12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 13:54

« L’essence de la poésie se lit dans ce que dévoile une libellule photographiée : l’étrangeté d’un monde entièrement inventé » A. Cugno

Micrathyria aequalis mâle en affût au-dessus d’une mare.

Micrathyria aequalis mâle en affût au-dessus d’une mare.

Il y a 300 millions d’années, alors que l’Amérique du Sud et l’Afrique étaient encore unies au sein d’un même supercontinent – le Gondwana – vivait Meganeura monyi, une « libellule » de 70 centimètres d’envergure, le plus grand insecte connu à ce jour. Depuis, l’évolution a rendu les libellules bien plus discrètes. Pour un peu, on en oublierait qu’elles continuent d’exister un peu partout autour de nous, dans les mares, rivières, ravines, mangroves, forêts marécageuses, lagunes, prairies humides et autres étangs. Pourtant, les libellules offrent un spectacle riche et coloré, presque féérique, à qui prend le temps d’aller à leur rencontre.

« Libellule deuil » Erythtrodiplax umbrata, mâle mature et Erythtrodiplax umbrata immature.« Libellule deuil » Erythtrodiplax umbrata, mâle mature et Erythtrodiplax umbrata immature.

« Libellule deuil » Erythtrodiplax umbrata, mâle mature et Erythtrodiplax umbrata immature.

D’après une légende guadeloupéenne, la première libellule serait née de la transformation d’un petit garçon par Manman Dlo, gardienne des eaux alors déguisée en veille femme et à laquelle il avait refusé de donner de l’eau. En Martinique, un conte explique pour sa part que la Reine Libellule, Marisosé, avait perdu une somptueuse bague. Une fois celle-ci retrouvée, elle décida de porter toutes ses bagues, ainsi que plusieurs anneaux, au bout de sa queue pour que ses bijoux ne tombent plus. Le folklore antillais se révèle aussi riche et imagé quand il s’agit de nommer les libellules. Certains noms traduisent en outre des comportements réels de ces animaux comme en Dominique où on les nomme « Swynié Bonda » - qui essuie l’eau avec son derrière – ou « Sousèt Dlo » - suceur d’eau. Sans oublier « Koké Dlo » - qui fait l’amour à l’eau… On les appelle « Dimwazel » ou « Marisosé » en Martinique et « Zingzing » en créole guadeloupéen, qui offre aussi l’adjectif « zinglèt » désignant une personne maigre à la démarche sautillante et hésitante. Aux Antilles françaises, les libellules sont aussi porteuses de présages. Annonçant une visite, souvent amicale, lorsqu’elles pénètrent dans une maison, elles prédisent la pluie quand elles volent bas. En Martinique, il se raconte que la « Libellule deuil » Erythtrodiplax umbrata apporte le malheur à qui la capture, les marques noires de ses ailes évoquant les voiles portés par les femmes lors des funérailles.

« Les oiseaux appartiennent à notre monde, se meuvent dans le même espace que nous, alors que les insectes nous font changer d’échelle, nous introduisent à un autre univers, un microcosmos qui exige qu’on parle une autre langue » A. Cugno

Si elles ont autant stimulé les imaginaires – comme beaucoup d’autres animaux il faut le reconnaître – c’est peut-être en partie dû à leurs caractéristiques biologiques et écologiques, originales à bien des égards.

Les libellules ont cette particularité, partagée avec quelques autres types d’insectes, de changer radicalement de milieu au cours de leur vie. Tandis que les larves sont confinées au milieu aquatique, les adultes (ou imagos) occupent l’espace aérien, depuis la surface de l’eau jusqu’à au moins 300m d’altitude lors de la phase de dispersion de certaines espèces. Par ailleurs, elles n’ont pas de stade nymphal, c’est-à-dire que les larves « ressemblent » aux adultes, le passage d’un stade – et d’un milieu – à l’autre s’effectuant par une simple mue. Pour ces deux raisons, on dit qu’elles sont hémimétaboles. L’accouplement a lieu en général à proximité d’un point d’eau, posé ou en vol, et certaines espèces forment alors « un cœur » des plus esthétiques. Quant aux œufs, ils sont déposés par les femelles directement dans l’eau (ponte exophyte), à la surface d’une plante (ponte épiphyte) ou encore à l’intérieur d’une plante (ponte endophyte).

Accouplement « en cœur » de Lestes sp. et exuvie de libellule suite à la mue imaginale.Accouplement « en cœur » de Lestes sp. et exuvie de libellule suite à la mue imaginale.

