces bois, j'ai nommé le Toto-Bois, Tapé, Tapeur, Pic de la Guadeloupe, Melanerpes herminieri (en latin dans le texte).

 

Ceux qui ont suivi mes aventures et dont la mémoire ne flanche pas vous diraient :

 

"Le pic habite dans les forêts et zones boisées de la Basse-Terre et dans les Grands-Fonds en Grande-Terre. Il n'est pas capable de voler à découvert sur plus de quelques dizaines de mètres, et c'est pour ça que les deux populations sont maintenant isolées".

 

Je dis bravo, c'est déjà bien d'avoir mémorisé tout ça. 

Mais ne voilà ti pas que pas plus tard que le dimanche 5 février, ces certitudes se sont effondrées, tels les glaciers sous l'action du réchauffement climatique.

 

Je vais donner la parole aux trois mousquetaires, ils sauront mieux que moi vous raconter l'affaire.

D'Artagnan (Anthony), Athos (Antoine) et Aramis (Alexandre). Que des A vous l'aurez noté. Portos était absent, c'était son jour de RTT.

Toto-Bois - Anthony, peux-tu m'expliquer où tu te trouvais hier, et ce que tu as vu d'extraordinaire ?

 

Anthony - Nous venions d’emprunter le petit chemin au sud de Goguette, au bord de la N6, qui se situe environ à mi-distance entre les bourgs de Port-Louis et d’Anse-Bertrand. C’est ce chemin qui mène aux marais de Port-Louis. J’ai alors aperçu une silhouette familière, en vol au-dessus du chemin : un Tapeur ! Ce qui est troublant, c’est qu’il a volé sur près de 400 mètres à découvert ! Et ce n’est pas tout, vous savez quoi ? Et bien ce Tapeur il avait le vol ondulant typic des piques ! [Pas pu résister, ndlr]. J’avais déjà eu l’occasion de le voir voler ainsi deux ou trois fois mais j’étais seul et avec mon faible pour les jus locaux je n’en parlais pas trop…

 

Toto-Bois - Antoine, confirmes-tu les dires d'Anthony ? N'avait-il pas, comme ça lui arrive parfois, abusé du jus de gwozey péyi ?

 

Antoine - On a rarement besoin de confirmer les observations d’Anthony ! [fayot, ndlr] mais il nous laisse les partager avec lui…

Il était au volant de son Duster, à regarder en l’air - ce qui n’est pas très rassurant quand on est passager  ;-) Tout à coup je ne sais pas quelle mouche le "pique", il s’écrie "PIC, PIC, PIC" alors qu’un toto-bois passe devant nous. Je ne réalise pas tout de suite l’engouement d’Anthony le cocheur pour cette observation de pic endémique, mais commun en Guadeloupe. Je suis à la jumelle l'individu qui, après s’être posé dans un arbre, se fait chasser par un Quiscale merle et continue sa route vers le nord.

 

"Gamin, c’est l’observation la plus nordique de cette espèce" me dit-il ! En effet, les données les plus proches au sud sont toutes de Beautiran à Petit-Canal, par Frantz, Eric et d’Artagnan justement.

 

Ce n'était pas un oiseau rare, mais c’était beau quand même…

 

Toto-Bois - Alexandre, qu'as-tu à ajouter pour finir de nous convaincre de la véracité de cette observation ?

 

Alexandre - Il s'agissait de ma deuxième sortie avec Amazona, au programme du jour : les oiseaux des marais. Résidant en Guadeloupe depuis peu, j'ai appris dernièrement que le Pic pouvait se laisser observer jusqu'aux Abymes. Je ne m'attendais donc pas à le voir à Port-Louis. Comme l'a dit Antoine, Anthony est devenu fou lorsqu'il a vu le Pic pour sa première apparition. J'étais à l'arrière, je n'ai rien vu... En revanche, lorsqu'il s'est montré pour la deuxième fois, j'ai pu bien le voir et il m'a effectivement fait penser aux pics métropolitains s'éloignant au loin, à découvert et en ondulant. C'était mon premier contact avec la bête, il était un peu loin, mais à en croire les connaisseurs, cette observation est particulière, présence la plus au Nord jamais constatée et vol ondulant rarement observé !

Vous savez donc ce qui vous reste à faire. Lever le nez le plus souvent possible lorsque vous vous trouvez en Grande-Terre, dans l'espoir de porter votre pierre à l'édifice de la connaissance. Evidemment cette découverte pose de nouvelles questions, mais c'est toujours comme ça. Par exemple, est-ce que les pics du nord ont dans le coeur le soleil qu'ils ont aussi dehors ?

 

C'est  à se demander si on ne ferait pas mieux d'arrêter de se poser des questions, et ainsi s'approcher au plus près de la vérité. 

Sétékri par Le Toto-Bois - dans Histoires Ornitho
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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 20:48
Ceci n'est pas un Diablotin

Ceci n'est pas un Diablotin

Objectif : repérer des sites qui seraient favorables à la nidification du Pétrel Diablotin, pas revu en Guadeloupe depuis... depuis.

