7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 13:42

Il y a une quinzaine de jours, je suis sorti du (toto) bois, et suis allé me percher sur l'embrasure de la fenêtre d'un hôtel chic de Saint-Claude. J'ai pu ainsi assister à un certain nombre de débats, portant sur les espèces exotiques envahissantes (autrement dites "EEE"), et également profiter des pauses café, très bien fournies en viennoiseries de toutes sortes.

Mais que sont donc ces EEE ? Autant savoir de quoi on parle avant de discuter, les sources de malentendus étant par ailleurs suffisamment nombreuses sur cette Terre. Le groupe Outre-Mer de l'UICN-France (l'UICN étant l'Organisation mondiale pour la nature), et plus particulièrement les camarades de l'initiative UICN sur les EEE, nous en donnent cette définition (sortez vos calepins et prenez des notes) :

Il s'agit d'espèces animales, végétales, ou microbiennes, introduites accidentellement ou délibérément par l'espèce que l'on dit humaine, et qui se sont acclimatées, naturalisées, ont pris un caractère envahissant, et ont un impact plus ou moins grave sur les milieux et/ou espèces indigènes, sur l'économie ou sur la santé.

Diantre ! Ce qui revient à dire qu'aussi bien une plante faisant par exemple régresser l'effectif de la population d'espèces végétales indigènes, qu'un animal provoquant des pertes économiques dans le domaine agricole, qu'un microbe risquant de nous contaminer, peuvent être considérés comme des EEE ? En tous cas ce qui est sûr, c'est qu'en tant que seule espèce d'oiseau endémique de la Guadeloupe, je suis le contre-exemple parfait d'une EEE.

Mais ce qui revient aussi à relativiser. Selon Williamson & Fitter (1996), en moyenne 1 espèce introduite sur 1 000 devient envahissante.

Mais attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : ces quelques espèces qui deviennent envahissantes peuvent à coup sûr provoquer des dégâts considérables dans nos milieux insulaires qui ont un défaut majeur : celui d'héberger des écosystèmes dysharmoniques. Ce mot barbare signifie que des groupes taxonomiques ou fonctionnels en sont absents. La biodiversité y est souvent faible mais le taux d'endémisme élevé. On a tendance à dire que toutes ces caractéristiques rendent les écosystèmes insulaires fragiles, notamment face aux espèces nouvellement arrivées.

Tout ça est un peu compliqué je vous l'accorde, je vais essayer de vous donner quelques exemples qui nous concernent de près.



Cliché INRA Guadeloupe.

On commence par quelque chose de facile à comprendre. La fourmi-manioc (encore elle, elle va prendre la grosse tête). Elle a tous les critères sans risque de se tromper : elle a été introduite, elle s'est installée, son aire de répartition a progressé, elle cause des impacts économiques et écologiques considérables (lourdes pertes en agriculture, attaque sur des milieux naturels et sur des espèces protégées (au hasard, fougères arborescentes)). Pour quelques révisions sur cet Hyménoptère, voir . C'est donc le cas typique de l'EEE qu'il conviendrait de fortement limiter, d'autant plus qu'elle épargne les îles avoisinantes. Egoïstement, pensons à Marie-Galante, et à la Martinique. Mais les petits copains des Antilles aimeraient bien aussi s'en dispenser.



Croquis C. Pavis.

Deuxième exemple, choisi cette fois-ci chez les végétaux. Le bambou. Quoi, le bambou ?! Cette magnifique Poacée (anciennement Graminée) serait envahissante ? !!  Alors qu'elle agrémente si bien nos bords de rivière et nos paysages ruraux ?! Dites-donc, vous ne seriez pas par hasard ce qu'on peut appeler des intégristes écologiques frustrés qui voudraient confisquer la nature au commun des mortels ? Je ne m'exprimerai pas sur ce point, mais une chose est sure : le bambou se trouve au coeur du Parc National, et si sa présence est souvent inféodée à l'activité humaine, cette espèce peut quand même coloniser des milieux sans qu'on le lui demande, par exemple en se bouturant et en se propageant grâce aux pentes, éboulis et autres vallées. Son impact est flagrant, et localement très inquiétant (route de la Traversée, routes des chutes du Carbet, crêtes du Nord au-dessus de Sainte-Rose...). Les dégâts en Martinique sont irréversibles; en Guadeloupe, il faudrait travailler très vite et très bien pour éviter cette extrémité. Les gestionnaires du Parc National ont d'ores et déjà commencé à évaluer différentes méthodes de lutte. C'est là que ça se complique un peu : lorsque l'EEE dispose d'un capital de sympathie auprès des populations humaines, il faut commencer à faire attention à ce qu'on dit si on veut être compris et suivi.


Cliché P. Feldmann.