Accouplement « en cœur » de Lestes sp. et exuvie de libellule suite à la mue imaginale.

Outre leur ressemblance, les larves et les adultes ont un régime alimentaire proche puisque tous deux sont des carnivores opportunistes. Les adultes se nourrissent d’une grande variété d’invertébrés et s’adonnent même parfois au cannibalisme ! Dans nos contrées tropicales, les libellules peuvent se révéler être de précieuses alliées en contribuant à la régulation des populations de moustiques, trouble-fêtes vecteurs de maladies comme la dengue et le chikungunya.

Les larves se délectent pour leur part de nombreuses proies parmi lesquelles des crustacés, des têtards, d’autres larves et même des jeunes crapauds et de petits poissons. Mais si les adultes nous soulagent un peu des moustiques, il a été constaté que les larves de certaines espèces s’attaquent aux jeunes ouassous dans les fermes aquacoles. Ceci étant, la pose d’un filet à la surface de l’eau permet d’endiguer ce problème.

Tramea abdominalis.

Tramea abdominalis.

Enfin, on ne peut évoquer les libellules sans parler de leur vol. Stationnaire, en marche avant, à reculons ou en loopings, celui-ci fait d’elles des voiliers hors pair. Mais les libellules ont une botte secrète : des poches d’air sont réparties dans leur corps ; chauffées par le soleil, elles allègent l’insecte qui peut alors consacrer toute son énergie à ses déplacements et non à se maintenir en l’air.

« Les libellules s’en vont, quittent, vont ailleurs, et cet ailleurs est ce qu’elles habitent, là où elles volent, maintenant. Elles sont le détachement même. Elles ne tiennent à rien, si ce n’est à s’en aller. Elles habitent leur départ, indéfiniment » A. Cugno

Chez les Anisoptères (Erythemis vesiculosa à gauche) comme chez les Zygoptères (Ischnura ramburii mâle à droite), le thorax est la partie du corps la plus volumineuse. Il abrite de puissants muscles qui activent les ailes.Chez les Anisoptères (Erythemis vesiculosa à gauche) comme chez les Zygoptères (Ischnura ramburii mâle à droite), le thorax est la partie du corps la plus volumineuse. Il abrite de puissants muscles qui activent les ailes.

Chez les Anisoptères (Erythemis vesiculosa à gauche) comme chez les Zygoptères (Ischnura ramburii mâle à droite), le thorax est la partie du corps la plus volumineuse. Il abrite de puissants muscles qui activent les ailes.

Les « libellules » appartiennent à l’ordre des Odonates, qui regroupe en réalité deux sous-ordres. Les Anisoptères – ou libellules – se reconnaissent notamment à leurs ailes asymétriques (les postérieures plus larges que les antérieures) qu’elles gardent généralement ouvertes et étalées au repos, tandis que les Zygoptères – ou demoiselles – ont des ailes semblables qu’elles maintiennent jointes au-dessus de l’abdomen lorsqu’elles sont posées.

Parmi les quelques 5500 espèces de libellules connues aujourd’hui dans le monde, les Petites Antilles en accueillent 49, dont 30 en Martinique et 38 en Guadeloupe. Le fait que la Guadeloupe abrite la plus importante richesse odonatologique des Petites Antilles s’explique en partie par la variété et le nombre considérables de ses zones humides. En 2011, les mares seules étaient au nombre de 2750 selon un inventaire exhaustif, dont les trois-quarts se trouvent en Grande-Terre (notamment dans les Grands Fonds) et 586 à Marie-Galante. Il convient néanmoins de préciser que les mares, tout comme les étangs, étaient quasi-inexistants en Guadeloupe avant l’arrivée des Européens au XVIIème siècle, qui les ont créées principalement pour l’irrigation des cultures et l’abreuvement du bétail. Ces milieux récents d’eaux stagnantes hébergent aujourd’hui la grande majorité des espèces de libellules recensées, dont la plupart sont relativement communes et tolérantes vis-à-vis des conditions du milieu. La plupart des espèces rares se rencontrent pour leur part dans d’autres types de milieux, comme les forêts de la Basse-Terre ou les forêts marécageuses. Pour autant, toutes les espèces de libellules qui peuplent nos îles, qu’elles soient rares ou communes, contribuent à la richesse de notre patrimoine naturel et méritent d’être préservées.

Argia concinna mâle mature.

Argia concinna mâle mature.