Rendez-vous au parking des Bains Jaunes à 8h30 (pour ceux à l'heure...). En attendant Antoine, Suzanne, Théo (arrivé la veille au soir) et moi, observons un Tyran Janneau très peu farouche qui chasse à mi-hauteur du sous-bois. On prend la petite route de service qui rejoint la Savane à Mulets et Antoine note en passant et photographie (pour soumettre à son collègue ornitho de Dominique) d'anciens éboulis avec roches affleurantes qui pourraient convenir.

On quitte la route de la Citerne pour le col de l'Echelle et contournons la Soufrière. On imagine bien des terriers dans les calderas au dessus de nous. Au loin au nord, le Carmichaël puis le Nez Cassé, cher aux anciens...

Sur le parcours, Antoine nous fait part de ses supputations quant aux emplacements les plus appropriés pour placer ses trois enregistreurs.  On se met facilement dans la peau de l'animal. Mais problème : cette falaise, cet éboulis, cette immense savane, ces crêtes... nous paraissent lui convenir. Que choisir ?  La boucle est bouclée à 15h et Antoine a enregistré plein de bons sites.

 

Dans un prochain article, plus de détails sur le projet Diablotin !

Sur les traces du Diablotin
Sétékri par Moqueur Corossol - dans Ornitho Etudes
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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 20:20
Faute de grives on mange des merles

Ou plutôt, faute de râles, un Toto-Bois est toujours bon à prendre.

Le Râle tapageur vous connaissez ? Malgré son nom, c'est un oiseau discret, très discret. Qui affectionne les mangroves et autres zones humides, très humides.

Faute de grives on mange des merles

Pour la deuxième année, nous avons le plaisir de donner un coup de main au Parc (national de la Guadeloupe, s'il vous plaît) dans leur projet de cartographie de cet oiseau. Rappel de l'histoire en cliquant là.

Faute de grives on mange des merles
Faute de grives on mange des merles

Une sortie en mars, une en avril, et pour le moment, le râle n'a pas répondu à nos avances. Il est resté muet comme une carpe. Cette année, nous sommes sur une belle zone, campagne puis mangrove, entre les Abymes et Vieux-Bourg. Pierrefite. Des trous de crabes oui par contre.

Faute de grives on mange des merles

De délicats lataniers.

Faute de grives on mange des merles

Des galbas aux écorces bigarrées.

Faute de grives on mange des merles

Des passiflores sauvages (?)

Faute de grives on mange des merles

"R comme râle". Les racines nous narguent.

Faute de grives on mange des merles

Puisqu'il en est ainsi, retournons dans nos foyers. 

Faute de grives on mange des merles

Le coeur content de ces rencontres au pipirit chantant. Une Hirondelle rustique nous encourage à revenir en mai. Le dernier mot n'est pas dit.

16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 22:20
Les oreilles de la foi

Le Parc National de la Guadeloupe s'intéresse de près à un oiseau très discret, le Râle gris. Cet habitant des mangroves ne se laisse pas observer facilement. Il est plus fréquent de l'entendre, mais il chante de préférence la nuit. Un oeil afûté remarquera cependant un râle sur le dessin, surpris tout-à-fait par hasard lors d'une promenade en kayak du côté de l'îlet La Biche.

 

En 1995, Simone Mège avait étudié les râles à l'îlet Fajou, où vit une population de plusieurs dizaines d'individus. L'étude précise qu'ils se nourrissent entre autres de crabes, se déplacent au sol et nichent au niveau des pneumatophores ou des branches basses des palétuviers.

 

Quelle horreur, pourquoi ne pas nicher comme moi bien au sec !

 

Tous les goûts (et les égouts) sont dans la nature.

 

Le Parc voudrait savoir si les autres zones potentiellement favorables du Grand Cul-de-sac marin hébergent aussi le râle.

 

N'écoutant que leur courage, quelques fondu(e)s d'AEVA ont accepté de donner un coup de main, et ont été chargés de suivre 5 points dans la zone de Birmingham / Pont de l'Alliance à Baie-Mahault. Pas moins de trois répétions en mars, avril, mai.

 

La technique est simple.

 

 

Les oreilles de la foi

Se lever tôt.

Les oreilles de la foi

Accepter de patauger, armé seulement d'une lampe frontale.

Les oreilles de la foi

Rester un petit moment les pieds dans la boue, la tête dans les étoiles. Ecouter. Si rien ne vient (hormis les yenyens), sortir le lecteur MP3, et s'adonner à ce qu'on appelle la repasse, en jargon ornitho. La bonne vieille technique de l'appeau, mais en version numérique (ne pas oublier les piles, sinon colère assurée du patriarche).

Les oreilles de la foi

Entretemps le soleil s'est levé, hâtons-nous. Il est dit dans la bible du râle qu'au-delà d'une heure après le lever du soleil, les chances de contact fondent comme neige au soleil.

Les oreilles de la foi

Une dernière écoute attentive, bien calé sur une racine. Rien cette fois dans la zone, alors qu'en avril, victoire, le râle fut entendu après la repasse sur un des 5 points. Mais en compensation, le spectacle des palétuviers rouges la nuit, les petits crabes violonistes qui détalent en pagaille, un sphinx aux yeux phosphorescents, les pneumatophores noirâtres tels des petits crayons dressés, et une libellue prise dans le faisceau de la frontale...

 

 

 

Sétékri par Le Toto-Bois - dans Ornitho
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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 22:51

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"2G 7000-100 paf tout rond". 