Dernier exemple après je retourne dans mon trou : celui du raton-laveur (racoon, rina, rakoun...) qui a déjà fait couler pas mal d'encre (voir ) et presque de sang chez AEVA. Alors là, si je peux me permettre, je rigole. Jusqu'à il n' y a pas longtemps, le racoon avait la cote, espèce indigène, protégée par arrêté ministériel, chouchoutée par tout un chacun bien qu'ayant fait jusqu'à 1989 partie des tableaux de chasse de nos concitoyens. Curieusement, malgré cet engouement, bien peu de choses étaient connues sur le racoon en Guadeloupe. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu'au jour où des scientifiques ont démontré par A + B que les racoons de Guadeloupe sont de la même espèce que les copains américains, et qu'ils ont été introduits entre 1820 (selon les naturalistes) et 1840 (selon la police). Donc si vos sortez vos calculettes, ça fait largement moins de deux siècles qu'ils sont là, ce qui est bien peu de choses en matière de processus écologique. Et que bien malin qui peut dire aujourd'hui si cette espèce n'a pas déjà eu ou n'aura pas un impact négatif sur les forêts proches de l'état primaire du massif de la Basse-Terre. On est là typiquement dans un cas compliqué réglementairement (il faudrait déclasser l'espèce, peut-être la lister comme espèce chassable, ce qui prend en général plus de temps qu'il ne faut pour le dire), médiatiquement (il faudrait expliquer aux gens que finalement ce n'est pas le bon gros nounours qu'on croyait), scientifiquement (il faudrait essayer d'en savoir un peu plus sur la bête, pour concevoir des méthodes de gestion appropriées) etc...

Je n'ai donc rien démontré dans ce cours magistral qui a dû en barber plus d'un, sauf qu'il est urgent de se mettre tous autour d'une table pour accorder nos idées, nos violons, nos compétences (si si, il y en a) dans le domaine des EEE.  Comme l'ont dit cette semaine les 'savants', les associatifs, les services de l'état, les voisins de la Caraïbe, les Ultra-Marins français (parfois dissipés...), les lacunes aux Antilles françaises et ailleurs dans ce domaine sont surtout liées à un manque de coordination. C'est vrai qu'on pourrait sortir un peu de notre train-train pour se mettre en ordre de marche au niveau local. Ensuite, il sera temps de coopérer avec la Caraïbe.

Pour trouver des informations sérieuses sur ce sujet, allez vite sur le site de l'initiative UICN EEE. Vous y trouverez aussi des références bibliographiques, une base de données très pratique et bien d'autres choses encore.

Sétékri par AEVA le Toto-Bois - dans Histoires
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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 17:55



L'assemblée générale s'est déroulée le 17 octobre.
Vous trouverez ici le bilan d'activités 2008-2009, et un aperçu de la carte de membre 2009-2010 (si ce n'est pas un appel à cotisations, ça y ressemble : toujours 20 €, à envoyer à l'adresse indiquée au bas de la carte).

Sétékri par AEVA le Toto-Bois - dans Histoires
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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 12:51


*
Ces 6 derniers mois, je (le Toto-Bois, alias Pic de la Guadeloupe), me suis mis en embuscade dans le lit de 41 rivières de la Basse-Terre. J'ai pu voir rôder un drôle d'individu, chaussé de lunettes, de jumelles, d'un appareil photo, d'un GPS, d'un calepin et d'un crayon. Malgré sa discrétion, son petit manège ne m'a pas échappé. Mon diagnostic est le suivant : harcèlement sur la personne de mon cousin Megaceryle torquatus, alias le Cra cra.

En bon citoyen, j'ai été déposer une aile courante au commissariat du coin. Quel ne fut pas mon étonnement d'apprendre que le rôdeur en question n'était pas un délinquant, mais un ornithologue, chargé d'apporter des réponses à des questions farfelues du genre : combien reste-t-il de Cra cras en Guadeloupe ? Sur quelles rivières le rencontre-t-on ? Quel peut bien être son régime alimentaire (j'ai quand même une petite idée là-dessus) ? Qu'est-ce qui pourrait expliquer qu'il soit devenu si rare, alors qu'il est assez fréquent en Dominique ?

Le planton de service m'a même donné un tuyau : le rôdeur en question s'appelle Pascal Villard. Il dévoilera le fruit de ses découvertes, en avant-première, le lundi 28 septembre à 18 heures à l'INRA de Prise d'eau.

* Photo Wikipedia

Sétékri par Le Toto-Bois - dans Etudes
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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 01:01
Chronique du défrichement ordinaire ?

Pour certains riverains de la Lézarde, le paysage vient de changer.

Depuis quelques centaines de milliers d'années, s'offrait à la vue des habitants (reptiles, oiseaux et quelques mammifères) une crête forestière, culminant à quelques 80 mètres de haut.

Depuis quelques dizaines ou centaines d'années, des aménagements humains s'étaient bien manifestés aux alentours (cases d'habitation, construction d'un petit canal, chemin puis route). Mais le site restait malgré tout assez grandiose, avec cette vallée de la Lézarde butant sur des pentes forestières raides et relativement préservées.



Depuis quelques jours (à vue de nez, je dirais que ça s'est passé vers le 1er mai), un morceau est parti en fumée (sous les roues d'un bulldozer devrais-je dire), offrant à la vue des saignées de terre rouge. Depuis mon trou de cocotier situé sur la rive d'en face, je vois très nettement les dégâts. Pour les curieux, sur la carte IGN du Nord Basse-Terre au 25:1000, ça se trouve aux coordonnées 648 / 1791 altitude 81.

J'ai entendu un enfant du quartier : "Le monsieur n'avait pas demandé l'autorisation à la mairie, il va devoir replanter chaque arbre". Si la vie était aussi simple que ça, réparer d'un coup le décapage de tout un pan de colline...

Bien, je vais profiter de quelques heures de RTT (récupération du temps de tambourinage) que je vais pouvoir glaner pour mener l'enquête auprès des services de la commune et de l'ONF. Et également fouiller la biblio et interroger deux-trois savants pour savoir quelle valeur a cette forêt, en plus de sa valeur paysagère.


Sétékri par Le Toto-Bois - dans Sujets qui fâchent
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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 17:54

Les interviews pas du tout imaginaires du Toto-Bois.