De même que pour la plupart des autres animaux, la principale menace qui pèse sur les libellules concerne la destruction ou la dégradation de leurs habitats : assèchement et comblement des mares et étangs consécutifs à leur abandon, à l’étalement de l’urbanisation ou à l’introduction d’espèces végétales envahissantes ; déforestation ; usage massif de produits phytosanitaires ; rejets d’activités industrielles ou encore lavage du linge et des véhicules dans les rivières. Au titre de la protection des libellules et à bien d’autres (qualité de la ressource en eau et rôle protecteur des zones humides littorales contre les aléas climatiques entre autres), la préservation de nos zones humides constitue aujourd’hui un enjeu majeur qui doit être pris à bras le corps par chacun.

Une mare des Grands Fonds.

Une mare des Grands Fonds.

Ichnura hastata, une demoiselle au long cours unique en son genre.

Originaire des deux Amériques, la frêle Ischnura hastata présente une capacité de dispersion remarquable. Elle a en effet réussi à coloniser les îles Galapagos, à presque 1000 km de l’Amérique centrale, et les Açores, à plus de 3000 km de l’Amérique du Nord. Mais dans ce deuxième cas, seules des femelles sont parvenues à destination et s’y reproduisent depuis par parthénogénèse, ne donnant naissance qu’à d’autres femelles. Il s’agit de la seule espèce de libellule connue au monde pratiquant ce mode de reproduction sexuée permettant à une femelle seule de procréer sans l’intervention d’un mâle. Le phénomène est d’autant plus notable qu’il n’a jamais été observé chez les populations américaines de l’espèce. Qui plus est, chez d’autres insectes, la parthénogénèse est généralement rendue possible par la médiation d’une bactérie tandis qu’elle subsiste chez les individus açoriens d’Ischnura hastata traités par des antibiotiques dans un cadre expérimental.

Ischnura hastata

Ischnura hastata

Quand observer les libellules ?

Si quelques espèces sont actives au crépuscule voire de nuit, le pic journalier d’activité de la grande majorité des espèces se situe entre 10h30 et 16h30, avec toutefois une basse d’activité durant les heures les plus chaudes, généralement entre 12h et 14 et surtout pendant le Carême. Pour ce qui est de les trouver, on l’aura compris, il suffit d’ouvrir l’œil aux abords des zones humides en tous genres. Et bien sûr, pour que le plaisir dure, ne les capturez pas mais contentez-vous de les observer ou de les photographier.

Texte et photos, toutes prises en Guadeloupe, du Siffleur d'Amérique, alias Thomas Delhotal.

Pour aller plus loin.

Afin de découvrir les libellules des Petites Antilles et contribuer à leur protection, vous pouvez vous rapprocher de la Société d’Histoire Naturelle L’Herminier http://www.shnlh.org/fr/. Nous vous recommandons également la lecture de l’ouvrage suivant, coécrit par son Président, François Meurgey, entomologiste au Muséum d’Histoire naturelle de Nantes, et Lionel Picard, spécialiste en biogéographie des Odonates des Antilles. La grande majorité des informations contenues dans cet article en sont issues.

Meurgey F. & Picard L., 2011. – Les Libellules des Antilles françaises. Biotope, Mèze (Collection Parthénope) ; Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, 440 p.

Autres sources bibliographiques utilisées dans cet article.

Albouy V., 2010. Les insectes ont-ils un cerveau ? 200 clés pour comprendre les insectes. Editions Quae. Cemagref, Cirad, Ifremer, Inra. 200 p.

Cugno A., 2011. La libellule et le philosophe. Ed. L’iconoclaste, Paris. 181 p. (existe en format poche aux éditions Albin Miche, 2014)

Meurgey F., Poiron C., 2011. Libellules des Petites Antilles. Revue Espèces n°2.

Quelques sites proposant des photos de libellules (identifiées) des Antilles françaises.

Sétékri par Le Siffleur d'Amérique - dans Entomo
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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 17:41

Un troisième larron a rejoint le club des écrivains en herbe, son nom de guerre est le Moqueur corossol. Toutes les photos sont de lui. Bienvenue !

 

 

Araignee-rouge-Nicolas.Barre-2.JPG

Quel rouge incroyable !

 

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Une petite araignée verte sur mon bureau.

 

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Cet Argiope argenté a un appétit féroce.

 

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Ce Scolopendre (cette ?) était sous un pot, dans un nid sphérique, protégeant ses petits entre ses pattes.

 

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Pour lutter contre les chenilles clown (du Sphynx du frangipanier), élevons des scolopendres. Celui-ci en suce la substantifique moelle.

 

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Ce Sphynx du frangipanier a revêtu une doudoune mortelle.