 

Chaque année à la Toussaint, nos amis de l'association AMAZONA investissent la Pointe des Colibris. Pour être à leur aise, l'ensemble des gîtes "Amour d'Olivier" leur est réservé.

 

Mais pour quoi diable y faire ?

 

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Y dérouler pas moins de 144 mètres de filets.

 

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Y placer à proximité une sono enfermée dans des sacs poubelles, débitant à longueur de matinée des chants d'oiseaux.

 

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Profiter du carbet pour installer pieds à coulisse, balance de précision, feuilles de notation, et scribes appliquées (c'était des filles alors j'accorde l'adjectif en genre et en nombre).

 

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Vous avez trouvé. Session de baguage. Plein ouest de la Désirade.

 

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Frantz, Anthony, Claude, Jacky, Antoine, Eric, Thomas, Emilie, Marion, Yasmine, Marine, Lola et Damien étaient là. Et moi et moi et moi.    

 

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Tous affairés. Inspecter les filets. Démailler les oiseaux sans qu'ils y laissent trop de plumes.

 

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Les placer dans des sacs de tissu individuels portés autour du cou. Identifier l'espèce et si possible le sexe.

 

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Vérifier son adiposité - donc son état de forme - en lui soufflant dessus au niveau du bréchet.

 

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Prendre ses mensurations.

 

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Puis le placer la tête la première dans un gobelet et déposer le tout sur la balance. Lui passer la bague au doigt (à l'inverse de nous autres humains, la bague est placée à droite).

 

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Et enfin le relâcher avec une pointe de regret. C'est si doux d'avoir les oiseaux en main.

 

Enfin je dis ça, mais moi je suis un oiseau, j'ai d'ailleurs pris garde à ne pas être pris dans leurs filets. Un Pic bagué, il ne manquerait plus que ça. Quand je leur ai demandé pourquoi ils faisaient ça, voici quelles furent leurs réponses.

 

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"Ca sert à connaître les routes de migrations".

"Ca permet de connaître l'évolution des populations, mais d'une fois sur l'autre les oiseaux s'habituent aux filets alors c'est difficile de comparer".

"Ca permet de faire du suivi".

"Ca permet de savoir si on a affaire à des sous-espèces".

 

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Et la dernière, que je retiendrai partculièrement.

 

 

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"C'est aussi pour le plaisir de voir les oiseaux de près, et de nous retrouver ici chaque année".

Sétékri par Le Toto-Bois, soutenu par la Grive fine - dans Ornitho
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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 14:13

Honneur aux derniers arrivés...

 

 

Lionel Petit

 

J'ai participé à cet évènement par jeu et par l'excitation de pouvoir "chasser" le maximum d'espèces dans les jumelles en un minimum de temps!! J'aimerais pouvoir donner l'envie aux amoureux de la nature de découvrir ces nombreuses espèces d'oiseaux peuplant notre île. L'observation ornithologique notamment au sein de l'Association Amazona permet d'accroître nos connaissances sur la biodiversité Guadelouppéenne et ainsi favoriser sa protection.
Le meilleur moment de ma journée fut sans aucun doute l'observation simultanée de deux espèces de Colombes très farouches posée à 5 mètres l'une de l'autre à Grand -Etang : la Colombe à croissants et la Colombe rouviolette (1ère observation pour moi!!).
 
Loin du score excellent des pros, j'ai apprécié le Challenge et je suis motivé pour la prochaine séance dans deux ans...

12 - Décembre - GU - Colibri madère3

Colibri madère. 

 

 

Thomas Delhotal, alias Tyran gris

 

J’ai participé au Big Day parce que c’était l’occasion d’une belle journée dans la nature. La montée en pression des semaines précédentes était prenante et j’ai atteint mon objectif de 50 espèces donc je suis content. Mais surtout, c’était génial d’explorer des sites complètement différents en restant constamment à l’affut de la moindre plume. Et en croisant furtivement mes adversaires au détour d’une saline ou d’un étang. Mes coups de cœur de la journée par ordre d’apparition : la Colombe à croissants, le Coulicou manioc, l’Erismature rousse et le Canard des Bahamas qui m’a valu un petit bain de boue.

 

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Hirondelles à ventre blanc, ne faisant pas le printemps.

 

 

Franz Delcroix

 

Après 2 mois de bluff, de test, de tension, nous y sommes. Une heure de sommeil seulement, je pars comme prévu : à minuit. Petit SMS pour embêter les autres, et je me lance dans cette journée de folie, mon coffre rempli de matériel, de nourriture (que je toucherai à peine, me contenant de bananes, d’amande et de pain), de vêtements de rechange « au cas où »…

 

J’oublie la pénombre, et la petite voix qui tente de me dire que je suis folle, qu’une fille ne peut pas arpenter les sites de nuit, toute seule…  toutefois, je garde les yeux bien ouverts, surtout ceux de derrière...

 

Et dès le top départ, pas une minute de repos. Si, tout de même, une petite sieste : de 5h30 à 5h39, en attendant que le soleil se lève. Un sommeil de 9 minutes, profond et réparateur.

