4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 16:15

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Cliché Smithsonian Marine Station at Fort Pierce

 

Joli poisson me direz-vous, mais réputé pour être très venimeux, et pour entrer en compétition avec d'autres espèces de poissons. Pterois volitans, puisque tel est son patronyme, est originaire de l'océan pacifique et de l'océan indien. Il a été malencontreusement introduit en Floride en 1985, et n'a cessé d'étendre son aire de répartition du côté des Antilles.

 

Mais je n'en dis pas plus.

 

Claude Bouchon, maître de conférences à l'Université Antilles-Guyane nous exposera tout ce qu'il sait sur cette espèce, et sur son arrivée dans les eaux guadeloupéennes.

 

Rendez-vous vendredi 8 octobre à 18 h, bâtiment recherche, salle de TP de BV à Fouillole.

 

24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 16:01

 

 ... un peu de pub...

 

La Réserve de Petite-Terre a mis en ligne son site... Cliquez sans plus attendre.

 

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"Ca y est les filles, on est sur Internet".

Petites sternes nichant à Terre de Haut de Petite-Terre, mai 2010.

9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 09:00

Les interviews pas du tout imaginaires du Toto-Bois.

 

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Juvénile de Tafaliscinae. Cliché L. Desutter.

 

 

La semaine dernière, aux tréfonds de la forêt de Sofaia, j'essayais d'extirper un asticot d'une écorce trempée (je suppose que vous avez remarqué le temps qu'il a fait en juillet dernier). Je découvris alors une silhouette inhabituelle en ces lieux. Une femme courbée vers le sol, je dirais même plus accroupie, en train de farfouiller dans la litière. Encore un peu elle serait venue m'ôter le pain de la bouche, où plutôt le vermisseau du bec.

 

Ne cédant pas à l'impulsion première de prendre la fuite à tire d'ailes, je m'approchai de la quidame. D'un abord sympathique, elle accepta de répondre à mes questions, sans même s'étonner qu'un volatile de mon espèce fût doué de parole.

 

Toto-Bois (TB) - Comment t'appelles-tu, et que fais-tu donc dans la forêt ?

 

Elle - Desutter. Laure Desutter. Je cherche des Grillons.

 

TB - Pourquoi t'intéresses-tu aux Grillons ?

 

Elle - C'est le hasard qui m'a poussée vers eux. Moi ce qui m'intéressait étant étudiante, c'était la façon dont les animaux communiquent par voie acoustique. Alors ça aurait aussi bien pu être les grenouilles, ou les oiseaux, mais j'ai eu la possibilité d'étudier les grillons. Il faut dire que j'avais un goût prononcé pour les insectes, qui sont d'un contact plus facile que les vertébrés.

 

TB - Hi ! Moi aussi j'ai un goût prononcé pour les insectes ! Mais qu'est ce que les Grillons ont de particulier ?

 

Elle - Ils sont nocturnes, totalement inoffensifs et bons musiciens. En plus de ça, ils sont beaux. Sur des critères plus scientifiques si jamais ça t'intéresse, les espèces sont très diversifiées, surtout dans les forêts et dans les îles.

 

TB - Ah. Je commence à mieux comprendre la raison de ta présence. Et alors, quelle est leur importance en Guadeloupe ?

 

Elle - Pour l'instant, j'ai réussi à identifier à peu près 50 espèces, ce qui est beaucoup par rapport aux sauterelles et aux criquets. Chez les grillons néotropicaux, on trouve peu d'espèces banales à large aire de répartition, et donc beaucoup d'espèces endémiques.

 

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Femelle de Podoscirtidae. Cliché LD.

 

 

TB - Comment chantent-ils ?

 

Elle - Seuls les mâles adultes chantent, pour appeler les femelles. Ils relèvent leur première paire d'ailes, les élytres, les frottent l'une contre l'autre et en avant pour la stridulation. Une plage sans nervure, un peu élargie, présente sur les élytres, fait office de surface de résonance. La qualité musicale du chant des grillons s'explique par un spectre sonore très resserré autour d'une fréquence.

 

TB - Mais alors, peut-être peux-tu nous dire qui est ce qu'on appelle ici le forgeron ?

 

Elle - Celui qui fait "Tink... Tink..." ? Mais oui, c'est bien un grillon. Paragryllus martini, de la famille des Phalangopsidae. Les adultes vivent sous les écorces de la canopée. Ils mesurent plus de 5 cm de long, et sont beige marbré. Les mâles ont des éperons modifiés avec des glandes sur leurs pattes postérieures. On ne sait pas vraiment à quoi ils servent, peut-être pour maintenir la femelle pendant l'accouplement. Là où j'ai entendu le plus de forgerons, c'est justement ici dans la forêt de Sofaia, toujours la nuit évidemment.

 

TB - Sans vouloir être indiscret, dans quel cadre es-tu venue étudier ces insectes ?

 

Elle - Eh bien je fais partie du Museum National d'Histoire Naturelle, et nous avons pour projet de rédiger un mémoire sur les Orthoptères des Antilles françaises.

 

TB - Je tente une question qui fâche. Quel est ton point de vue d'entomologiste sur les risques liés aux prélèvements d'organismes vivants dans la nature ? Cela ne risque-t-il pas de nuire à la biodiversité ?

 

Elle - Il est nécessaire de faire des collectes pour connaître la biodiversité et être capable de la préserver. Mais je suis contre les inventaires par piégeage tous azimuts, ou les échantillonnages de masse, sans étude associée. Ce type de prélèvements est dangereux car il peut affaiblir ou faire disparaître certaines populations. Je pense qu'il faut toujours associer des observations sur la biologie lorsqu'on fait des prélèvements.

 

Encore elle - Une petite histoire pour finir. En Guadeloupe, il y a une espèce de grillons très commune dans les pelouses, Anurogryllus muticus. Eh bien cette espèce vit presque socialement. Les femelles vivent et pondent dans un terrier. Lorsque les jeunes ont éclos, elles les soignent en leur apportant à manger des petits fragments d'herbe.

 

Toujours elle - Et en cadeau spécialement pour les fidèles d'AEVA, le chant de deux espèces de grillons. Je dois avouer que l'espace acoustique guadeloupéen est occupé par les... grenouilles, qui font un vacarme dont je n'étais pas coutumière. Les grillons se font tant bien que mal une petite place dans ce tintamarre.  