 

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J’ai dérangé ce Soufré un soir en voulant prendre la photo, mais il est revenu sur la même fleur de Bauhinia, manifestement un bon camouflage, où il est resté jusqu’au lendemain.

 

Chrysomeles-Nicolas-Barre.JPG

Ces larves de chrysomèle ( ?) apprécient le champignon de souche.

 

Chrysomele-Larve-Nicolas-Barre.JPG

Aire idéale pour les débats amoureux des adultes.

 

Clichés Nicolas Barré.

Sétékri par Le Moqueur corossol - dans Entomo
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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 23:56

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Aquarelle Jean Chevallier       

 

Le Toto-Bois (qui ne l'oublions pas est majoritairement insectivore) est heureux de vous annoncer la création d'une association qui s'intéresse à l'entomologie en Martinique.

 

Créée en 2012, Martinique Entomologie a pour ambition de développer les connaissances sur les insectes dans cette région, et de faire découvrir aux martiniquais la biodiversité à 6 pattes.

 

Martinique Entomologie propose également d'être un relais pour accueillir et informer les entomologistes amateurs et professionnels de passage sur l'île. Ses membres seront heureux de guider et partir en prospection avec les visiteurs. Dans le respect des espèces et des espaces protégées, cela va sans dire !

 

Des sorties découvertes et des soirées à thèmes seront proposées tout au long de l'année pour mieux connaître l'entomofaune. Cela contribuera à mieux répertorier les espèces de l'île et à mettre en place des collaborations avec des partenaires en dehors de la Martinique. Une revue est actuellement en cours de création pour diffuser les connaissances acquises par les membres et celles apportées par les organismes scientifiques.

 

Coordonnées de l'association :

logo_Martinique_Entomologie1.jpg 

32 route du Fleuri Noël – Moutte - 97200 Fort de France - martinique.entomologie@gmail.com

Sétékri par AEVA le Toto-Bois - dans Entomo
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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 13:00

Les interviews pas du tout imaginaires du Toto-Bois.

 

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Juvénile de Tafaliscinae. Cliché L. Desutter.

 

 

La semaine dernière, aux tréfonds de la forêt de Sofaia, j'essayais d'extirper un asticot d'une écorce trempée (je suppose que vous avez remarqué le temps qu'il a fait en juillet dernier). Je découvris alors une silhouette inhabituelle en ces lieux. Une femme courbée vers le sol, je dirais même plus accroupie, en train de farfouiller dans la litière. Encore un peu elle serait venue m'ôter le pain de la bouche, où plutôt le vermisseau du bec.

 

Ne cédant pas à l'impulsion première de prendre la fuite à tire d'ailes, je m'approchai de la quidame. D'un abord sympathique, elle accepta de répondre à mes questions, sans même s'étonner qu'un volatile de mon espèce fût doué de parole.

 

Toto-Bois (TB) - Comment t'appelles-tu, et que fais-tu donc dans la forêt ?

 

Elle - Desutter. Laure Desutter. Je cherche des Grillons.

 

TB - Pourquoi t'intéresses-tu aux Grillons ?

 

Elle - C'est le hasard qui m'a poussée vers eux. Moi ce qui m'intéressait étant étudiante, c'était la façon dont les animaux communiquent par voie acoustique. Alors ça aurait aussi bien pu être les grenouilles, ou les oiseaux, mais j'ai eu la possibilité d'étudier les grillons. Il faut dire que j'avais un goût prononcé pour les insectes, qui sont d'un contact plus facile que les vertébrés.

 

TB - Hi ! Moi aussi j'ai un goût prononcé pour les insectes ! Mais qu'est ce que les Grillons ont de particulier ?

 

Elle - Ils sont nocturnes, totalement inoffensifs et bons musiciens. En plus de ça, ils sont beaux. Sur des critères plus scientifiques si jamais ça t'intéresse, les espèces sont très diversifiées, surtout dans les forêts et dans les îles.

 

TB - Ah. Je commence à mieux comprendre la raison de ta présence. Et alors, quelle est leur importance en Guadeloupe ?

 

Elle - Pour l'instant, j'ai réussi à identifier à peu près 50 espèces, ce qui est beaucoup par rapport aux sauterelles et aux criquets. Chez les grillons néotropicaux, on trouve peu d'espèces banales à large aire de répartition, et donc beaucoup d'espèces endémiques.

 

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Femelle de Podoscirtidae. Cliché LD.

 

 

TB - Comment chantent-ils ?