 

Mon itinéraire était relativement bien préparé, j’étais sur tous les sites aux heures prévues. J’ai dû faire l’impasse sur un ou deux tout de même. Par contre, pas de chance pour moi en fin de journée : j’ai eu droit à un énorme orage, pendant plus d’une heure, et la conduite était plutôt difficile. J’ai donc dû abandonner les derniers sites, m’arrêtant à 81 espèces. Je suis fière de mon parcours, car Antoine a eu un peu chaud aux fesses ! Mon but était de faire mieux que mes 75 espèces de 2012, contrat rempli.

 

Le meilleur moment ? Au lever du soleil, j’étais entourée d’oiseaux, dont pas moins de 6 Bihoreaux gris ! Et un bel arc-en-ciel devant un nuage, je me suis arrêtée 10 secondes pour l’admirer…

 

Rendez-vous en 2016, avec de nouveaux participants j’espère ! 

 

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Certains regardent aussi autre chose que les oiseaux.

 

 

Antoine Chabrolle alias Diablotin

 

Nous sommes samedi 20 septembre, il est 4h15, c'est normalement l'heure pour moi d'aller me coucher, mais pas pour aujourd'hui...

 

Le réveil sonne, une petite toilette de chat et me voilà en train de ranger la glacière bien fournie et la longue-vue dans ma voiture.

 

Après deux ans d'attente, nous voila pour la Big day 2014... jeu qui consiste à voir le plus d'espèces d'oiseaux en 24 heures.

 

Plusieurs mois ont été nécessaires pour préparer ce jour tant attendu où plusieurs amis amoureux de l'observation d'oiseaux se lancent (chose rare chez nous) dans une compétition. Certes inutile mais ô combien excitante !!!

 

Le stress est tel que je reste assis près de 15 minutes au volant de ma voiture à remettre en cause mon parcours murement réfléchi depuis plusieurs semaines.

 

Mais il n'y a pas une minute de plus à perdre, les autres concurrents sont déjà à pied d'œuvre et certains depuis plusieurs heures déjà.

 

Camel-back dans le dos, jumelles autour du coup, me voilà donc parti pour une grosse, très grosse journée d'observation, de traque de toutes les espèces qui pourraient rentrer dans mon champ de vision ou dont le chant pourrait atteindre mes oreilles.

 

L'idée est de se rendre sur des principaux lieux d'observation dont certains sont tenus secrets...

 

Dans le sable, la boue, la mangrove, le vent, poursuivi par une horde de moustiques, je termine la journée écourtée par des pluies diluviennes avec 84 espèces observées en 14 heures d'observation, à travers pratiquement toute la Guadeloupe.

 

Il est temps pour moi d'aller boire un bon rhum et de fêter cette belle journée avec les copains.

 

Félicitation à tous les participants et bien sûr au vainqueur de ce véritable trail-birding (Anthony, note de la rédaction).

 

Rendez-vous en 2016 avec toujours comme objectif de passer une superbe journée.      

 

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Espèce rare, l'ornitho à trou de nez.

 

 

Anthony Levesque

 

Je ne suis pas un grand sportif mais un grand compétiteur dans l'âme alors allier passion et compétition est quelque chose de très stimulant. Quand en plus des adversaires, mais avant tout de vrais amis, rêvent également de cette première place alors on a tous les ingrédients pour une superbe journée. Préparation physique, tactique, bluff, tout est là, la pression monte, l'adrénaline est forte, enivrante. Le jour J arrive, les premières heures déjà riches en piafs, la journée va être longue. Fin d'après-midi, une dernière belle découverte : Chevalier sylvain ! Victoire, record en poche, rendez-vous en 2016 ! 

 

Wood Sandpiper

Chevalier sylvain.

Sétékri par AEVA le Toto-Bois - dans Ornitho
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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 10:10

 

 

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Certains d'entre vous se rappellent sans doute du petit garçon qui figurait sur les pots de sel Cérébos. Dans les années 60, quand j'ai commencé à hanter les bois, ma mère Pic m'expliqua la chose suivante : "Tu sais mon petit Toto-Bois, si quelqu'un arrive à mettre du sel sur la queue d'un oiseau, eh bien c'est qu'il réussira à l'attraper". Vous pensez bien que ça me fit frissonner, et que depuis ce temps-là, je me méfie des beaux parleurs armés d'une salière (ou d'un fusil chargé au gros sel).

 

Dimanche dernier, 4 gars et une fille ont sillonné la Guadeloupe à la poursuite du rêve de l'oiseau. A défaut de salière, ils avaient avec eux des jumelles et un petit carnet. Leur entreprise, qui peut paraître vaine au premier abord, était d'apercevoir ou d'entendre le plus d'oiseaux possible en une journée entière. Certains esprits chagrins pourront s'offusquer de l'essence consommée à cette occasion. Soit. Mais le bénéfice est réel. Leur grain de folie nous fait passer le message de la richesse des milieux naturels, et du goût de leur découverte.

 

Il y a deux ans, ils n'étaient que 3 pour le Big Day, puisque c'est de ça qu'il s'agit. Cette année, pas moins de 5 doux rêveurs ont pris le départ pour la quête de l'ornitho-Graal. Je leur ai demandé à chacun un exercice compliqué. En une centaine de mots (restrictions budgétaires obligent), résumer ce qui les a poussés à participer, et ce qu'ils en ont retiré.

 

Laissons-leur quelques jours pour nous rendre leur copie.