Ce mois-ci, j'ai rencontré Alain Rousteau.

Qui c'est celui-là ? Au départ, c'est un copain. Et puis c'est aussi quelqu'un qui travaille à l'Université Antilles-Guyane, en écologie forestière. Il fait partie de notre association, et n'est pas le dernier à mouiller sa chemise lorsque nous nous mobilisons sur tel ou tel dossier sensible. Mais venons-en aux faits. Alain a travaillé sur une problématique (comme on dit dans les milieux autorisés) intéressante : la non-régénération des gaïacs aux îlets de la Petite-Terre. Maguy Dulormne, Lydie Largitte, Astrid Monthieux, René Dumont, Christophe Ndong-Mba et Alain Saint-Auret ont participé aux opérations élaborées pour élucider l'égnime.

Quelques mots d'explication.



Le gaïac est une espèce d'arbre qui fût utilisée aux temps jadis et jusqu'au siècle dernier, pour la fabrication de poulies (il paraîtrait même que Rackham le Rouge et le Capitaine Crochet ne juraient que par les poulies en bois de gaïac). C'est un bois très dense, à texture fine, presque huileuse, idéal donc pour fabriquer des pièces mécaniques auto-lubrifiantes soumises à de fortes contraintes : dans les moulins, sur les bateaux... On en extrayait aussi une huile essentielle d'intérêt médical, le gaïacol. On faisait également brûler la sciure pour soigner les maladies vénériennes. Une fois cuits, les patients se plaignaient beaucoup moins. Mais comme savent les médecins, soigner n'est pas guérir... Bref, le gaïac était tellement prisé qu'on l'appelait 'l'arbre de vie" (lignum vitae).

Il y a tout naturellement eu surexploitation de cette essence (on ne se refait pas). Sa répartition est maintenant relativement limitée. En Guadeloupe, il en existe dans certains jardins de la Basse-Terre, ET à Petite-Terre. Ceux de Petite-Terre sont vieux, le plus jeune d'entre eux a environ 50 ans. Comme je vous le dis. Pas de plantules, pas de jeunes arbres, rien. Bizarre tout de même.

Je précise à l'attention des internautes qui ne connaîtraient pas Petite-Terre (les pauvres), qu'il s'agit de deux îlots d'environ 150 hectares, situés à une dizaine de kilomètres à l'est de la Guadeloupe. Climat tropical à saison sèche marquée, végétation typique des zones sèches sur sable et calcaire, Petite-Terre est inhabitée et bénéficie du statut de réserve naturelle depuis 1989. Un bijou donc, qui de plus héberge la plus forte population mondiale d'iguanes des Petites Antilles.

A ce stade, je sors mon micro, je branche mon vieux magnéto à bande, et silence, on tourne.

Toto-Bois - Bonjour Alain, nous allons abuser de ton temps précieux, pour que tu nous racontes tout ce que nous avons toujours voulu savoir sur les problèmes du gaïac à Petite-Terre. Tout d'abord, quel est le nom latin du gaïac, et à quelle famille botanique appartient-il ?

Alain - Eh bien il s'agit de Gaiacum officinalis, de la famille des Zygophyllaceae. Zygo signifie "joug, union, paire, jonction", et phylle signifie feuille. Son feuillage présente en effet des feuilles et folioles symétriques de part et d'autre de la tige et des nervures.

TB - Peux-tu nous dire où on le rencontre en dehors de Petite-Terre ?

Alain - On ne le trouve quasiment plus à l'état sauvage, sauf peut-être à la Désirade. A Saint-Barthélémy, il y en a beaucoup dans les jardins. Dans le temps, les Saint-Barths arrimaient leurs cases quand un cyclone arrivait, avec des cordes accrochées aux racines de gaïac. Ils construisaient leurs cases à côté des gaïacs, ou plantaient des gaïacs aux 4 coins de leurs cases.

TB - A Petite-Terre, sait-on combien d'individus de gaïac il y a, et quel est leur âge moyen ?

Alain - Nous en avons répertorié une trentaine. Mais il y en a peut-être davantage car nous n'allons presque jamais dans certains endroits assez difficiles d'accès, comme par exemple à l'est de la grande saline. Ils ont tous plus de 50 ans, et beaucoup sont sans doute plus que centenaires. Mais c'est difficile d'évaluer leur âge, ils poussent très lentement dans ces conditions difficiles, avec des ressources limitées en eau, en matières organiques et en minéraux.

TB - J'ai entendu dire que si on prélève des graines de gaïac à Petite-Terre et qu'on les sème ailleurs, elles sont capables de germer et pousser normalement. C'est vrai ?

Alain -  Ouh la la attention, il est absolument interdit de prélever ou de semer des graines de gaïac en dehors des procédures scientifiques dûment agréées. Mais c'est vrai qu'elles germent, nous en avons fait l'expérience.

TB - Mais alors, qu'est ce qui peut bien expliquer ce phénomène ? Et quelles expériences avez-vous menées pour y comprendre quelque chose ?

Alain - Pour savoir s'il s'agissait d'un problème de sol, nous avons semé des graines après les avoir lavées, sur le sol à Petite-Terre, et nous avons protégé les semis avec des grillages. Elles ont germé normalement et un certain nombre a survécu pendant un an. Puis toutes les plantules sont mortes. Nous avons fait la même expérience à l'université, en semant les graines dans des pots de terre de Petite-Terre, et en les arrosant. Là encore, très bonne germination au bout de trois semaines ; par contre, certaines graines n'ont germé que 18 mois après le semis.

