15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 02:02

pic-de-la-Guadeloupe.jpg 
Illustration de S. Nicolle


Je dois avouer que mon ego enfle un peu.

Figurez-vous que moi, le Pic de la Guadeloupe, j'ai fait l'objet d'une étude en 2007.

Déjà, dans les années 93-94, le Parc National de la Guadeloupe avait soutenu une proposition de Pascal Villard, à savoir étudier mon écologie. Et je dois dire aussi que le même Pascal avait été à l'origine de la fondation de l'association. Je l'entends encore proférer avec son accent inimitable d'Andelot en Montagne (Jura), "mais y'a pô d'association ornitho ici ou bien ??" Mais là n'est pas la question.

Or donc, 13 ans après cette première étude qui fut un vrai cauchemar pour moi (imaginez, je fus traqué, observé, plus aucune vie privée pendant des mois), rebelote. Et pourtant, cette première étude avait débouché sur l'édition d'un beau livre ("tout ce que que vous avez toujours voulu savoir sur moi"), et même sur 2 publications à comité de lecture sur mon régime alimentaire (woodpecker weight watcher) et sur mon ADN ! Eh bien malgré ça, les scientifiques ont remis le couvert. Ils voulaient savoir comment avait évolué les effectifs de ma population, et aussi si par hasard je n'avais pas colonisé certains milieux desquels j'étais absent auparavant.

Le Parc National et la DIREN ont donc financé la suite des opérations. Pascal est revenu sur les lieux du crime, a arpenté au pipirit chantant tous mes habitats potentiels (22 transects dans 9 unités écologiques, avec 4 répétitions s'il vous plait, statistiques obligent), a donné du GPS et du SIG (à vos souhaits), et tout ça pour arriver aux conclusions suivantes :

- les calculs de densité de mes populations de la première étude n'étaient pas d'une précision absolue. Tout simplement parce que pour calculer les superficies des différentes unités écologiques dans lesquelles j'habite, mes observateurs ne disposaient pas du puissant outil qu'est le système d'information géographique, le fameux SIG. Si on refait les calculs, nous n'étions pas 10 000, mais 19 000 couples à un chouia près à l'époque (on me l'aurait demandé, je l'aurais dit).

- actuellement, nous sommes environ 19 000 couples, ce qui voudrait dire que ma population est restée relativement stable quantitativement. Pas encore de quoi proposer à l'UICN de revoir mon statut (proche de menacé), mais tout est loin d'être rose pour moi. Les espaces forestiers n'ont fait que régresser depuis 15 ans, en quantité et en qualité. Je compense en augmentant la taille de mes territoires, mais je ne pourrai pas continuer indéfiniment comme ça. Et je n'aimerais pas passer au statut d'espèce vulnérable, honte à vous tous si on en arrive là.

- malgré ça, j'ai colonisé les Monts Caraïbes, et la partie la plus méridionale des grands-Fonds.

- enfin, le SIG se révèle être un bon outil pour conseiller les gestionnaires d'espaces naturels ou urbanisés. En effet, il permet de pointer les zones à préserver pour éviter que mon territoire ne soit davantage fragmenté. En effet, jai la faiblesse de ne pas savoir voler à découvert. A cause de ça, ma population de Grande-Terre est maintenant isolée génétiquement de celle de Basse-Terre, les derniers traits-d'union forestiers ayant été grignotés par la cité.

Vous pourrez en savoir plus dans quelques jours, le temps de chercher dans mes supports de formation comment mettre en ligne le rapport.

10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 02:55

Voici une vue de l'Ilet Fajou l'été dernier, qui représente l'Etang Bois-Sec.
Etang-Bois-sec-2007.jpg

 

 

 















Au moment des faits, l'étang n'était pas sec, mais pendant le carême, il prend cet aspect :

Fajou-Bois-Sec.jpg

Mais pourquoi donc vous parlé-je de cet îlet Fajou, confetti de quelques dizaines d'hectares dans le Grand Cul-de-Sac Marin de la Guadeloupe ?

Il faut savoir que cette zone est classée à la fois en Réserve Naturelle, et en Réserve de Biosphère par les Nations-Unies, ce qui n'est pas rien. On trouve sur l'îlet une population de rats, qui cohabite avec des populations animales à forte valeur patrimoniale (tortues marines, râles gris). Les gestionnaires d'espaces naturels et les scientifiques s'intéressent beaucoup à ces rats.

Il y a quelques années, ils ont essayé de les éradiquer. Ce fut un cirque assez extraordinaire : pas moins de 20 personnes mobilisées pendants 30 jours, à disposer des pièges à rat partout dans l'îlet (sur la plage passe encore, mais dans les zones de mangrove c'est moins facile), à relever les pièges tous les jours (attraper le rat vivant dans le piège et lui tordre le cou), à les disséquer tous les soirs (ce n'est pas tous les jours qu'on peut disposer d'une population complète, autant faire tout un tas de mesures et de prélèvements qui vont servir à d'autres études)... Et tant qu'on y était, le piégeage a également été réalisé sur les mangoustes, grandes prédatrices devant l'éternel. Bilan de l'affaire : 742 rats ourdis, 182 souris et 76 mangoustes.  