Sétékri par Le Toto-Bois - dans Ornitho
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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 15:55

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Frégate observée depuis la trace des crêtes aux Saintes.

 

 

Les interviews pas du tout imaginaires du Toto-Bois

 

 

Radio bois-patate nous a informés qu'une compétition hors du commun venait de se tenir en Guadeloupe. Trail dans le coeur du Parc National ? Coupe du monde de jet ski ? Merdecury day ?

Vous n'y êtes pas du tout. Ce défi opposait 3 ornithologues de grand renom, basés sur notre belle île, et piliers de l'association AMAZONA. Ils avaient décidé de battre le record du nombre d'espèces d'oiseaux observées dans un intervalle de 24 heures, en l'occurence le 29 septembre. Et ils ont baptisé l'évenement "Big Day".

 

 

Toto-Bois – Alors une question me brûle le bec, pourquoi cette quête ?

 

Frantz – Honnêtement, au départ, je voulais savoir combien d'espèces pouvaient être vues sur une journée. Et puis, au fur et à mesure, le défi a commencé à prendre de l'ampleur (du moins dans nos têtes !) : comment s'organiser, à quelle heure aller sur tel ou tel site, faut-il s'arrêter pour manger, se reposer ? La preuve, je me suis même entrainée deux semaines avant, et j'ai bien fait ! Et puis, Anthony est tellement un mauvais perdant et un teigneux, que c'était contagieux et à un moment, allez, pendant .... 3 secondes, j'ai espéré pouvoir l'écrabouiller, pour voir sa réaction s'il perdait !! Bon, je n'avais pas beaucoup d'espoir pour ça, mais un jour, qui sait... et puis quand à 13h18 il m'a envoyé un SMS pour me dire qu'il était à 76 espèces, j'ai reconnu l'art du Grand Maître, et j'ai su que c'était fini pour moi!!

 

Antoine – Pour le jeu bien sûr !!! Et surtout pour consacrer une journée complète à notre passion qu’est l’observation des oiseaux. Il se trouve que nous réalisons fréquemment des sorties de terrain pour effectuer des comptages, des recensements, des opérations de bagage qui sont davantage des observations à vocation scientifique. Le concept de la Big Day est vraiment une compétition entre amoureux des oiseaux qui demande de la préparation, de l’organisation et de la stratégie, tout comme peut le faire un sportif. Ce concept met vraiment « du piment » à la simple observation d’un oiseau, car dès qu’une espèce est observée, il faut tout de suite passer à une autre, puis une autre, ……afin d’obtenir la liste la plus complète possible.

 

Anthony – Pour le fun de la compétition avant tout et - il faut être honnête - se mesurer aux autres ! Mais pas seulement ! L'objectif était aussi de dynamiser un peu les troupes, créer quelque chose de nouveau en Guadeloupe, c'est quelque chose que font les américains depuis de nombreuses années et si ce n'est pas à la même échelle ça apporte aussi en terme de conservation par une meilleure connaissance des espèces mais aussi avec la collecte de fonds mais ça ça sera pour la prochaine édition... Pour être plus clair les gens disent qu'ils verseront par exemple un certain montant (en général quelques cents par espèces observées, ce qui a la fin fait une certaine somme qui sert à la conservation des espèces). Et enfin je dirais que comme ça n'avait jamais été fait personne ne pouvait répondre à cette question parfois posée par les enfants "combien on peut voir d'oiseaux dans une journée ?", maintenant on le sait...

 

 

 

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Ca c'est moi avec mon épouse légitime.

 

 

Toto-Bois – Quelle a été votre stratégie pour tenter de battre ce record idiot ?

 

Frantz – Je me suis fait un itinéraire en béton... tellement en béton que j'ai perdu....

 

Antoine – Arrivé depuis peu sur le territoire de la Guadeloupe, je partais déjà avec un sérieux handicap face à mes deux adversaires très affutés sur les oiseaux de la Guadeloupe et les sites d’observations. Ils ont tous les deux leurs secrets sur l’emplacement précis d’une espèce, et sont pratiquement capables de vous dire à quelle heure l’oiseau va se poser dans l’arbre, et sur quelle branche…

Bref, la mission de battre le record était pour moi quasi impossible, d’autant plus que la date du Big Day a été avancée d’une semaine, me laissant encore moins de temps de préparation !!! 

J’ai donc ciblé des sites d’observations où j’étais au moins allé une fois, et si possible, peu distants les uns des autres afin de limiter les temps de déplacement en voiture. J’avais au préalable calculé un temps maximum à consacrer par site d’observation afin de rester au plus près de mon « planning d’observation » afin de consacrer le plus de temps possible à l’observation.

 

Anthony – Repérage en amont, tester ses adversaires, à l'occase les diriger vers de fausses pistes, préparer le meilleur parcours possible afin d'optimiser le nombre de possibilités, puis la veille se coucher tôt ! Le jour J se lever tôt (1h55), dans la journée tenter de savoir où en sont les collègues, ne pas dévoiler trop vite ses découvertes puis ne pas baisser la garde même quand on sait que la victoire est proche...

 

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Pétrel Diablotin, imaginé sur les pentes de la Soufrière.

 

 

Toto-Bois – Avez-vous usé de ruse, voire de malveillance, pour voir plus d'espèces que vos concurrents ?