 

Elle - Seuls les mâles adultes chantent, pour appeler les femelles. Ils relèvent leur première paire d'ailes, les élytres, les frottent l'une contre l'autre et en avant pour la stridulation. Une plage sans nervure, un peu élargie, présente sur les élytres, fait office de surface de résonance. La qualité musicale du chant des grillons s'explique par un spectre sonore très resserré autour d'une fréquence.

 

TB - Mais alors, peut-être peux-tu nous dire qui est ce qu'on appelle ici le forgeron ?

 

Elle - Celui qui fait "Tink... Tink..." ? Mais oui, c'est bien un grillon. Paragryllus martini, de la famille des Phalangopsidae. Les adultes vivent sous les écorces de la canopée. Ils mesurent plus de 5 cm de long, et sont beige marbré. Les mâles ont des éperons modifiés avec des glandes sur leurs pattes postérieures. On ne sait pas vraiment à quoi ils servent, peut-être pour maintenir la femelle pendant l'accouplement. Là où j'ai entendu le plus de forgerons, c'est justement ici dans la forêt de Sofaia, toujours la nuit évidemment.

 

TB - Sans vouloir être indiscret, dans quel cadre es-tu venue étudier ces insectes ?

 

Elle - Eh bien je fais partie du Museum National d'Histoire Naturelle, et nous avons pour projet de rédiger un mémoire sur les Orthoptères des Antilles françaises.

 

TB - Je tente une question qui fâche. Quel est ton point de vue d'entomologiste sur les risques liés aux prélèvements d'organismes vivants dans la nature ? Cela ne risque-t-il pas de nuire à la biodiversité ?

 

Elle - Il est nécessaire de faire des collectes pour connaître la biodiversité et être capable de la préserver. Mais je suis contre les inventaires par piégeage tous azimuts, ou les échantillonnages de masse, sans étude associée. Ce type de prélèvements est dangereux car il peut affaiblir ou faire disparaître certaines populations. Je pense qu'il faut toujours associer des observations sur la biologie lorsqu'on fait des prélèvements.

 

Encore elle - Une petite histoire pour finir. En Guadeloupe, il y a une espèce de grillons très commune dans les pelouses, Anurogryllus muticus. Eh bien cette espèce vit presque socialement. Les femelles vivent et pondent dans un terrier. Lorsque les jeunes ont éclos, elles les soignent en leur apportant à manger des petits fragments d'herbe.

 

Toujours elle - Et en cadeau spécialement pour les fidèles d'AEVA, le chant de deux espèces de grillons. Je dois avouer que l'espace acoustique guadeloupéen est occupé par les... grenouilles, qui font un vacarme dont je n'étais pas coutumière. Les grillons se font tant bien que mal une petite place dans ce tintamarre.  

 

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Amphiacusta Amphiacusta chantant. Cliché LD.

Podoscirtidae Podoscirtidae

  

TB - Incroyable ces mélodies. Mais nous reprendrons cette discussion une autre fois, car je dois rendre l'antenne (mauvais jeu de mots d'entomologiste). Merci Laure pour cet entretien et à vous les studios.

Sétékri par Le Toto-Bois - dans Entomo
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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 13:10
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Acropmyrmex octospinosus - Cliché INRA Antilles-Guyane

Fourmis-manioc (Guadeloupe), Bibijaguas (Cuba), Zampopos (Guatemala), Bachacos (Trinidad), Quemquem (Brésil), Leaf-cutting ants (USA). Jolis noms des fourmis Attines exclusivement présentes dans le nouveau monde. 

La fourmi-manioc Acromyrmex octospinosus a été signalée pour la première fois en Guadeloupe en 1954 à Morne-à-l'eau. L'origine de cette introduction n'est pas certaine, l'hypothèse la plus vraisemblable est l'introduction fortuite d'une femelle fécondée, apportée de Trinidad ou de Guyane. Quinze ans plus tard, elle occupait le quart de la Grande-Terre, en 1976, elle débarquait en Basse-Terre, en 1982 elle prenait ses quartiers au Lamentin, et en 2000, elle n'épargnait plus que le quart sud-ouest de la Basse-Terre. Aux Antilles, la fourmi-manioc n'est présente que sur les seules les îles de Cuba, Guadeloupe, Carriacou, Trinidad & Tobaggo. Les particuliers et les agriculteurs vous le diront, ses populations sont  très largement implantées dans les jardins, les friches, les zones cultivées.

Fourmi-manioc-ailees.jpg

Cette dispersion est rendue possible par l'essaimage de fourmis ailées, qui parviennent dans certains cas à fonder de nouvelles colonies.