 

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Amphiacusta Amphiacusta chantant. Cliché LD.

Podoscirtidae Podoscirtidae

  

TB - Incroyable ces mélodies. Mais nous reprendrons cette discussion une autre fois, car je dois rendre l'antenne (mauvais jeu de mots d'entomologiste). Merci Laure pour cet entretien et à vous les studios.

21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 17:04

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Saintoises à l'ombre des amandiers.

 

Le Mercury Day est une manifestation qui mêle promotion d'une marque de moteurs, et festivités. A cette occasion, des centaines de plaisanciers se rassemblent et font la fête. Une société est en charge de l'organisation de cet événement, qui se tient depuis quelques années dans les eaux Guadeloupéennes.

 

2005, 2006, 2007 : le rassemblement se déroule à l'Ilet Caret.

2008 : il est interdit à Caret  par le Préfet, bien que cet îlet ne soit pas dans une aire protégée (ce qui montre que l'absence de réglementation restrictive n'empêche pas de prendre des mesures adaptées à un enjeu écologique). 

2009 : les organisateurs exportent le concept à Anguilla.

2010 : il est programmé les 24 et 25 juillet aux Saintes dans la baie de Terre-de-Haut, au lieu-dit du Fond du Curé.

 

Le maire de Terre-de-Haut est demandeur de cette manifestation. La Direction Régionale de l'Environnement n'a pas donné d'avis défavorable, compte tenu de la médiocre qualité écologique de la zone concernée. Le Préfet a donc donné son autorisation. 

 

Jusqu'à présent, tout va bien.

 

Il est en effet légitime pour les plaisanciers de profiter de la mer et de la période de vacances pour se retrouver dans une des plus belles baies du monde.

 

Il est également compréhensible que faute d'arguments scientifiques solides, les services de l'Etat rechignent à interdire une manifestation, prévue dans une zone qui ne fait partie d'aucune Réserve ni Parc National. 

 

Et puis tout de même, allez vous mettre à l'eau au Fond du Curé, on ne peut pas dire que les herbiers soient très étoffés, ni les tortues très abondantes. Il y a bien des populations d'oiseaux qui risquent d'être dérangées, mais pas de quoi fouetter un iguane que diable.

 

Pourtant, un tel rassemblement ne sera pas de petite ampleur dans cette baie. En quelques heures, des centaines de bateaux, donc des milliers d'usagers, disperseront dans le milieu une quantité certaine d'hydrocarbures, de matières organiques et de déchets non biodégradables.

 

Les promoteurs de la manifestation mettent en avant qu'il s'agit d'un moindre mal, puisque les fonds sont déjà dégradés. Soit. Mais il faut être conscient qu'il n'y a pas de site déconnecté des autres, et qu'aggraver l'effondrement écologique d'un secteur peut avoir des répercussions sur les autres. Ce n'est pas démontré dans le cas qui nous intéresse, mais dans de telles situations d'incertitude, pourquoi ne pas demander aux porteurs de projets d'en démontrer l'innocuité, conformément à la pratique des études d'impact ?

 

La Guadeloupe affiche des ambitions louables de tourisme et de développement, durables.

Elle a pour ça des atouts que la majorités des régions françaises lui envient : située dans un hot-spot de biodiversité, dotée du statut UNESCO de Réserve de Biosphère sur TOUT son territoire, bénéficiant d'une diversité de paysages exceptionnelle dans un si petit espace.

 

Des efforts importants sont consentis pour sauvegarder les espaces et les espèces les plus exceptionnels, par le biais d'espaces protégés. Le Parc National et les collectivités de "la zone d'adhésion" (c'est-à-dire en dehors de la zone de coeur) sont en train de négocier une charte. Elle posera les principes d'un développement respectant tant que faire se peut le caractère remarquable du territoire.

 

On voit donc que nous sommes loin de la nature sous cloche, confisquée à sa population pour mieux la préserver. Des projets sont d'ores et déjà engagés pour restaurer des milieux, et réintroduire une espèce emblématique, le Lamantin. Projet basé sur la prise de conscience des usagers de la mer qu'ils auront à changer leurs habitudes.

 

Quel rapport avec le Mercury Day ? Le changement d'habitudes, pourquoi ne pas commencer maintenant ? Pourquoi laisser perdurer un rassemblement qui ne présente d'intérêt ni général, ni culturel, ni sportif, ni traditionnel ? 

 

Et surtout qui donne une image incohérente et négative par rapport aux voeux (pieux ?), affichés à tous les niveaux,  d'un développement adapté au patrimoine exceptionnel de la Guadeloupe.

13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 14:07

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Qu'est-ce qui rugit et gronde ?

Qu'est ce qui emporte régulièrement un ou deux passants ?

Qu'est ce qui vous épouvante lorsque vous la regardez en face ?

 

La Tigresse du Bengale ? La Lionne mangeuse d'hommes ?

 

Que nenni. Bien pis.  

 

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La rivière en crue.

 

Qui charrie comme si de rien n'était des arbres comme des fétus de paille ?

Qui rabote sans pitié les berges, laissant terre rouge à nu ?

Qui noye les vaches au piquet et emplit de boue les maisons trop proches ?

 

Qui envahit les nids de Martins-pêcheurs creusés à même les rives ?

 

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Toujours elle.

 

Qui vous fascine et vous attire ?

Qui vous remet en bonne place dans la mince pellicule vivante qui borde la planète (pas si nette) Terre ?

 

La 'Grande Rivière à Goyaves'. Elle est sortie de son lit à plusieurs reprises ces dernières semaines, comme elle ne l'avait pas fait depuis des années. Un tiers de mètre de pluie (presque la moitié de ce qui tombe chaque année à Paris) a débaroulé en un jour sur le bassin versant, s'est accumulés au détour des pentes, a formé des vagues et déblayé des roches énormes. 

 

Rien qu'une somme de gouttes d'eau.

 

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Pour finir dans le bouillon ! (jusqu'à la prochaine fois). Les photos sont de Philippe Feldmann, sauf celle du lion de la MGM.