 

Frantz – Hélas, non! Je me suis même fait avoir, n'est-ce-pas Toto, naïvement, en lui disant quelques jours auparavant où j'avais vu tel ou tel oiseau !

 

Antoine – Le Big Day est encadré par des règles strictes qui ne doivent pas être transigées par respect des compétiteurs et de la philosophie de l’épreuve. 

Cependant, le jour J, j’ai utilisé comme tous les participants, la technique de la « repasse » pour certaines espèces. Cette technique (peu sportive je l’admets) consiste à émettre un chant d’une espèce d’oiseau, afin que celle si se manifeste ou réponde à son tour. Elle permet tout en restant assis sur son capot de voiture, de contacter et donc de lister certaines espèces d’oiseaux qui restent planquées au fin fond de la forêt.

Préalablement au Big Day et dans le cadre de ma préparation, j’ai questionné mes adversaires sur l’emplacement précis de certaines espèces locales, afin de pouvoir les revoir avec certitude le jour de la Big Day. Malgré la compétition qui s’approchait, ils m’ont gentiment renseigné et personne ne m’a envoyé chercher au fond d’une grotte un oiseau encore inconnu à ce jour…

 

Anthony – Oui ! Comme promis à Frantz je n'ai pas crevé ses pneus mais par contre une semaine avant j'ai fait croire que je m'étais fait sortir d'un étang privé où il y avait de nombreuses espèces assurées car je savais que tout le monde voulait y aller... Frantz a gobé, pas Antoine...

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Gobé quoi ? Moi j'ai fait une coche très goûteuse de Râle gris à l'îlet Fajou.

 

 

Toto-Bois – Peut-on faire le parallèle entre la chasse aux coches et la chasse aux oiseaux ? (je pense proposer ce sujet pour les épreuves du Bec de philo en section Nature).

 

Franz - Je ne sais pas... l'avantage de la chasse aux coches, c'est qu'après, l'oiseau part entier et vivant ! Je ne sais pas ce que ressentent les chasseurs, mais moi je sais que lorsque je rencontre un Bécasseau maubèche, un Courlis corlieu, ou même les petites parulines qui viennent hiverner chez nous, j'éprouve un immense respect pour ces êtres qui ont parcouru tant de milliers de kilomètres, vu tant de différents paysages que je ne peux même pas imaginer.

 

Antoine – La chasse aux coches est une activité toute aussi particulière que celle du Big Day, car elle consiste à essayer d’aller voir un oiseau que l’on n’a encore jamais vu, à l’échelle d’une vie et non sur 24h. Il faut effectivement être constamment à l’affût de l’éventuel oiseau rare qui pourrait « tomber » comme on dit dans notre jargon, c’est une vraie chasse de l’oiseau inconnu. La liste d’un cocheur peut effectivement être assimilée à celle d’un tableau de chasse d’un chasseur. Cependant, cette activité n’a (quand elle est pratiquée de façon déontologique) aucun impact sur l’oiseau lui-même, qui peut continuer librement sa migration et satisfaire d’autres passionnés d’oiseaux qui l’auront à leur tour découvert sur un autre site d’observation.

 

Anthony – Pas sûr de bien saisir la question... tu veux dire quoi par chasse aux oiseaux, avec fusil et cartouches, la vraie chasse quoi ??? Si c'est le cas je dirai pas tout à fait car quand je vais à la chasse je n'y vais pas spécialement pour flinguer tout ce que je vois et le plus possible, pour moi c'est la chasse photographique ou même le baguage qui se rapproche le plus de la chasse, là j'avais vraiment plus l'impression d'être dans une compétition sportive qu'à la chasse... et puis on vient de faire la Big Day mais il y a aussi la Big Year (même principe mais sur une année entière, là encore on se tire la bourre avec Frantz, mon record 171 sps en 2008...).

 

 

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Un faucon pèlerin asticotant un limicole au large de la Pointe des Châteaux (dessin N. Barré)

 

 

Toto-Bois – La quantité ça peut être bien mais la qualité c'est sympa aussi : quelle fut ta plus belle observation pendant ces 24 heures ? et pendant ta vie d'ornithologue ?

 

Frantz – Pendant ces 24h, J'étais VRAIMENT contente de voir les 6 Phaétons à bec rouge ! Je ne m'attendais pas à en voir un, alors 6 en même temps, c'était une belle observation.

Pendant ma "vie d'ornithologue", en Guadeloupe. Hum, c'est difficile de choisir une observation précise depuis que j'ai commencé l'ornithologie. Chaque coche a un goût particulier, et apporte de la joie, car c'est toujours agréable de voir une nouvelle espèce. Mais il y a des situations que j'aime énormément : c'est lorsque je fais de l'affût photo pendant plusieurs heures. J'essaie d'arriver très tôt sur le site que j'ai choisi, je m'installe avec mon affût, et le moment que je préfère, c'est lorsque les oiseaux commencent à se comporter comme si je n'étais pas là. Voir les aigrettes s'approcher à un ou deux mètres, ou encore un Balbuzard pêcheur se poser à 20 ou 30 mètres pour manger son poisson, et le summum, lorsqu'un Trembleur brun se pose sur mon affût à Lalanne ! Quelle surprise ! Pendant ces instants de solitude et de grand calme, j'observe leur façon d'évoluer autour de moi. Et ça suffit à me remplir de bonheur.