Les ouvrières découpent des morceaux de végétaux (feuilles, fleurs, tiges, graines...), qu'elles apportent dans leur nid souterrain. Ces fragments végétaux servent de substrat à un champignon mycélien cultivé par les fourmis. 

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Meule de champignon souterraine


Substrat-Fourmi-manioc.jpg

Préparation du substrat

Ces dernières réalisent des boutures du champignon, et le récoltent, pour se nourrir et nourrir les larves. Bénéfice pour les fourmis : apports de sucres, d'acides aminés, de stérols, accès à la biomasse cellulosique, détoxification de certains composés végétaux. Bénéfice pour les champignons : alimentation, protection, environnement stable. Des méthodes de lutte chimiques efficaces ont été mises au point, il s'agissait d'appâts très appétants que les ouvrières rapportaient dans les nids. Ces dernières s'empoisonnaient alors en mâchant les granulés, astucieusement confits au chlordécone. Cette méthode n'est plus disponible depuis de nombreuses années.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Sauf que cette espèce est très polyphage, et ne se contente pas des fruits et légumes aimablement mis à sa disposition par la communauté humaine. Depuis une quinzaine d'années, elle a franchi le pas, et est désormais bien présente dans le massif forestier de la Basse-Terre. Elle cause des dégâts importants, et dans certaines zones une mortalité très importante chez les Fougères arborescentes du genre Cyathea. On a donc ici l'exemple d'une espèce introduite, qui a mis plusieurs décénies à atteindre les zones forestières et qui menace désormais un écosystème exceptionnel.

Le seul insecticide encore homologué pour lutter contre la fourmi-manioc est en passe d'être supprimé du marché, et il est de toutes façon illusoire de penser que la lutte chimique puisse être opérante dans les milieux naturels, où les nids sont difficilement accessibles. Sans compter que tout de même ce n'est ni sérieux  ni autorisé d'utiliser ce genre de méthodes dans la zone centrale du Parc National, où la fourmi-manioc est très présente.

La recherche s'est longuement penchée sur le cas de cet Hyménoptère, au risque de prendre un lumbago. La connaissance a progressé, mais rien n'a pu déboucher sur des méthodes de lutte altternative. Ces pestes de fourmis sont rétives à la lutte biologique, car pourvues de glandes exocrines qui secrètent des antibiotiques, efficaces contre bon nombre de bactéries ou champignons entomopathogènes.

Des essais réalisés à l'INRA en 1987 ont montré que la pulpe de calebasse fraîche avait un effet sur les nids : sur 10 nids traités, 3 furent tués, 3 déplacés et 3 temporairement 'déprimés'. Et le le dixième nid ? Ni chaud ni froid. Ces essais n'ont pas été poursuivis, la faisabilité de cette lutte ayant découragé les bailleurs de fonds.

La littérature récente mentionne des essais insecticides avec des matières actives non encore utilisées sur les Attines, ou avec des composés extraits de plantes. Les résultats sont peu concluants, et la réglementation française n'autorise pas l'emploi d'insecticides non homologués en Europe, même s'il s'agit de substances naturelles. Une publication brésilienne de 2003 met en évidence une souche de Bacillus thuringiensis (bactérie entomopathogène) efficace contre le genre Acromyrmex, mais depuis, plus rien.

Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, et ces propos n'engageant que moi, je crois qu'il va falloir faire avec ces petites bêtes pendant quelques temps encore.

Sources
Febvay, G., 1981. Quelques aspects (anatomie et enzymologie) des relations nutritionnelles entre la fourmi Attine Acromyrmex octospinosus (Hymenoptera - Formicida) et son champignon symbiotique. Thèse de docteur-ingénieur, INSA Lyon. INRA Zoologie Guadeloupe, 196 pp.
Kermarrec A., 2001. Validation des qualités attacides de la pulpe de calebasse - Pré-acquis et proposition d'expertise en expérimentation. Note interne INRA, 2 pp.
Patin M., 2007. Analyse des facteurs de répartition spatiale des dommages causés par la fourmi-manioc Acromyrmex octospinosus sur les fougères arborescentes du genre Cyathea. Mémoire de Master 2 en Sciences et technologies Biodiversité tropicale, Université Antilles-Guyane,  41 pp.
CAB Abstracts.

Sétékri par le Toto-Bois - dans Entomo
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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 12:54
Fidicina mannifera, adulte et exuvies. Cliché C. Pavis

... ayant chanté tout l'été (et l'hivernage, et le Carême...), ne se trouva guère dépourvue quand la bise cyclonique fut venue.

Vous l'avez constaté ? Je ne vous apprends rien.