18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 12:50

L'envol de l'épervier

L’envol de l’épervier sur le lac Zumbi. La pêche assure aux foyers un revenu monétaire régulier. Cliché J.-L. Paul

 

Après quelques mois de calme plat, le cycle des exposés d'AEVA reprend...

Rendez-vous le vendredi 25 juin à 18 heures à l'UAG.

 

Jean-Luc Paul, Maître de Conférences en Anthropologie à l'Université des Antilles et de la Guyane évoquera cette question en se basant sur le cas d’un village de la plaine du Rufiji en Tanzanie.

 

Dans la plaine inondable du Rufiji, l’économie rurale se fonde sur deux activités principales : l’agriculture tournée vers

la production vivrière et la pêche, première source de revenus pour les villageois. La proximité de la réserve du Selous, la plus grande réserve terrestre africaine (50 000 km²) semble a priori n’être qu’un fardeau pour les communautés locales. Tandis qu’elles ne bénéficient d’aucune redistribution des gains engendrés par l’exploitation touristique de la réserve, elles supportent une grande partie des coûts liés à son existence : aliénation foncière sans contrepartie, destruction des récoltes par la faune sauvage, attaques léthales de la faune sauvages (lions, crocodiles, hippopotames) sur les humains. Mais c’est surtout l’annexion par la Réserve des zones de pêche les plus productives qui met les villageois dans une situtation économique dramatique.

 

Avec l’avènement en Tanzanie (comme sur le reste du continent africain) des politiques de conservation basée sur les communautés (Community Based Conservation) en substitution de l’ancienne politique 'Fences and Fines', l’espoir naît d’une meilleure prise en compte des besoins des communautés locales et d’une distribution plus démocratique des bénéfices tirés de l’exploitation de la faune sauvage.

 

A partir d’une étude anthropologique d’un village de Tanzanie situé à proximité immédiate de la réserve du Selous,  Jean-Luc tentera de montrer quels sont les impacts des politiques de conservation de la nature sur la reproduction des communautés humaines situées à proximité des zones protégées.

 

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Une case de champ sur pilotis (dungu), qui permet de dormir à l’abri des importuns (par ordre d’occurrence : cochons sauvages, phacochères, hyènes, panthères ou lions). Cliché J.-L. Paul

7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 12:39

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Juvénile d'Iguana delicatissima dans un Gaïac - Cliché L. Malglaive

 

 

Après quelques années de relative tranquillité, les iguanes vont à nouveau être surveillés de près à Petite-Terre. Dans le cadre du plan national d'actions pour l'Iguane des petites Antilles, AEVA et les gardes de la Réserve naturelle des îles de la Petite-Terre se sont alliés pour dénombrer les iguanes.

 

Une première session s'est déroulée du 8 au 11 mai : 6 membres de l'association, les 4 gardes et le conservateur, René Dumont, ont travaillé ensemble pour bien caler le protocole de dénombrement sur Terre de Bas et Terre de Haut. Deux comptages complets ont pu être réalisés sur chaque île, selon une méthode classique en écologie. Elle consiste à estimer les densités d'animaux en les dénombrant le long de transects, dans des bandes fictives situées à différentes distances de l'observateur.

 

Les premières analyses graphiques ont été réalisées, on peut dire que la méthode marche bien et que les observateurs aussi ! (pas de points aberrants, chiffres proches d'un jour à l'autre).

 

Au programme, deux comptages annuels pendant le carême, avec comme objectif de pouvoir indiquer des tendances au gestionnaire de la Réserve, et évaluer l'impact possible des contraintes qui pourraient s'exercer sur cette espèce.

 

Quelques morceaux choisis de ces 4 jours passés en bonne compagnie.

 

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Fin de vie pour ces agaves, floraison signifiant mort prochaine - Cliché C. Pavis.

 

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 Trois compteurs hors pair, également bons conteurs. - Cliché C. Pavis.

 

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Première observation en 1998 (un individu) la seconde cette année (5 individus). Il s'agit du rare Scinque Mabuya mabouya - Cliché C. Pavis.

 

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Accouplement d'Anolis marmoratus de la sous-espèce chrysops - Cliché O. Lorvelec.

 

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Vieux pied de Gaïac. Dans cette partie Est de Terre de Bas, le feuillage des Gaïacs nous a paru très attaqué - Cliché C. Pavis.

 

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Une saline peut en cacher une autre. - Cliché C. Pavis.

 

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Une échasse blance (Himanthopus mexicanus) sur la saline 3 - Cliché L. Malglaive.

 

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Au rayon des bonnes surprises, un Goglu des prés en plumage nuptial (Dolychonix oryzivorus), à proximité du phare - Cliché L. Malglaive.

 

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Hybride entre un Cabiaï et un iguane ? - Cliché C. Pavis.

 

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Pour finir, le plus petit de la bande, le Sphaerodactyle bizarre. Vous avez dit Sphaerodactyle ? Cliché L. Malglaive.

7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 09:05

Sirènes gommées

 

Qui ne connaît la légende des sirènes, dont les chants charment les hommes au-delà de la raison ?
 

Un peu d'histoire
 
En 1667, la vie est dure pour les lamantins en Guadeloupe*.

 

En 1998, la Réserve Naturelle du Grand Cul-de-Sac Marin élabore son premier plan de gestion. Un des super-objectifs est de réintroduire le Lamantin (Tricherus manatus), Sirénien probablement disparu des eaux de Guadeloupe au 18ème siècle à cause de la surexploitation (RP Pinchon, 1967)**.  On nous explique à l'époque que c'est un objectif symbolique, qui permettrait de fédérer les différents acteurs pour réhabiliter préalablement le milieu. Et lorsqu'on arriverait à une qualité écologique suffisante, alors on pourrait envisager une réintroduction.

 

En 2002, la DIREN produit une étude faisabilité de la réintroduction, document intéressant, mais peu étayé scientifiquement.
 
En 2009, la Réserve est intégrée par décret au Parc National de la Guadeloupe, qui hérite de fait de cet objectif. Entre-temps, on est passé de l'idée au projet. L'avis des scientifiques est sollicité, non pas sur le bien-fondé d'une telle réalisation, mais sur des questions biologiques, techniques, sociales...
 
2010, le projet avance.