 

Antoine – A l’occasion de cette journée du Big Day, j’ai eu la chance de voir 4 nouvelles espèces de je n’avais encore jamais observées. Malheureusement, contexte de la compétition oblige, je n’ai pas pu pleinement profiter des observations et prendre le temps de photographier ces oiseaux. En ce qui me concerne, ce n’est pas forcément le fait de bien voir un oiseau qui marque, mais plutôt le contexte et surtout l’ambiance dans laquelle je l’ai observé. Mon meilleur souvenir de cette incroyable journée restera ma cession de pschitting en limite d’une mangrove vers Port-Louis, où j’ai pu observer 3 nouvelles espèces d’oiseaux en même temps, attirées par mes sifflements, peu après que je venais de perdre mon pot d’échappement dans une ornière du chemin d’accès à la mangrove. La notion de tristesse pour ma voiture et de joie de voir ces oiseaux été mêlée dans le même buisson.

Il est difficile de ne retenir qu’un fait marquant sur le plan de « ma vie » ornithologique. Cependant, le partage de la découverte de la première observation d’une espèce en France métropolitaine restera pour moi un grand moment. Dans un cadre plus général, le partage d’émotions avec d’autres passionnés face à l’observation d’un oiseau reste des ambiances qui me marquent particulièrement. Se retrouver avec 200 personnes face à une mouette qui est à plusieurs milliers de kilomètres de son aire normale de répartition restent des observations inoubliables.

 

Anthony – Lors de la Big Day la Paruline des prés, un magnifique mâle en arrière mangrove de Port-Louis sud, je ne l'avais pas encore vue cette année.

Sinon j'ai plein de super souvenirs de découvertes d'espèces puisqu'en 15 ans que je sillonne la Guadeloupe, j'ai eu la chance de découvrir plus de 40 espèces nouvelles... Cependant la découverte d'un Râle des genêts (espèce du Vieux Continent) au pied du phare de Petite-Terre restera un moment inoubliable, la méga grosse coche d'une vie, le rêve de tout cocheur ! Mais je suis partagé avec la découverte d'une famille de Dendrocygne des Antilles (toujours à Petite-Terre), coche pour moi de l'espèce en Guadeloupe et premier cas de nidification dans notre département, énorme aussi... et si je devais en donner un 3ème le Goéland de Kumlien (ex ailes blanches) le jour de mon anniversaire au port de Basse-Terre, joli cadeau...

 

 

Merci à nos trois compères, et pour vous prouver le sérieux de leur entreprise, vous pouvez télécharger la fameuse liste des espèces observées, évidemment contrôlée par Maître Corbeau, huissier spécialisé dans le domaine des noms d'oiseaux.

 

 

Sétékri par Le Toto-Bois - dans Ornitho
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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 11:31
Devinette : qui pousse ce cri fort (cra cra cra etc...) au détour de certaines rivières de Guadeloupe, de Dominique mais malheureusement plus de Martinique ?

Megaceryle torquatus stictipennis - Cliché P. Feldmann


C'est lui, l'infâme Cra cra, autrement nommé Martin-pêcheur à ventre roux (le Martin-pêcheur sédentaire selon le père Pinchon). A ne pas confondre avec le Martin-pêcheur migrateur, qui fréquente les zones littorales, voire les embouchures de rivières, et qui est beaucoup plus répandu.

An tan pas si lontan que ça (dans les années 70-80), le Cra cra était observé assez couramment sur les rivières de la Basse-Terre en Guadeloupe, depuis le bord de mer jusqu'à plusieurs centaines de mètres d'altitude. Sur le Grand Etang, dans la zone centrale du Parc National, ce martin-pêcheur pouvait être observé quasiment à chaque visite. Petit à petit, l'oiseau fit moins souvent son nid, et depuis 5 ans, il semble qu'il n'ait plus été revu sur ce site par les gardes du Parc ou par d'autres ornithologistes.

Ca ne vous inquiète pas ? Une sous-espèce endémique des Petites Antilles, pour qui l'application au niveau régional des critères de la liste rouge de l'UICN faite par AEVA aboutit au classement 'en danger critique d'extinction' en Guadeloupe. Qui plus est un très bel oiseau, probablement le plus grand martin-pêcheur du monde : curieusement, il se différencie nettement au niveau morphologique de la sous-espèce nominale, largement répandue dans les Amériques (plus grand, queue plus longue, bec plus fort, angle d'attaque de l'aile bordé de blanc,...). A se demander si ce n'est pas une espèce à part entière (fantasmons un peu).

Ca serait tout de même dommage qu'une telle espèce soit la première à disparaître de Guadeloupe, depuis le Rossignol (Troglodyte de Guadeloupe).

Nos envoyés spéciaux ont réussi (nul n'est à l'abri d'un coup de chance), à localiser en 2007 et 2008 des individus nicheurs, sur un des affluents de la Grande Rivière à Goyave. C'est curieux, il s'agit de la rivière la moins polluée par le chlordécone, alors que la Grande rivière de Capesterre qui est quant à elle très polluée (ainsi que les vertébrés et invertébrés qui la peuplent, et qui sont largement consommés par les martins-pêcheurs), semble ne plus héberger les Cra cras. De là à dire qu'il y a une relation de cause à effet, il y a un pas que je ne franchirai pas. Mais quand même...