TB - Incroyable ! Donc ce n'est pas un problème de sol. Alors le climat ?

Alain - C'est possible. La sécheresse doit limiter beaucoup le taux de germination, et provoquer une forte mortalité chez les plantules. Pour expliquer la présence de gaïacs centenaires, il y a plusieurs hypothèses. Soit le climat était plus humide à l'époque. Ou alors, il y avait une ou deux fois par siècle une année favorable, avec des pluies au bon moment. Dernière hypothèse, ils ont été cultivés, donc plantés et soignés, du temps où l'île était habitée. Mais on n'a aucune preuve à ce sujet.

TB - Il n'y aurait pas aussi des animaux qui s'attaqueraient aux plantules ?

Alain - Tu as l'air bien renseigné... En effet, nous avons observé un petit charançon dans les fleurs de gaïac, et très souvent un petit ver, peut-être la larve de ce coléoptère dans les graines. Comme par hasard, ce ver grignote la tigelle de l'embryon de la graine. Il ne s'intéresse même pas aux cotylédons, de sorte qu'à la première morsure, c'est fichu pour la germination.

TB - Et toutes les graines sont attaquées par le ver ?

Alain - Pas tout à fait. Le gaïac commence à faire ses fruits en août. A ce moment-là, on trouve des graines sans vers. Puis dès qu'on avance dans la saison, à partir d'octobre, toutes les graines sont colonisées par des vers, et plus rien ne germe. Il y a donc un petit décalage entre le cycle de l'insecte et celui de l'arbre, avec une période d'environ un mois ou deux pendant lesquels les graines peuvent éviter l'attaque fatale.

TB - Ca fait donc une fenêtre de tir réduite pour que le gaïac réussisse à se régénérer, entre la sécheresse et l'attaque des vers !

Alain - Oui, d'autant plus que d'autres animaux peuvent aussi tuer non pas les graines mais les plantules : les bernard-l'hermite, très nombreux là-bas, et qui sont tout-à-fait capables de cisailler des plantules, ou de les déraciner par inadvertance. Et aussi les iguanes, qui sont bien connus pour brouter des feuilles de gaïac ; on peut imaginer qu'ils effeuillent ou même arrachent des plantules involontairement. Pour ces deux animaux, ce ne sont que des présomptions, nous n'avons pas fait d'observations ni d'expériences spécifiques.

TB - Bigre, l'affaire est grave tout de même. Si je résume, pour arriver à se régénérer, un gaïac lambda doit produire une graine mature en août ou septembre pour éviter les vers, cette graine doit ensuite être arrosée par une bonne pluie pour qu'elle germe, puis, on doit avoir si possible une ou plusieurs années de suite assez pluvieuses pour que la plantule survive, et enfin, les copains brouteurs doivent ne pas se trouver sur son chemin. Ca fait beaucoup pour un seul arbre !

Alain - Eh oui, c'est pour ça que ça n'arrive jamais. Je ne devrais pas dire jamais, car une fois, Lydie Largitte, gardienne à la réserve de Petite-Terre, a trouvé un bébé gaïac à Petit-Terre. Il avait probablement plus d'un an et a fini par disparaître. Mais il faut quand même dire que le gaïac n'est pas tout seul dans ce cas : à part le Laguncularia, un arbuste de mangrove, ou le Rhizophora sur les rives des lagunes, AUCUN arbre ne se régénère naturellement à Petite-Terre. Ni les mancenilliers, ni les poiriers-pays, ni les bois couleuvre...

TB - Eh bien, moi qui pensais finir sur une note optimiste, c'est raté. Comment va évoluer la végétation si aucun arbre ne se régénère ? !!

Mais nous reprendrons cette discussion une autre fois, car je dois rendre l'antenne à ma fourmi la voisine. Merci Alain Rousteau pour cet entretien et à vous les studios.

Quelques saines lectures le soir au coin du barbecue :
- Dulormne M., Largitte L., Monthieux A., Ndong-Ba C., Rousteau A. & Saint-Auret A. 2006. Le déficit de régénération des Gaïacs de la Petite Terre. Rapport Bios Environnement, 27 pp.
- Rousteau A. 2004. Régénération forestière dans les espaces forestiers littoraux : variété des processus naturels ou anomalies menaçant la pérénité des écosystèmes ? Revue d'Ecologie (La Terre et la Vie) 59 : 163-170.

Sétékri par Le Toto-Bois - dans Végétaux
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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 19:48



Le dernier numéro du Courrier de l'Environnement vient de sortir, j'y ai déniché (!) un article sur la gestion des espaces protégés, écrit par Annik Schnitzler, Jean-Claude Génot et Maurice Wintz. Je me suis senti un peu moins tête de piaf après l'avoir lu. A télécharger .

Pour vous donner envie de le lire, je vous livre la première phrase, une citation de Wendell Berry :

"Nous ne savons pas ce que nous faisons dans la nature tant que nous ne savons pas ce que la nature aurait fait si nous n'avions rien fait".

Sétékri par Le Toto-Bois - dans Histoires
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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 20:04


... pour dernier terrain vague en Grande-Terre ?


Sans rire, l'air était frais à la Grande Vigie lors de notre sortie de mars, pour cause de vent du nord.

L'observateur avisé que vous êtes aura remarqué une tache sombre entre le petit buisson qui dépasse et la pointe rocheuse. Alors c'est noir et ça souffle. Oui, une baleine, et même au moins deux. Probablement des baleines à bosse, autrement dites 'mégaptères', mais pas de certitude. Certains d'entre nous ont pris des photos, que nous allons soumettre au FBI (Front Baleinier d'Investigation) pour expertise.