On cerne maintenant un peu mieux les contraintes techniques de l'opération. Il est admis qu'il faudrait réintroduire la forme Antilles plutôt que celle que l’on rencontre en Floride***, qu'il vaudrait mieux prélever des animaux au sein d'une population de taille et de diversité importante (la Colombie semblerait une candidate possible), qu'environ 10 individus devraient être relâchés parmi lesquels 7 ou 8 femelles, qu'au bout de quelques années il serait souhaitable d'échanger les mâles introduits contre de nouveaux, pour apporter de la diversité génétique. Du bon sens et de la logique, néanmoins parfois un peu éloigné des contraintes de la biologie de la conservation en l’absence d’analyse sérieuse en génétique des faibles populations.
 
Moi, simple Toto des Bois, je me pose des questions.

 

  • Pourquoi réintroduire le Lamantin ?
  • Qu'est ce qui a changé dans le milieu qui fait que cette fois-ci, il se maintiendrait ?
  • Depuis 1998, en quoi la qualité écologique du Grand Cul-de-Sac Marin s'est-elle améliorée ?
  • Une telle opération apportera-t-elle un avantage pour la conservation de l'espèce au niveau mondial ?
  • L'espèce a disparu de l'ensemble des petites Antilles, y a-t-il une chance raisonnable pour qu'elle se maintienne en Guadeloupe ?
  • Quelle mine aurons-nous si les boat-manatees passent dans le Petit Cul-de-Sac ou émigrent vers d'autres îles ? 
     
    Ce que j'ai observé lors de mes très rares incursions en bordure de Grand Cul-de-Sac (j'ai horreur de voler à découvert) ne pousse pas à applaudir des deux ailes. Une route a été construite en lisière de forêt marécageuse, et les remblais perturbent probablement les écoulements. La décharge de Sainte-Rose s'est transformée en SITA Espérance, on annonce un important trafic de déchets par camion et bateau. Un pesticide dont je ne dirai pas le nom pollue pour quelques siècles les sols, les eaux, les organismes vivants. Le trafic des bateaux de pêche et de plaisance est loin d'avoir régressé, sans oublier les nouveaux venus : les scooters des mers, autrement appelés Jet skis. Et cerise sur le gâteau, le blanchiment des coraux s'est intensifié, l'écosystème marin n'est pas à la fête.
     
    Le Lamantin est évidemment très sympathique. L'expert scientifique qui suit le projet a même écrit dans la première page de son rapport que les actions de réintroduction étaient "nobles" (Reynolds & Wetzel, 2008). On n'est pas obligé d'être d'accord là-dessus. Par leur action, les humains ont fait disparaître une espèce d'un milieu. On aimerait croire que la faute est réparable. Réintroduction = Rédemption ? Ou bien Réintroduction = Communication ?
     
    Par corporatisme, j'aurais préféré qu'on focalise les efforts (mine de rien, tout cela mobilise du temps, des hommes et de l’argent) sur d'autres espèces. Au hasard : les perroquets, ou alors d’autres espèces en situation critique (mais moins médiatiques) et en train de disparaître aujourd’hui. Les perroquets en plus de l'aspect esthétique rendraient des services en forêt, en participant à la dissémination des graines !  Parce qu'entre nous, l'impact des lamantins sur la fréquentation touristique, je n'y crois pas. A moins d'organiser des visites sur site à grande échelle, ce qui ne paraît vraiment compatible avec la quiétude de notre Sirénien. Et puis qui va expliquer aux pêcheurs et aux plaisanciers qu’il va falloir, comme en Floride, se déplacent au ralenti ?? (je dirais même plus très au ralenti, par rapport aux pratiques et aux réglementations actuelles). Malgré l’attitude respectueuse des usagers de la mer aux USA, le premier critère d’identification des lamantins reste les cicatrices de blessures occasionnées par les hélices.
     
    Je pourrais caqueter pendant des heures sur le sujet, mais je crains de vous lasser. Notre rédaction vous invite à vous exprimer sur le sujet, en laissant des commentaires un peu plus bas... Sirene2.jpg

* “Comme la mer est extrêmement paisible dans ces deux Culs-de-sac et que la mer n’y est pas profonde, on ne saurait croire combien de lamantins, de tortues et tous les autres poissons se plaisent autour de ces îlets. […] Lorsque le canot est à trois ou quatre pas, le vareur darde son coup de toute sa force et lui enfonce le harpon pour le moins demi-pied dans la chair. La varre tombe à l’eau et le harpon demeure attaché à la bête, laquelle est à demi-prise” (Du Tertre, 1667).

 

* Mais comme l’ont signalé Lartiges et al. (2002), quatre ou cinq spécimens enlisés ont été pêchés après cette époque, en 1912, dans le Grand cul-de-sac marin de la Guadeloupe (Anonyme, 1917, 1929). Cependant nous ne savons pas si ces spécimens appartenaient à une population relique de la Guadeloupe ou s’ils provenaient d’une autre île. Lartiges et al. (2004) ont reporté ensuite un témoignage oral considéré comme digne de confiance, qui relate la capture d’un lamantin en 1929 dans la rivière des Grands Fonds, située au sud-Ouest de la Grande-Terre. Depuis, une photo de Lamantin a été prise à Saint-Martin en 1988 ! (Nicolas Maslach, communication personnelle). Mais mon petit doigt me dit qu’il s’agissait d’animaux erratiques. Aujourd’hui, le lamantin a disparu de l’ensemble des Petites Antilles (Ray, 1960 ; Husar, 1978).

 

** Les sous-espèces anciennement décrites ne sont pas reconnues par Soshani (2005). Il n'y a aucun spécimen de référence au Museum (Jacques Cuisin, communication personnelle). On ne pourra donc pas faire d'étude de génétique pour rechercher quelle forme était présente en Guadeloupe.