Depuis quelques années, le paysage sonore a changé en Basse-Terre. Plus moyen de faire une sieste tranquille dans certains cantons, quand ce n'est pas le bus qui klaxonne, c'est la cigale qui vous vrille les oreilles.

J'ai décidé de réagir, car j'entends trop souvent un discours du genre 'Ah oui, c'est encore un coup de l'INRA, comme la fourmi-manioc. Ils travaillent dessus, alors ils en ont importé, et maintenant il y en a partout'. J'ai donc décidé, comme tout bon journaliste qui se respecte, d'aller vérifier l'information. J'ai sollicité Daniel Marival, technicien à l'INRA, pourvu de solides connaissances en entomologie (en plus d'une certaine dose d'humour, ce qui ne peut pas nuire par les temps qui courent).

La commande était simple : 'Dis-moi tout ce que tu sais sur cette fichue Cigale".
Et voilà le travail.

De la famille des Cicadidae, les cigales sont de lointaines cousines des punaises. Ces insectes sont présents dans les régions tropicales et subtropicales et jusque dans le sud de l’Europe. Elles sont reconnaissables à leur corps massif et à leur tête triangulaire avec des antennes très courtes prolongées par une longue trompe rectiligne logée au repos entre la base des pattes avant. Leurs quatre ailes sont transparentes, membraneuses et disposées en toit au-dessus du corps, mais ce sont généralement nos oreilles qui les reconnaissent en premier. Les adultes vivent sur les grosses branches des arbres, se confondant avec l’écorce. Pour attirer les femelles, les mâles chantent  des sérénades dont l'aspect mélodieux est tout relatif. Ces sons, variables selon les espèces et les circonstances, sont produits par une caisse de résonance constituée d’un double tambour formé de cymbales actionnées par des muscles. Les cigales ont inventé l’oreille débrayable : quand un mâle se tait, il écoute les autres [ce qui n'est pas donné à tout le monde, ndlr], mais quand il chante, il détend son tympan, ce qui lui permet de devenir sourd et de ne pas être gêné par ses propres émissions sonores. Concerts gratuits donc en certaines clairières ou endroits boisés de Petit-Bourg, Lamentin, Sainte-Rose ou Goyave... La chanteuse se nomme Fidicina mannifera. Les services d'immigration situent son arrivée entre 1985 et 1989 [d'après le brigadier-chef Jean Etienne, ndlr]. Elle est originaire du bassin amazonien, et est présente en Guyane.
Ce que vous ignoriez sans doute (malgré tout le respect que je vous dois), c'est qu'une autre espèce est présente en Guadeloupe. Plus petite et plus discrète, endémique aux petites Antilles, elle répond au doux nom de genre de Proarna.

 


Proarna sp. Cliché C. Pavis

Après la rencontre des sexes, la femelle insère ses œufs dans les écorces ou les rameaux des arbres. Quelques temps après, une larvule sort de l’œuf, se laisse tomber à terre et disparaît en s’enfonçant dans le sol, grâce à ses pattes avant transformées en pelle et en pioche. Cette larve y vivra de deux à cinq ans ou plus selon l’espèce, en suçant la sève des racines. Après quatre ou cinq mues, elle gagne la surface, se fixe sur un support et commence sa transformation. La peau se fend, la tête et les pattes sortent, puis les ailes, puis émerge l’adulte, l’ancienne dépouille restant accrochée à son support.

Il est probable que c’est à l’état larvaire, comme passager clandestin dans du terreau ou un pot de fleur que les cigales Fidicina sont arrivées en Guadeloupe. On ne signale pas pour le moment de dégâts aux végétaux liés à cette espèce. Pipirits et Gli-glis sont capables d'en capturer en vol.


Merci Daniel pour ces éclaircissements. Méthode de lutte respectueuse de l'environnement et du principe de précaution : la boule Quiès.   

Sétékri par le Toto-Bois - dans Entomo
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29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 21:45
Aujourd'hui, un peu de légèreté, point de sujets qui fâchent (vous ne perdez rien pour attendre).

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Photo P. Feldmann

Vous connaissez tous les chenilles rasta (Pseudosphinx tetrio), qui découpent joliment les alamandas et les frangipaniers dans vos jardins… Du travail d’entretien en moins, c’est toujours appréciable. Personnellement, je ne fréquente pas les mêmes milieux et jusqu’à nouvel ordre ne consomme pas ces chenilles malgré mon régime de pic partiellement insectivore.
 
Liliane nous a transmis quelques observations intéressantes, permettant de répondre à la question bien légitime « mais à quoi peut bien ressembler le papillon de cette chenille ? ». En exclusivité donc, de notre envoyée spéciale à Leroux en côte sous le vent dans la campagne de Gosier.
 