A signaler également au rayon 'vertébrés en tous genres', deux faucons pèlerins, l'un à la Vigie, et l'une au Bois de Cadou.


Cliché Laurent Malglaive

Mais que faisions-nous sur cette pointe ?

Ex future implantation du projet Vigie Gate (croisons les doigts).



En noir et blanc, c'est pas mal non plus.


Ce que j'ai retenu, n'étant pas forcément le meilleur élève.

- Ne touche pas aux feuilles allongées du Merisier royal (Malpighia linearis), sinon il t'en cuira (épines microscopiques).
- Si malgré tout tu y touches, cueilles vite une feuille de Koupay (Croton flavens), dont le lait te cicatrisera.
- Si tes enfants ont des puces ou des poux, ramasse des feuilles de Kanel a pis (Canella winterana), sous leur drap tu les placeras.
- Si tu croises la Sitwonèl (Triphasa trifolia), alors méfie-toi. Cet arbuste de la même famille que les agrumes se comporte de façon envahissante en lisière du bois de Cadou. Pour le moment limitée sur les quelques premiers mètres, comment cette population va-t-elle évoluer ? L'invasion va-t-elle se poursuivre et modifier la formation forestière ?  Ne trouvez-vous pas qu'on pose beaucoup trop de questions dans ce blog sans beaucoup apporter de réponses ?


Voilà l'envahisseur en question (non, pas la vache au second plan).

9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 23:18

Crise sociale en Guadeloupe, vue de loin


Vous l'aurez peut-être remarqué, certains évènements ont marqué la Guadeloupe ces dernières semaines. Difficile dans ces conditions d'organiser sorties ou réunions, pour cause de pénurie d'essence, et de fermeture des locaux de l'université. Et puis, il faut bien reconnaître que si ces 44 jours de blocage n'ont pas forcément été synonymes de très grosses difficultés pour notre vie quotidienne (sauf le manque de gaz !!), ils nous ont quand même sapé le moral, et empêché un travail réellement constructif.

Difficile donc d'avancer sur nos dossiers favoris, et de nous retrouver pour nous disputer gentiment sur nos différentes appréciations de la meilleure façon de protéger l'environnement.

Ceci étant dit, maintenant qu'un certains nombre d'avancées se sont dessinées, c'est la reprise. J'ai personnellement recommencé les tambourinages actifs (privé de Carnaval, je me rattrappe sur les troncs d'arbres), ainsi qu'une cour discrète auprès de la dame de Pic.

Quelques nouvelles en vrac mais néanmoins chronologiques.

Le 8 mars, nous avons participé à la réunion de lancement du Lyannaj pour Laliwondaj. Il s'agit de profiter  (pwofitassyon ??) de l'élan de débats multiples qui nous a animés pour poursuivre sur des sujets environnementaux. Associations ou autres organisations allons nous grouper en collectif, pour documenter et porter des dossiers sensibles au débat public. L'union fera la force, nous l'espérons. Un blog espécial sera créé pour la circonstance, afin de porter à la connaissance de nos concitoyens les questions qui nous paraissent les plus cruciales, et de proposer et retracer les actions du Lyannaj.

Le vendredi 20 mars, exposé de Marion Patin sur les impacts de la fourmi-manioc sur les fougères arborescentes. Rendez-vous à 18 heures salle de TP de biologie végétale à l'UAG. Piquez si vous ne savez pas où c'est.

Le dimanche 29 mars, nous sortons ! Les falaises du nord Grande-terre, à la recherche d'espèces patrimoniales et/ou protégées (orchidées, cactus...), mais aussi d'espèces végétales envahissantes. Emportez vos calepins et appareils photos, nous vous solliciterons pour essayer de capter les tas de trucs époustouflants qui ne manqueront pas d'être dits. Le rendez-vous sera fixé un peu plus tard...
10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 15:43
Je vous promettais le résultat de notre prospection à l'orchidée perdue dès notre édition du 1er décembre. Pour des raisons indépendantes de notre volonté (courbatures suite à la marche en montagne, délais de livraison de l'iconographie, blocage des routes en Guadeloupe, et autres prétextes tous moins bons les uns que les autres), nous avons pris un retard certain.


                                                                                                                                      Photo P. Feldmann

Mais que laisse penser cette photo de deux naturalistes s'extasiant malgré l'humidité ambiante ? Auraient-ils retrouvé Pseudocentrum guadalupense ? Non. Il s'agit seulement de Ponthieva petiolata, l'espèce que le New York Botanical Garden exhibe de manière erronée dans ses cartons comme étant le type ayant  servi à décrire P. guadalupense

Pour expliquer cette déconvenue, il faut dire qu'en tout début de promenade, le cri d'un Pic femelle (c'était mon ex-fiancée) a salué les promeneurs. Comme chacun sait en Guadeloupe (surtout les chasseurs), cet oiseau noir est de mauvais augure.

Toutes le conditions étaient pourtant réunies. Nous étions dans la zone ou J. Jérémie a vu l'orchidée, la période était a priori celle de la floraison, et nous avions avec nous deux véritables spécialistes (Philippe et Robert), capables de repérer le moindre poil d'Orchidée à plusieurs kilomètres à la ronde.