Références

  • Anonyme (1917). Nos paroisses de 1635 à 1912. Chapitre 3(2) : Bouillante et la Capesterre (Guadeloupe). Écho des Antilles. Revue mensuelle de N.D. de Guadeloupe, 60 : 376-383.
  • Anonyme (1929). Nos paroisses de 1635 à nos jours. Chapitre 6(1) : le Lamentin. L’Écho de la Reine de Guadeloupe, 103 : 88-96.
  • Du Tertre, R. P. J.-B. (1667). In Histoire générale des Antilles habitées par les françois. Fort-de-France. Ed. Caraïbes, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, 1973. Ré-édition d’après l’édition de Jolly, 1667-16671, tome 2.
  • Husar, S.L. (1978). Trichechus manatus. Mammalian Species, 93 : 1-5.
  • Lartiges, A., Bouchon, C. & Bouchon-Navarro, Y. (2002). Quel avenir pour le lamantin en Guadeloupe ? Étude de faisabilité de la réintroduction du lamantin des Caraïbes (Trichechus manatus) en Guadeloupe. Rapport, DIREN Guadeloupe, Bios Environnement et Univ. Antilles - Guyane, Guadeloupe.
  • Lartiges, A., Vernangeal, M. & Berry, G. (2004). Le lamantin et Manman Dlo dans la culture créole et dans l’histoire de la Guadeloupe. Rapport indépendant, disponible à la DIREN de la Guadeloupe, 33 pp.
  • Pinchon, R., R.P. (1967). Quelques aspects de la nature aux Antilles. Fort-de-France, Martinique, Imprimerie Ozanne & Cie, Caen, France.
  • Ray, C.E. (1960). The manatee in the Lesser Antilles. Journal of Mammalogy, 41 (3) : 412-413.
  • Reynolds, J & Wetzel, D. (2008). Reintroduction of Manatees Tricherus manatus into Guadeloupe, Lesser Antilles: Issues, Questions and possible Answers. Rapport d’expertise, PNG & MOTE Marine Laboratory, 13 pp.
    Shoshani, J. (2005). Order Sirenia. Pages 92-93, in Wilson, D.E. & Reeder, D.A.M., Editors. Mammals Species of the World: A Taxonomic and Geographic Reference. Third Edition, Volume 1. The Johns Hopkins University Press, Baltimore.

7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 09:42

Il y a une quinzaine de jours, je suis sorti du (toto) bois, et suis allé me percher sur l'embrasure de la fenêtre d'un hôtel chic de Saint-Claude. J'ai pu ainsi assister à un certain nombre de débats, portant sur les espèces exotiques envahissantes (autrement dites "EEE"), et également profiter des pauses café, très bien fournies en viennoiseries de toutes sortes.

Mais que sont donc ces EEE ? Autant savoir de quoi on parle avant de discuter, les sources de malentendus étant par ailleurs suffisamment nombreuses sur cette Terre. Le groupe Outre-Mer de l'UICN-France (l'UICN étant l'Organisation mondiale pour la nature), et plus particulièrement les camarades de l'initiative UICN sur les EEE, nous en donnent cette définition (sortez vos calepins et prenez des notes) :

Il s'agit d'espèces animales, végétales, ou microbiennes, introduites accidentellement ou délibérément par l'espèce que l'on dit humaine, et qui se sont acclimatées, naturalisées, ont pris un caractère envahissant, et ont un impact plus ou moins grave sur les milieux et/ou espèces indigènes, sur l'économie ou sur la santé.

Diantre ! Ce qui revient à dire qu'aussi bien une plante faisant par exemple régresser l'effectif de la population d'espèces végétales indigènes, qu'un animal provoquant des pertes économiques dans le domaine agricole, qu'un microbe risquant de nous contaminer, peuvent être considérés comme des EEE ? En tous cas ce qui est sûr, c'est qu'en tant que seule espèce d'oiseau endémique de la Guadeloupe, je suis le contre-exemple parfait d'une EEE.

Mais ce qui revient aussi à relativiser. Selon Williamson & Fitter (1996), en moyenne 1 espèce introduite sur 1 000 devient envahissante.

Mais attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : ces quelques espèces qui deviennent envahissantes peuvent à coup sûr provoquer des dégâts considérables dans nos milieux insulaires qui ont un défaut majeur : celui d'héberger des écosystèmes dysharmoniques. Ce mot barbare signifie que des groupes taxonomiques ou fonctionnels en sont absents. La biodiversité y est souvent faible mais le taux d'endémisme élevé. On a tendance à dire que toutes ces caractéristiques rendent les écosystèmes insulaires fragiles, notamment face aux espèces nouvellement arrivées.

Tout ça est un peu compliqué je vous l'accorde, je vais essayer de vous donner quelques exemples qui nous concernent de près.



Cliché INRA Guadeloupe.

On commence par quelque chose de facile à comprendre. La fourmi-manioc (encore elle, elle va prendre la grosse tête). Elle a tous les critères sans risque de se tromper : elle a été introduite, elle s'est installée, son aire de répartition a progressé, elle cause des impacts économiques et écologiques considérables (lourdes pertes en agriculture, attaque sur des milieux naturels et sur des espèces protégées (au hasard, fougères arborescentes)). Pour quelques révisions sur cet Hyménoptère, voir . C'est donc le cas typique de l'EEE qu'il conviendrait de fortement limiter, d'autant plus qu'elle épargne les îles avoisinantes. Egoïstement, pensons à Marie-Galante, et à la Martinique. Mais les petits copains des Antilles aimeraient bien aussi s'en dispenser.



Croquis C. Pavis.

Deuxième exemple, choisi cette fois-ci chez les végétaux. Le bambou. Quoi, le bambou ?! Cette magnifique Poacée (anciennement Graminée) serait envahissante ? !!  Alors qu'elle agrémente si bien nos bords de rivière et nos paysages ruraux ?! Dites-donc, vous ne seriez pas par hasard ce qu'on peut appeler des intégristes écologiques frustrés qui voudraient confisquer la nature au commun des mortels ? Je ne m'exprimerai pas sur ce point, mais une chose est sure : le bambou se trouve au coeur du Parc National, et si sa présence est souvent inféodée à l'activité humaine, cette espèce peut quand même coloniser des milieux sans qu'on le lui demande, par exemple en se bouturant et en se propageant grâce aux pentes, éboulis et autres vallées. Son impact est flagrant, et localement très inquiétant (route de la Traversée, routes des chutes du Carbet, crêtes du Nord au-dessus de Sainte-Rose...). Les dégâts en Martinique sont irréversibles; en Guadeloupe, il faudrait travailler très vite et très bien pour éviter cette extrémité. Les gestionnaires du Parc National ont d'ores et déjà commencé à évaluer différentes méthodes de lutte. C'est là que ça se complique un peu : lorsque l'EEE dispose d'un capital de sympathie auprès des populations humaines, il faut commencer à faire attention à ce qu'on dit si on veut être compris et suivi.