Bref, tout ça pour dire qu'il est urgent d'agir, pour savoir de quoi il retourne. Quelle est la répartition actuelle du Cra cra ? Quelles sont ses exigences écologiques ? Y a-t-il des corrélations entre sa répartition et des facteurs tels que relief, pratiques agricoles, zones d'épandage du chlordécone ? Qu'en est-il des populations de Dominique, pour lesquelles il n'y a pas non plus de données dans la littérature ?

Si cette première étude peut être menée rapidement, nous aurons des éléments de réponse pour éventuellement fournir des propositions de gestion. Et qui sait, monter un projet plus ambitieux, intégrant des questions de génétique, de toxicologie...

Nous organiserons prochainement une sortie (à effectifs réduits), pour observer un couple nicheur du côté de la forêt de Jules.
Sétékri par le Toto-Bois - dans Ornitho
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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 09:40
Dendrocygne-des-antilles.jpg
 Photo tirée du site http://www.pbase.com/pbannon/cuba

Nos collègues de l'association AMAZONA nous signalent qu'ils ont vu (de leur yeux vu) un Dendrocygne des Antilles (Dendrocygna arborea, canard siffleur) nicher à Petite Terre. Tous les détails de cette affaire sur le site www.amazona-guadeloupe.com

J'en profite pour vous dire que nous allons faire une petite pause dans le blog, pendant 2-3 semaines. Voyez-vous, nous autres les Pics entrons dans la saison de reproduction, et j'ai été affecté au bureau des réclamations du service 'permis de construire les cavités de nidification'. Du pain sur la planche en perspective...
Sétékri par le Toto-Bois - dans Ornitho
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15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 06:02

pic-de-la-Guadeloupe.jpg 
Illustration de S. Nicolle


Je dois avouer que mon ego enfle un peu.

Figurez-vous que moi, le Pic de la Guadeloupe, j'ai fait l'objet d'une étude en 2007.

Déjà, dans les années 93-94, le Parc National de la Guadeloupe avait soutenu une proposition de Pascal Villard, à savoir étudier mon écologie. Et je dois dire aussi que le même Pascal avait été à l'origine de la fondation de l'association. Je l'entends encore proférer avec son accent inimitable d'Andelot en Montagne (Jura), "mais y'a pô d'association ornitho ici ou bien ??" Mais là n'est pas la question.

Or donc, 13 ans après cette première étude qui fut un vrai cauchemar pour moi (imaginez, je fus traqué, observé, plus aucune vie privée pendant des mois), rebelote. Et pourtant, cette première étude avait débouché sur l'édition d'un beau livre ("tout ce que que vous avez toujours voulu savoir sur moi"), et même sur 2 publications à comité de lecture sur mon régime alimentaire (woodpecker weight watcher) et sur mon ADN ! Eh bien malgré ça, les scientifiques ont remis le couvert. Ils voulaient savoir comment avait évolué les effectifs de ma population, et aussi si par hasard je n'avais pas colonisé certains milieux desquels j'étais absent auparavant.

Le Parc National et la DIREN ont donc financé la suite des opérations. Pascal est revenu sur les lieux du crime, a arpenté au pipirit chantant tous mes habitats potentiels (22 transects dans 9 unités écologiques, avec 4 répétitions s'il vous plait, statistiques obligent), a donné du GPS et du SIG (à vos souhaits), et tout ça pour arriver aux conclusions suivantes :

- les calculs de densité de mes populations de la première étude n'étaient pas d'une précision absolue. Tout simplement parce que pour calculer les superficies des différentes unités écologiques dans lesquelles j'habite, mes observateurs ne disposaient pas du puissant outil qu'est le système d'information géographique, le fameux SIG. Si on refait les calculs, nous n'étions pas 10 000, mais 19 000 couples à un chouia près à l'époque (on me l'aurait demandé, je l'aurais dit).

- actuellement, nous sommes environ 19 000 couples, ce qui voudrait dire que ma population est restée relativement stable quantitativement. Pas encore de quoi proposer à l'UICN de revoir mon statut (proche de menacé), mais tout est loin d'être rose pour moi. Les espaces forestiers n'ont fait que régresser depuis 15 ans, en quantité et en qualité. Je compense en augmentant la taille de mes territoires, mais je ne pourrai pas continuer indéfiniment comme ça. Et je n'aimerais pas passer au statut d'espèce vulnérable, honte à vous tous si on en arrive là.

- malgré ça, j'ai colonisé les Monts Caraïbes, et la partie la plus méridionale des grands-Fonds.

- enfin, le SIG se révèle être un bon outil pour conseiller les gestionnaires d'espaces naturels ou urbanisés. En effet, il permet de pointer les zones à préserver pour éviter que mon territoire ne soit davantage fragmenté. En effet, jai la faiblesse de ne pas savoir voler à découvert. A cause de ça, ma population de Grande-Terre est maintenant isolée génétiquement de celle de Basse-Terre, les derniers traits-d'union forestiers ayant été grignotés par la cité.

Vous pourrez en savoir plus dans quelques jours, le temps de chercher dans mes supports de formation comment mettre en ligne le rapport.

Sétékri par le Toto-Bois - dans Ornitho
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