Plusieurs hypothèses pour essayer d'expliquer ce cuisant échec. 1) L'espèce serait éteinte. 2) Il n'y aurait plus de station pour cette espèce dans la zone prospectée. 3) Il resterait tellement peu d'individus dans cette zone que la probabilité de rencontre serait très faible.

Si nous tentons de poursuivre notre idée et de mettre en place un plan d'action (excusez mon language, j'ai suivi une formation à la norme ISO 9001, qui tend à déformer mon vocabulaire), la suite logique serait de retourner sur les lieux à d'autres périodes peut-être plus favorables à la floraison, et à explorer d'autres secteurs. Peu d'éléments d'écologie peuvent nous guider dans cette quête, seuls deux plants ayant été observés en plus d'un siècle, avec une localisation très approximative. Autant dire qu'il va falloir y aller au pif.

Pour en revenir au titre de cet article, nous ne sommes pas sortis pour rien, et avons pu observer pas moins de 35espèces d'Orchidées sauvages, sur la petite centaine présente en Guadeloupe. Certaines étaient en fleurs, d'autres en boutons, les dernières en tenue d'Eve. Dès que notre envoyé spécial aura fait le tri dans ses photos, nous vous présenterons un petit opuscule de ces merveilles rencontrées entre Matouba et la Grande Découverte. Ca y est, c'est disponible .
Sétékri par Le Toto-Bois - dans Végétaux
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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 12:02

Eh bien la tablette de chocolat est gagnée. Pseudocentrum guadalupense est une Orchidée endémique de la Guadeloupe, qui brille par sa discrétion. Elle n'a été observée que deux fois en 92 ans.



Première observation le 18 novembre 1895 avec le specimen récolté par le Révérend Père Duss, specimen qui a permis sa description en 1909 par Cogniaux. Une visite (virtuelle) au New York Botanical garden nous permet de découvrir à quoi elle ressemble. Just click there. Un peu caramélisée non ?
En 2001, Joël Jérémie, du Museum d'Histoire Naturelle de Paris, consulte ses herbiers pour préparer  l'atlas des Orchidées de Guadeloupele. Et il tombe (tout en bas de la pile des planches non identifiées) sur un échantillon collecté et photographié par lui-même le 16 novembre 1987, et qui à n'en point douter correspond bien à P. guadalupense. Un article publié dans l'Orchidophile raconte tout celà par le menu. .

Troisième observation le 30 novembre 2008 ??? 
Le lecteur en haleine le découvrira dans notre édition spéciale du 1er décembre.

Sétékri par le Toto-Bois - dans Végétaux
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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 21:16

La saison cyclonique commence à se tasser, le soleil fait quelques apparitions, c'est le moment de déchampignonner vos baskets, on va sortir...



Avant ça, une petite session en salle pour vous élever l'esprit :

Jeudi 13 novembre (c'est dans 3 jours !), un exposé de Laurent Louis-Jean, doctorant. Il travaille sur les captures accidentelles de Tortues marines. Rendez-vous à 18 heures à l'UAG. Voir résumé.

Dimanche 16 novembre, une sortie à la Soufrière, en passant par le Pas du Roy, puis selon l'humeur et les conditions climatiques, le sommet, ou encore le Col de l'Echelle. Que sais-je ?

Dimanche 30 novembre, une sortie dans la série "Perdu de vue". Nous profitons de la visite de Philippe Feldmann, pour tenter de retrouver Pseudocentrum guadalupense, observée 2 fois en 1895 et 1987. Mais de quoi s'agit-il ? J'offrirais bien une tablette de chocolat à qui saura me dire, mais j'ai l'impression que ça ne motive pas les troupes (un camembert ?). Ca se passera entre les Bains Jaunes et la Savane aux Ananas.

30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 15:34
Il n'est pas trop tard pour parler des activités d'octobre...



Ce mois-ci, j'ai rejoint un atelier d'écriture pour oiseaux désoeuvrés, et je me suis lancé. Extrait.

"Entre septembre et octobre, les bambous poussent, d'où ces grandes tiges pas encore alourdies par les feuilles, qui ponctuent le paysage. Dans quelques semaines, le poids du feuillage fera se recourber les tiges. Derrière cette touffeur, si vous tendez l'oreille, vous entendrez le grondement de la Lézarde, et qui sait, le cri de mon cousin issu de germain qui niche dans les environs. Depuis des semaines, ce sont crues sur crues, qui ont modifié les berges et charrié vieilles branches et terre brune".

J'arrête là, je ne voudrais pas bouleverser outre-mesure le lecteur.

Plus prosaïquement, le 31, c'est l'assemblée générale. En avant-première, bande de veinards, vous avez droit au bilan d'activités 2007-2008, en cliquant  (37 ko). Egalement un aperçu de la carte de membre (222 ko) nouvelle qui arrive de justesse avant le Beaujolais nouveau.

Profitez-en, il y en aura pour tout le monde. Pour ceux qui ne pourront pas être des nôtres à l'AG, il est toujours possible de cotiser par correspondance, en envoyant un chèque de 20 Euros (seulement ?) à l'adresse indiquée sur la carte, à l'ordre d'AEVA.
Sétékri par AEVA le Toto-Bois - dans Sorties & réunions mensuelles
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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 15:17

Silence radio depuis deux mois, que se passe-t-il ? Le Toto-Bois est-il terré dans son trou, faisant le gros dos en attendant que les cyclones aient fini de passer en Caraïbe ?


                                                                   Gustav, Hanna, Ike & Josephine. Photo AFP

C'est bien mal me connaître. J'ai préféré la vraie vie. Il fallait quand même que je termine d'élever ma couvée (2 oisillons insupportables, j'ai mis plus d'un mois à leur apprendre à chanter).