Cliché P. Feldmann.

Dernier exemple après je retourne dans mon trou : celui du raton-laveur (racoon, rina, rakoun...) qui a déjà fait couler pas mal d'encre (voir ) et presque de sang chez AEVA. Alors là, si je peux me permettre, je rigole. Jusqu'à il n' y a pas longtemps, le racoon avait la cote, espèce indigène, protégée par arrêté ministériel, chouchoutée par tout un chacun bien qu'ayant fait jusqu'à 1989 partie des tableaux de chasse de nos concitoyens. Curieusement, malgré cet engouement, bien peu de choses étaient connues sur le racoon en Guadeloupe. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu'au jour où des scientifiques ont démontré par A + B que les racoons de Guadeloupe sont de la même espèce que les copains américains, et qu'ils ont été introduits entre 1820 (selon les naturalistes) et 1840 (selon la police). Donc si vos sortez vos calculettes, ça fait largement moins de deux siècles qu'ils sont là, ce qui est bien peu de choses en matière de processus écologique. Et que bien malin qui peut dire aujourd'hui si cette espèce n'a pas déjà eu ou n'aura pas un impact négatif sur les forêts proches de l'état primaire du massif de la Basse-Terre. On est là typiquement dans un cas compliqué réglementairement (il faudrait déclasser l'espèce, peut-être la lister comme espèce chassable, ce qui prend en général plus de temps qu'il ne faut pour le dire), médiatiquement (il faudrait expliquer aux gens que finalement ce n'est pas le bon gros nounours qu'on croyait), scientifiquement (il faudrait essayer d'en savoir un peu plus sur la bête, pour concevoir des méthodes de gestion appropriées) etc...

Je n'ai donc rien démontré dans ce cours magistral qui a dû en barber plus d'un, sauf qu'il est urgent de se mettre tous autour d'une table pour accorder nos idées, nos violons, nos compétences (si si, il y en a) dans le domaine des EEE.  Comme l'ont dit cette semaine les 'savants', les associatifs, les services de l'état, les voisins de la Caraïbe, les Ultra-Marins français (parfois dissipés...), les lacunes aux Antilles françaises et ailleurs dans ce domaine sont surtout liées à un manque de coordination. C'est vrai qu'on pourrait sortir un peu de notre train-train pour se mettre en ordre de marche au niveau local. Ensuite, il sera temps de coopérer avec la Caraïbe.

Pour trouver des informations sérieuses sur ce sujet, allez vite sur le site de l'initiative UICN EEE. Vous y trouverez aussi des références bibliographiques, une base de données très pratique et bien d'autres choses encore.

21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 13:55



L'assemblée générale s'est déroulée le 17 octobre.
Vous trouverez ici le bilan d'activités 2008-2009, et un aperçu de la carte de membre 2009-2010 (si ce n'est pas un appel à cotisations, ça y ressemble : toujours 20 €, à envoyer à l'adresse indiquée au bas de la carte).

25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 08:51


*
Ces 6 derniers mois, je (le Toto-Bois, alias Pic de la Guadeloupe), me suis mis en embuscade dans le lit de 41 rivières de la Basse-Terre. J'ai pu voir rôder un drôle d'individu, chaussé de lunettes, de jumelles, d'un appareil photo, d'un GPS, d'un calepin et d'un crayon. Malgré sa discrétion, son petit manège ne m'a pas échappé. Mon diagnostic est le suivant : harcèlement sur la personne de mon cousin Megaceryle torquatus, alias le Cra cra.

En bon citoyen, j'ai été déposer une aile courante au commissariat du coin. Quel ne fut pas mon étonnement d'apprendre que le rôdeur en question n'était pas un délinquant, mais un ornithologue, chargé d'apporter des réponses à des questions farfelues du genre : combien reste-t-il de Cra cras en Guadeloupe ? Sur quelles rivières le rencontre-t-on ? Quel peut bien être son régime alimentaire (j'ai quand même une petite idée là-dessus) ? Qu'est-ce qui pourrait expliquer qu'il soit devenu si rare, alors qu'il est assez fréquent en Dominique ?

Le planton de service m'a même donné un tuyau : le rôdeur en question s'appelle Pascal Villard. Il dévoilera le fruit de ses découvertes, en avant-première, le lundi 28 septembre à 18 heures à l'INRA de Prise d'eau.

* Photo Wikipedia

21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 21:01
Chronique du défrichement ordinaire ?

Pour certains riverains de la Lézarde, le paysage vient de changer.

Depuis quelques centaines de milliers d'années, s'offrait à la vue des habitants (reptiles, oiseaux et quelques mammifères) une crête forestière, culminant à quelques 80 mètres de haut.

Depuis quelques dizaines ou centaines d'années, des aménagements humains s'étaient bien manifestés aux alentours (cases d'habitation, construction d'un petit canal, chemin puis route). Mais le site restait malgré tout assez grandiose, avec cette vallée de la Lézarde butant sur des pentes forestières raides et relativement préservées.



Depuis quelques jours (à vue de nez, je dirais que ça s'est passé vers le 1er mai), un morceau est parti en fumée (sous les roues d'un bulldozer devrais-je dire), offrant à la vue des saignées de terre rouge. Depuis mon trou de cocotier situé sur la rive d'en face, je vois très nettement les dégâts. Pour les curieux, sur la carte IGN du Nord Basse-Terre au 25:1000, ça se trouve aux coordonnées 648 / 1791 altitude 81.

J'ai entendu un enfant du quartier : "Le monsieur n'avait pas demandé l'autorisation à la mairie, il va devoir replanter chaque arbre". Si la vie était aussi simple que ça, réparer d'un coup le décapage de tout un pan de colline...

Bien, je vais profiter de quelques heures de RTT (récupération du temps de tambourinage) que je vais pouvoir glaner pour mener l'enquête auprès des services de la commune et de l'ONF. Et également fouiller la biblio et interroger deux-trois savants pour savoir quelle valeur a cette forêt, en plus de sa valeur paysagère.