Un an après, contrôle des bons et des méchants : les mangoustes ont bien été éradiquées. Les rats, pas tout-à-fait et la population s'est doucement reconstituée. Les râles vont bien merci, leur population s'est bien développée depuis ces événements. Quant aux tortues marines, franc succès : leurs pontes étaient détruites à 100%, et depuis l'opération commando, les bébés tortues naissent à nouveau sans se faire gober tout cru par les mangoustes.

JC-Mangoustes-sepia.jpgPastel Jean Chevallier

Et alors on ne mange plus d'omelettes nous ?


Quel rapport avec ma virée sur l'îlet en  juillet dernier ? C'était pour accompagner mes amis ratators et néanmoins AEVistes de longue date, qui poursuivent leurs investigations* . La question est cette fois la suivante : quel est le régime alimentaire des rats, en quantité et en qualité ? (c'est bien beau de les accuser du pire, ils ne mangent finalement peut-être que quelques feuillages et coquillages ?). Mais comment diantre fait-on pour savoir ce que mange un rat sur l'îlet Fajou ?

- on le surveille à la jumelle et on note ce qu'il mange ? Non.
- on l'attrape et on regarde ce qu'il a dans le ventre ? C'est une possibilité mais c'est compliqué car il faut tout observer au microscope et disposer d'éléments de référence.
- on l'attrape, on prélève ce qu'il a dans l'estomac et on réalise des analyses physico-chimiques dont je ne me rappelle plus le nom - ah si, des analyses isotopiques me souffle une relectrice assidue - et qui permettent de connaître les proportions des différents groupes animaux et végétaux consommés. Et pour ça, il faut avoir en même temps prélevé et capturé toutes les espèces animales et végétales potentiellement consommées par le rat sur l'îlet. Ce n'est guère plus simple que l'item du dessus, mais il paraît que c'est ce qui se fait de mieux. Le projet scientifique s'appelle "Aliens", d'autres équipes de par le vaste monde font le même type d'études sur d'autres espèces dites envahissantes.

A suivre de près...


* Lorvelec O., Delloue X., Pascal M. & Mège S., 2004. Impact des Mammifères allochtones sur quelques espèces autochtones de l'îlet Fajou (réserve naturelle du Grand cul-de-sac marin, Guadeloupe), établis à l'issue d'une tentative d'éradication. Revue d'Ecologie (Terre et Vie), 59 : 297-307.
* Lorvelec O. & Pascal M., 2005. French attempts to eradicate non-indigenous mammals and their consequences for native biota. Biological Invasions, 7 (1) : 135-140.
7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 19:00

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Source http://routedeslivres.blogspot.com/2007_08_01_archive.html


Merci à la revue 'L'Orchidophile' qui nous autorise à mettre en bligne sur le log* un article qui décrit en long, en large et en couleurs les 19 espèces d'orchidées sauvages de notre belle Guadeloupe qui bénéficient désormais du statut d'espèce protégée. Un arrêté ministériel datant de 2006 a en effet remplacé celui de 1988, qui ne concernait que 10 espèces d'orchidées.

L'article fournit pour chaque espèce une photo, des éléments d'écologie et précise les menaces qui pèsent parfois lourdement sur les populations.

Cliquez ici (du bout du bec svp) pour télécharger l'article en format pdf.


* Le bureau s'excuse, notre Toto-Bois souffre d'une légère dyslexie, dont quelques séances de rééducation devraient venir à bout.

2 janvier 2008 3 02 /01 /janvier /2008 04:59

 

Tamias sibiricus - Source www.nundafoto.net/

Notre fidèle Liliane, toujours vigilente, me signale que la Maison de l'éleveur propose des écureuils de Corée, pour la somme de 72 euros pièce. Elle s'indigne à juste titre que ces animaux soient mis en vente, avec une probabilité proche de 1 que certains individus puissent s'échapper, ou tout simplement être relâchés dans la nature lorsque ces chères têtes blondes, brunes, rousses (ou leurs parents) en auront assez.

Tout juste remis d'un réveillon bien arrosé entre pics de bonne compagnie, j'ai immédiatement alerté le service compétent de l'association (en l'occurence, Olivier, spécialisé sur les espèces exotiques envahissantes).