Or donc, il s'est quand même passé des choses cet été.

- Le Mercury Day n'a pas eu lieu (voir article précédent). Un non-évènement qui nous a emplis d'aise. Saluons la détermination du Préfet et celle des Maires, qui ont poliment décliné la proposition. Les plaisanciers se sont repliés sur une fête à terre, organisée dans l'enceinte d'une piscine à Gosier. Rien à redire.
Dernière minute (ça m'apprendra à ne pas regarder la télé) : les plaisanciers ont passé outre, et se sont réunis à l'Ilet Gosier. Le Conservatoire du Littoral a indiqué que dans ce secteur, seules les promenades familiales sont autorisées sans l'accord préalable du Conservatoire. Nos mordus de la grève-party se sont donc placés dans l'illégalité.

- AEVA est maintenant agréée, en qualité d'association "exerçant ses activités dans le domaine de la protection de la nature et de l'environnement". Ca flatte l'ego non ? Ca nous permettra le cas échéant de nous porter partice civile dans un cadre juridique.

- Le rapport de la commission d'enquête sur la révision du décret du Parc National a été rendu public, voir ici. Notre souci était que l'interdiction du canyoning en zone de coeur puisse perdurer, et ne pas être soumise à renégociation lors des modifications périodiques de la charte du Parc. Ce point est discuté spécifiquement par le commissaire enquêteur (sports en eaux vives, pages 19 à 22). A suivre de près...

- Nous démarrons notre cycle d'exposés plus tôt qu'à l'accoutumée : venez nous rejoindre dès le vendredi 12 septembre, à 18 heures à l'UAG. Christelle Dyc est actuellement en thèse au laboratoire d'Océanologie de l'Université de Liège en Belgique, et travaille sur la toxicodynamique des polluants et des métaux traces chez Chelonya mydas et Eretmochelys imbricata. Elle réalise une partie du travail dans le cadre du Réseau Tortues Marines de Guadeloupe, et nous présentera donc en avant-première ses résultats.

Et pour finir sur une image, un petit jeu-concours, doté d'une grosse tablette de chocolat :

Quelle est cette Rubiacée endémique des petites Antilles à fleur mauve ?
Par quoi a-t-elle été grignotée ?


                                                                                                    Dessin C. Pavis

Sétékri par AEVA le Toto-Bois - dans Sorties & réunions mensuelles
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8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 16:11

Ou encore The day after the Mercury day

Qu'est-ce donc que le Mercury day ?
Une manifestation qui, à en croire le dossier de présentation, constitue un évènement de rassemblement et de mixité sociale et raciale (sic), et qui plus est, met en avant le respect de l'environnement (re-sic). Les organisateurs évoquent la date du 30 août à l'Ilet Caret.

S'agirait-il d'une journée de découverte dédiée au lagon, du Grand Cul-de-sac Marin ? Avec en débat, comment protéger les herbiers de phanérogames marines, et leurs habitants (nurseries de poissons) et leurs consommateurs présents (tortues) ou futurs (lamantins lorsqu'ils seront réintroduits) ? Si c'est le cas, l'intention est louable, et tout-à-fait digne des objectifs du réseau d'aires protégés de la Guadeloupe, concerné par ce beau lagon (Réserve Naturelle du Grand Cul-de-Sac marin, qui fera bientôt partie intégrante du parc National, Réserve de Biosphère, site Ramsar). Des instances internationales, c'est formidable.

Bon, vous avez compris, Mercury c'est la marque de moteurs de bateaux. Une entreprise distributrice de ces moteurs organise depuis 3 ans une journée sur l'Ilet Caret, et la manifestation a connu l'an dernier une ampleur et un succès importants. Vous vous rendez-compte, les managers de Mercury avaient même fait le déplacement, et barboté gaiement dans le lagon avec les quelques 450 bateaux et 2 500 convives.

                    
Quelques-uns des esquifs               Sympa, on peut même venir avec son 4 x 4
 

Enfin, cette année le comité d'organisation propose de limiter à 350 bateaux, et 900 personnes (sans compter les 200 personnes du staff).

Mais cessons ce persiflage facile.
Vous me direz que l'Ilet Carte n'est pas dans une aire protégée, il est à l'extérieur de la Réserve naturelle.
Vous me direz qu'il faut bien développer les activités économiques.
Vous me direz qu'il ne faut pas sanctuariser la nature.

Mais tout de même, vous ne pensez pas que l'UNESCO ferait une drôle de tête en voyant ce que nous faisons de cette Réserve de Biosphère (Caret est dedans) ?
Vous ne pensez pas que par les temps qui courent, ce genre de manifestation donne un exemple déplorable ?

Sujet du Brevet des Collèges 2008 (calculettes autorisées) :
1) Mathématiques :
      a- sachant que 350 bateaux croiseraient gaiement, quel serait le coût carbone du Mercury day 2008 ?
      b- quelle serait la production en matière organique des 1 000 participants bien nourris du Mercury day 2008 ?
2) Education civique :
      a- sachant que plusieurs dizaines de milliers d'enfants et jeunes regarderaient ça à la télé, quel serait l'impact  citoyen du Mercury day 2008 ?
      b- sachant que les élus et l'Etat prônent le développement durable, qu'est-ce qui pourrait bien les pousser à encourager le Mercury day 2008 ?
3) Science de la vie et de la terre :
      a- sachant qu'environ 250 ancres racleraient les herbiers, quel serait le temps nécessaire à leur reconstitution ? 
      b- sachant qu'un jour peut-être le Lamantin sera réintroduit dans le Grand Cul-de-sac, quel serait alors la mortalité induite par le Mercury day 2018 ?