13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 13:54

Les interviews pas du tout imaginaires du Toto-Bois.

Ce mois-ci, j'ai rencontré Alain Rousteau.

Qui c'est celui-là ? Au départ, c'est un copain. Et puis c'est aussi quelqu'un qui travaille à l'Université Antilles-Guyane, en écologie forestière. Il fait partie de notre association, et n'est pas le dernier à mouiller sa chemise lorsque nous nous mobilisons sur tel ou tel dossier sensible. Mais venons-en aux faits. Alain a travaillé sur une problématique (comme on dit dans les milieux autorisés) intéressante : la non-régénération des gaïacs aux îlets de la Petite-Terre. Maguy Dulormne, Lydie Largitte, Astrid Monthieux, René Dumont, Christophe Ndong-Mba et Alain Saint-Auret ont participé aux opérations élaborées pour élucider l'égnime.

Quelques mots d'explication.



Le gaïac est une espèce d'arbre qui fût utilisée aux temps jadis et jusqu'au siècle dernier, pour la fabrication de poulies (il paraîtrait même que Rackham le Rouge et le Capitaine Crochet ne juraient que par les poulies en bois de gaïac). C'est un bois très dense, à texture fine, presque huileuse, idéal donc pour fabriquer des pièces mécaniques auto-lubrifiantes soumises à de fortes contraintes : dans les moulins, sur les bateaux... On en extrayait aussi une huile essentielle d'intérêt médical, le gaïacol. On faisait également brûler la sciure pour soigner les maladies vénériennes. Une fois cuits, les patients se plaignaient beaucoup moins. Mais comme savent les médecins, soigner n'est pas guérir... Bref, le gaïac était tellement prisé qu'on l'appelait 'l'arbre de vie" (lignum vitae).

Il y a tout naturellement eu surexploitation de cette essence (on ne se refait pas). Sa répartition est maintenant relativement limitée. En Guadeloupe, il en existe dans certains jardins de la Basse-Terre, ET à Petite-Terre. Ceux de Petite-Terre sont vieux, le plus jeune d'entre eux a environ 50 ans. Comme je vous le dis. Pas de plantules, pas de jeunes arbres, rien. Bizarre tout de même.

Je précise à l'attention des internautes qui ne connaîtraient pas Petite-Terre (les pauvres), qu'il s'agit de deux îlots d'environ 150 hectares, situés à une dizaine de kilomètres à l'est de la Guadeloupe. Climat tropical à saison sèche marquée, végétation typique des zones sèches sur sable et calcaire, Petite-Terre est inhabitée et bénéficie du statut de réserve naturelle depuis 1989. Un bijou donc, qui de plus héberge la plus forte population mondiale d'iguanes des Petites Antilles.

A ce stade, je sors mon micro, je branche mon vieux magnéto à bande, et silence, on tourne.

Toto-Bois - Bonjour Alain, nous allons abuser de ton temps précieux, pour que tu nous racontes tout ce que nous avons toujours voulu savoir sur les problèmes du gaïac à Petite-Terre. Tout d'abord, quel est le nom latin du gaïac, et à quelle famille botanique appartient-il ?

Alain - Eh bien il s'agit de Gaiacum officinalis, de la famille des Zygophyllaceae. Zygo signifie "joug, union, paire, jonction", et phylle signifie feuille. Son feuillage présente en effet des feuilles et folioles symétriques de part et d'autre de la tige et des nervures.

TB - Peux-tu nous dire où on le rencontre en dehors de Petite-Terre ?

Alain - On ne le trouve quasiment plus à l'état sauvage, sauf peut-être à la Désirade. A Saint-Barthélémy, il y en a beaucoup dans les jardins. Dans le temps, les Saint-Barths arrimaient leurs cases quand un cyclone arrivait, avec des cordes accrochées aux racines de gaïac. Ils construisaient leurs cases à côté des gaïacs, ou plantaient des gaïacs aux 4 coins de leurs cases.

TB - A Petite-Terre, sait-on combien d'individus de gaïac il y a, et quel est leur âge moyen ?

Alain - Nous en avons répertorié une trentaine. Mais il y en a peut-être davantage car nous n'allons presque jamais dans certains endroits assez difficiles d'accès, comme par exemple à l'est de la grande saline. Ils ont tous plus de 50 ans, et beaucoup sont sans doute plus que centenaires. Mais c'est difficile d'évaluer leur âge, ils poussent très lentement dans ces conditions difficiles, avec des ressources limitées en eau, en matières organiques et en minéraux.

TB - J'ai entendu dire que si on prélève des graines de gaïac à Petite-Terre et qu'on les sème ailleurs, elles sont capables de germer et pousser normalement. C'est vrai ?

Alain -  Ouh la la attention, il est absolument interdit de prélever ou de semer des graines de gaïac en dehors des procédures scientifiques dûment agréées. Mais c'est vrai qu'elles germent, nous en avons fait l'expérience.

TB - Mais alors, qu'est ce qui peut bien expliquer ce phénomène ? Et quelles expériences avez-vous menées pour y comprendre quelque chose ?

Alain - Pour savoir s'il s'agissait d'un problème de sol, nous avons semé des graines après les avoir lavées, sur le sol à Petite-Terre, et nous avons protégé les semis avec des grillages. Elles ont germé normalement et un certain nombre a survécu pendant un an. Puis toutes les plantules sont mortes. Nous avons fait la même expérience à l'université, en semant les graines dans des pots de terre de Petite-Terre, et en les arrosant. Là encore, très bonne germination au bout de trois semaines ; par contre, certaines graines n'ont germé que 18 mois après le semis.

TB - Incroyable ! Donc ce n'est pas un problème de sol. Alors le climat ?

Alain - C'est possible. La sécheresse doit limiter beaucoup le taux de germination, et provoquer une forte mortalité chez les plantules. Pour expliquer la présence de gaïacs centenaires, il y a plusieurs hypothèses. Soit le climat était plus humide à l'époque. Ou alors, il y avait une ou deux fois par siècle une année favorable, avec des pluies au bon moment. Dernière hypothèse, ils ont été cultivés, donc plantés et soignés, du temps où l'île était habitée. Mais on n'a aucune preuve à ce sujet.

TB - Il n'y aurait pas aussi des animaux qui s'attaqueraient aux plantules ?