Telle fut sa réponse :

'Vis à vis de la politique ministérielle à mener, j'ai proposé il y a quelques mois l'interdiction de vente de tous les sciurudés (écureuils) dans les animaleries. On est confronté avec les écureuils aux mêmes problèmes que ceux constatés avec les tortues  terrestres et d'eau douce vendues en animaleries (naturalisation et impacts sur le fonctionnement des écosystèmes, espèces proches remplaçant les espèces interdites, gros capital de sympathie rendant toute intervention très difficile...).

Effectivement, c'est un problème. Le Tamia de Sibérie (Tamias sibiricus), encore appelé Ecureuil de Corée, du Japon, de Sibérie, de Russie, selon sa provenance, est un animal de régions plutôts froides. Il a a priori peu de chance de s'implanter en zone tropicale. Ceci dit, on n'est pas à l'abri de surprises dans ce domaine.

A priori toujours, l'animalerie a le droit d'en vendre et c'est donc difficile d'interdire. Cependant, c'est à vérifier. Il faudrait déjà sensibiliser.'


Et vous, quelle est votre opinion sur la question ?

Nous avons sollicité la DIREN pour qu'elle organise une rencontre avec le responsable de ce magasin. L'idéal serait de lui faire comprendre les enjeux, et lui faire renoncer à commercialiser ces écureuils.

Pour mémoire, une espèce d'écureuil avait déjà été introduite en Guadeloupe, probablement à la fin des années 60. Dans son article (voir Lorvelec et al. 2007 dans la rubrique 'Publications'), Olivier indique qu'il s'agit d'un écureuil de l'espèce Funambulus pennantii, appelée Rat palmiste et nous rapporte les témoignages de deux membres de la famille Petrelluzzi : 

Un couple de ces écureuils aurait été acheté en 1968 à Orlando en Floride, et mis en cage sur un îlet du Petit Cul-de-sac marin, proche d'une centaine de mètre de Jarry. Ils se seraient échappés, et été à l'origine d'une micropopulation sur cet îlet. En 1975-76, 4 individus de cette population auraient été capturés, et mis en cage dans une résidence du Morne Fleuri aux Abymes. Même scenario, les écureuils s'échappent et fondent une autre population. On retrouverait aujourd'hui ces animaux sur les mornes Fleuri, Boissard, Melon, Audebert et peut-être au Jardin d'Essais.

27 décembre 2007 4 27 /12 /décembre /2007 09:43

JC-Pic-de-la-Guadeloupe.jpg

Illustration Jean Chevallier


C'est donc Toto-Bois qui vous parle. J'ai bénéficié d'une session de formation accélérée pour utiliser les nouvelles technologies de l'information, mon bec acéré et mon intelligence au-dessus de la moyenne m'ayant permis de m'adapter assez vite à l'outil informatique. En préambule, je vous signale que vous avez accès à un certain nombre de pages fixes (3 pour l'instant, il faut commencer doucement), c'est la rubrique 'Pages' située à droite. De même, quelques albums photos sont à votre disposition, ils seront étoffés au fur et à mesure.

J'inaugure le blog en vous indiquant ce qui a été décidé lors de la première réunion du bureau pour cette année 2007-2008.

Tout d'abord, les rôles changent dans le bureau, on ne va pas se scléroser tout de même :

Présidence : Claudie Pavis
Trésorerie : Mathieu Brossaud
Secrétariat : Lisa Lavocat
Tout le reste : Jean-François Bernard (chargé de mission sorties de terrain), Françoise Culson (déléguée aux affaires générales), Maguy Dulormne (secrétariat à la logistique), Daniel Imbert (expert en relations publiques surtout pour le Conseil des Rivages Français d'Amérique), Laurent Malglaive (délégué aux affaires des Tortues marines), et enfin Sylvie Rioual (nouvelle arrivante).

Les bonnes résolutions pour 2008 :

- améliorer notre visibilité (le blog est là pour ça)
- appuyer le réseau Tortues marines, en continuant à coordonner la zone de Saint-François
- conduire l'étude sur les Bryophytes de Guadeloupe et Martinique (financement ONF et DIREN)
- relancer le partenariat avec l'ONF, pour poursuivre les suivis de populations d'iguanes des petites Antilles
- monter un projet pour évaluer le statut des populations du martin-pêcheur à ventre roux
- et bien d'autre choses encore

Ces différents points feront l'objet d'articles circonstanciés (j'ai également suivi une formation en grammaire française, j'en avais besoin, mon language maternel ne m'ayant doté que de 7 ou 8 'kaaaaaaaaaa').

Je vous salue donc du haut de mon pied de cocotier préféré, il faut tout de même que j'aille chercher de quoi manger pour le réveillon du Nouvel an. J'attends vos commentaires avec impatience (il faut cliquer en bas à droite sur ajouter un commentaire, bande d'ignares).

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  • : Le blog d'AEVA, Association pour l'Etude et la protection des Vertébrés et végétaux des petites Antilles - Contact : claudie.pavis@gmail.com
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