Je ramasse les copies dans 2 heures. Vous avez remarqué que j'ai utilisé le conditionnel, nous avons bon espoir que le Préfet n'autorise pas cette manifestation.

Et si vous n'avez rien de drôle à lire, vous pouvez télécharger le dossier de présentation du Mercury day.

Sétékri par AEVA le Toto-Bois - dans Sujets qui fâchent
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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 13:15


Cascade en Dominique - Aquarelle C. Pavis

Un coup de pub pour la canyoning ?

Non, nous commençons ici la série tant attendue des 'Dossiers qui fâchent', autrement dit ceux qui reviennent par la fenêtre quand on les a fait sortir par la porte.

Quand j'étais un jeune Pic inexpérimenté (et peu au fait de la réglementation), il m'arrivait de partir un sac empli de cordes au dos, de rejoindre une crête, puis un départ de ravine, qui se transformait peu à peu en rivière. Avec de la chance, nous arrivions à quelque cascade à franchir en rappel, ou toboggan à dévaler. Du canyoning sauvage en quelque sorte. Cette activité n'était pas autorisée dans la zone centrale du Parc National. Peu à peu, quelques opérateurs associatifs ou commerciaux y ont malgré tout  développé cette pratique, et la tirette d'alarme a commencée à être sonnée.

Que faire ? Telle était la question posée dans les instances du Parc.
Interdire ? Réglementer ? Et d'abord que disait le décret de création du Parc ? Est-il interdit d'interdire ce qui n'est pas autorisé ? Laisser faire puisque-de-toute-façon-on-ne-pourra-pas-l'empêcher ?

Comme souvent dans ces cas d'indécision, des études furent lancées pour estimer les impacts éventuels de la pratique du canyoning sur les espèces et les milieux.
Des débats furent organisés avec les opérateurs de canyoning pour recueillir leur point de vue.
Le Comité scientifique du Parc fut sollicité à maintes reprises sur la question.
Le Conseil d'administration également, sur la base des conclusions du précédent.
AEVA donna son avis sans qu'on le lui ait demandé.

Nous pouvons résumer cet avis de la façon suivante. Les milieux concernés par le canyoning en zone centrale sont d'une richesse exceptionnelle, tant par les espèces présentes que par les milieux concernés (ce n'est pas moi qui le dis, nous sommes quand même reconnus comme le 4ème hot spot de biodiversité mondiale). Il n'existe pas de milieux équivalents en Europe ni même à la Réunion, où les lits des rivières dédiées au canyoning sont beaucoup plus minéraux qu'en Guadeloupe. Les études montrent sans ambiguïté un impact négatif important de la pratique du canyoning sur les espèces et les milieux. Notre propre expertise de ces écosystèmes le confirme. Les impacts concernent les traces d'approche (destruction d'espèces végétales protégées, érosion, surcreusement, puis abandon de ces traces devenues impraticables, et ouverture de nouvelles traces), les abords de rivière (les berges et ripisylves sont des milieux à haute diversité biologique) et le lit des rivières (perturbation de la faune benthique, piétinement des fonds, raclage des toboggans)... Il est tentant de dire que les crues ou cyclones ont des effets bien plus dévastateurs, mais ce n'est pas exact, les écosystèmes étant par nature adaptés à ces aléas climatiques.

On ne peut pas dire que la peine des uns et des autres fût ménagée, ni qu'un consensus fût trouvé. Mais quand les enjeux de conservation sont forts, le consensus est-il souhaitable ?

Résultat des courses, un arrêté du Directeur fut pris en 2004, interdisant cette pratique dans la zone centrale.
Les rivières coulaient donc des jours heureux, quand tout d'un coup, patatras. Vous savez certainement (mais si) que tous les Parcs nationaux français font leur toilette cette année : et hop, nouveau décret pour tout le monde, je ne veux voir qu'une tête. Grosso modo, la philosophie est de dire : ce qui était protégé le reste et celà apparaît dans le décret, et un certain nombre de réglementations sont précisées dans la charte, co-construite avec les collectivités, les usagers etc... Cette charte est révisée périodiquement, alors que le décret est un peu plus gravé dans le marbre.

Ceux qui suivent voient où je veux en venir : où faut-il donc inscrire l'interdiction du canyoning pour qu'elle ait un maximum de pérennité ?

La suite au prochain épisode, et quelques saines lectures pour creuser un peu les questions scientifiques, sociétales et réglementaires :

La question du canyoning dans le Parc national de la Guadeloupe. J. Leconte, J. Jérémie, C. Sastre, P. Feldmann, J. Fournet, D. Imbert, A. Rousteau, J.-F. Bernard, D. Monti, P. Vilard, 2004. Note de synthèse, 5 pp. 
Réflexions sur les enjeux d'un territoire protégé ouvert au public : Parc National de la Guadeloupe et pratique du canyoning. Pavis C., 2004. Note préparatoire au groupe de travail de janvier 2004, 2 pp.
Position sur la pratique du canyoning en zone centrale du Parc national de la Guadeloupe. AEVA, 2003, 2 pp.
Motion relative à la protection des Orchidées en Guadeloupe. CNPN, 2003, 1 p.

Sétékri par le Toto-Bois - dans Sujets qui fâchent
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