Alain - Tu as l'air bien renseigné... En effet, nous avons observé un petit charançon dans les fleurs de gaïac, et très souvent un petit ver, peut-être la larve de ce coléoptère dans les graines. Comme par hasard, ce ver grignote la tigelle de l'embryon de la graine. Il ne s'intéresse même pas aux cotylédons, de sorte qu'à la première morsure, c'est fichu pour la germination.

TB - Et toutes les graines sont attaquées par le ver ?

Alain - Pas tout à fait. Le gaïac commence à faire ses fruits en août. A ce moment-là, on trouve des graines sans vers. Puis dès qu'on avance dans la saison, à partir d'octobre, toutes les graines sont colonisées par des vers, et plus rien ne germe. Il y a donc un petit décalage entre le cycle de l'insecte et celui de l'arbre, avec une période d'environ un mois ou deux pendant lesquels les graines peuvent éviter l'attaque fatale.

TB - Ca fait donc une fenêtre de tir réduite pour que le gaïac réussisse à se régénérer, entre la sécheresse et l'attaque des vers !

Alain - Oui, d'autant plus que d'autres animaux peuvent aussi tuer non pas les graines mais les plantules : les bernard-l'hermite, très nombreux là-bas, et qui sont tout-à-fait capables de cisailler des plantules, ou de les déraciner par inadvertance. Et aussi les iguanes, qui sont bien connus pour brouter des feuilles de gaïac ; on peut imaginer qu'ils effeuillent ou même arrachent des plantules involontairement. Pour ces deux animaux, ce ne sont que des présomptions, nous n'avons pas fait d'observations ni d'expériences spécifiques.

TB - Bigre, l'affaire est grave tout de même. Si je résume, pour arriver à se régénérer, un gaïac lambda doit produire une graine mature en août ou septembre pour éviter les vers, cette graine doit ensuite être arrosée par une bonne pluie pour qu'elle germe, puis, on doit avoir si possible une ou plusieurs années de suite assez pluvieuses pour que la plantule survive, et enfin, les copains brouteurs doivent ne pas se trouver sur son chemin. Ca fait beaucoup pour un seul arbre !

Alain - Eh oui, c'est pour ça que ça n'arrive jamais. Je ne devrais pas dire jamais, car une fois, Lydie Largitte, gardienne à la réserve de Petite-Terre, a trouvé un bébé gaïac à Petit-Terre. Il avait probablement plus d'un an et a fini par disparaître. Mais il faut quand même dire que le gaïac n'est pas tout seul dans ce cas : à part le Laguncularia, un arbuste de mangrove, ou le Rhizophora sur les rives des lagunes, AUCUN arbre ne se régénère naturellement à Petite-Terre. Ni les mancenilliers, ni les poiriers-pays, ni les bois couleuvre...

TB - Eh bien, moi qui pensais finir sur une note optimiste, c'est raté. Comment va évoluer la végétation si aucun arbre ne se régénère ? !!

Mais nous reprendrons cette discussion une autre fois, car je dois rendre l'antenne à ma fourmi la voisine. Merci Alain Rousteau pour cet entretien et à vous les studios.

Quelques saines lectures le soir au coin du barbecue :
- Dulormne M., Largitte L., Monthieux A., Ndong-Ba C., Rousteau A. & Saint-Auret A. 2006. Le déficit de régénération des Gaïacs de la Petite Terre. Rapport Bios Environnement, 27 pp.
- Rousteau A. 2004. Régénération forestière dans les espaces forestiers littoraux : variété des processus naturels ou anomalies menaçant la pérénité des écosystèmes ? Revue d'Ecologie (La Terre et la Vie) 59 : 163-170.

3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 15:48



Le dernier numéro du Courrier de l'Environnement vient de sortir, j'y ai déniché (!) un article sur la gestion des espaces protégés, écrit par Annik Schnitzler, Jean-Claude Génot et Maurice Wintz. Je me suis senti un peu moins tête de piaf après l'avoir lu. A télécharger .

Pour vous donner envie de le lire, je vous livre la première phrase, une citation de Wendell Berry :

"Nous ne savons pas ce que nous faisons dans la nature tant que nous ne savons pas ce que la nature aurait fait si nous n'avions rien fait".

30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 16:04


... pour dernier terrain vague en Grande-Terre ?


Sans rire, l'air était frais à la Grande Vigie lors de notre sortie de mars, pour cause de vent du nord.

L'observateur avisé que vous êtes aura remarqué une tache sombre entre le petit buisson qui dépasse et la pointe rocheuse. Alors c'est noir et ça souffle. Oui, une baleine, et même au moins deux. Probablement des baleines à bosse, autrement dites 'mégaptères', mais pas de certitude. Certains d'entre nous ont pris des photos, que nous allons soumettre au FBI (Front Baleinier d'Investigation) pour expertise.

A signaler également au rayon 'vertébrés en tous genres', deux faucons pèlerins, l'un à la Vigie, et l'une au Bois de Cadou.


Cliché Laurent Malglaive

Mais que faisions-nous sur cette pointe ?

Ex future implantation du projet Vigie Gate (croisons les doigts).



En noir et blanc, c'est pas mal non plus.


Ce que j'ai retenu, n'étant pas forcément le meilleur élève.

- Ne touche pas aux feuilles allongées du Merisier royal (Malpighia linearis), sinon il t'en cuira (épines microscopiques).
- Si malgré tout tu y touches, cueilles vite une feuille de Koupay (Croton flavens), dont le lait te cicatrisera.
- Si tes enfants ont des puces ou des poux, ramasse des feuilles de Kanel a pis (Canella winterana), sous leur drap tu les placeras.
- Si tu croises la Sitwonèl (Triphasa trifolia), alors méfie-toi. Cet arbuste de la même famille que les agrumes se comporte de façon envahissante en lisière du bois de Cadou. Pour le moment limitée sur les quelques premiers mètres, comment cette population va-t-elle évoluer ? L'invasion va-t-elle se poursuivre et modifier la formation forestière ?  Ne trouvez-vous pas qu'on pose beaucoup trop de questions dans ce blog sans beaucoup apporter de réponses ?


Voilà l'envahisseur en question (non, pas la vache au second plan).

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