Cet été nous avons décidé de laisser manger notre frangipanier jusqu’à la dernière feuille par les chenilles du Sphinx du même frangipanier. Le résultat est assez chouette. Les chenilles repues se sont laissées tomber à terre et sont restées immobiles sous la forme d’une pré-nymphe toujours à rayures pendant au moins deux semaines. 

Nymphe-immobileLeroux-128-copie-1.jpg
Photo L. Frenkiel
Excusez le flou de l'image, il y avait de la brume dans mes lunettes

Nous en avons délicatement transféré deux dans une boite à fenêtre pour enfin voir ce qui pouvait bien en sortir. Après une mue, une nymphe rouge sombre est apparue, se manifestant de temps à autre par quelques soubresauts. L’imago a émergé en plein jour en laissant une mue bien fendue du côté thorax.
Nous l’avons photographié pour la postérité avec ses deux mues et l’avons laissé en liberté.

sphynx-et-ses-deux-muesLeroux-161.jpg
Photo L. Frenkiel
Il a attendu la nuit pour partir vers son destin. Le second a fait la même chose (nous sommes statistiquement sérieux à AEVA, nous faisons des répétitions…).
 
Prochaine histoire de mue, bientôt j'espère, mais cette fois-ci d'un vertébré mystérieux. 
Dernière minute.
Des plaintes me sont parvenues des 4 coins de l'univers, d'aucuns affirmant que la chenille rasta, ce n'est pas du tout ça. Mon sang n'a fait qu'un tour, et mon noir plumage a blêmi à l'idée qu'une inexactitude scientifique se soit glissée dans le blog. Eh bien tant mieux, personne n'a tort dans l'affaire, une autre chenille rasta étant cataloguée dans le grand livre de la nature (comme quoi les noms latins ça a du bon).
Il s'agit de Syntomeida epilais, qui vous propose un défilé de mode dans le site de Ti-racoon.
Jolie, sans aucun doute, mais bien moins ancienne que MA chenille rasta, puisque cet insecte (qui a par ailleurs la fâcheuse habitude de manger les lauriers) a été signalé pour la première fois en Martinique en 1981, et en Guadeloupe en 1992.
 
Sétékri par le Toto-Bois & Liliane Frenkiel - dans Entomo
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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 16:10
Uranus-leiulus.jpg

En 2005, si vous habitez la Basse-Terre, vous avez sûrement remarqué des vols de papillons noirs et vert bleuté. Quelle est donc cette espèce ? Depuis quand est-elle en Guadeloupe ? Est-elle apportée par les vents lors des cyclones ? Que mange-t-elle ? Quelle est la dynamique de sa population ? Pourquoi tant de haine ?
Autant de questions sur lesquelles nos meilleurs limiers ont planché, l’affaire étant d’importance. Interpol a même été mis sur le coup, car de semblables volatiles sont observés sur le continent sud-américain (en Guyane, ils sont appelés 'Chinois'), à Trinidad, et plus rarement dans les petites Antilles.
Grâce à une organisation du travail quasiment stakhanoviste, nous sommes maintenant en mesure d’apporter quelques modestes réponses au citoyen curieux des choses de la nature.
 
Identité ?
Ce fut le point le plus facile à établir. Urania leilus. De la famille des Uranidae (on s’en serait douté). Cette famille fait partie des papillons de nuit, autrement dit des hétérocères (un peu d’étymologie ne fera de mal à personne : hétéro=différent, cère=antenne, dans ce groupe des papillons de nuit, on observe de nombreux types d'antennes différentes). Mais curieusement, le genre Urania a des moeurs plutôt diurnes.
 
Date d’arrivée sur le territoire ?
Là ça se corse un peu, car on travaille sans filet, à dires d’experts et de quidams. Mais en recoupant les témoignages, une chose est sûre, la présence d’Urania en Guadeloupe ne date pas d’hier. Les citations les plus anciennes remontent aux années 70 sur le site de Valombreuse, où il aurait été aperçu assez régulièrement depuis cette époque, en quantités variables. Mais pas de pullulations telles qu’en 2005. Des habitants de la zone Goyave-Capesterre rapportent des vols importants, au moins en 1998 et 2001. Ca se précise. A ce stade, on ne sait pas encore si Urania vient passer ses vacances en Guadeloupe occasionnellement, où si c’est un travailleur immigré, qui a pris ses quartiers permanents. En tout état de cause, le Ministère de l’Intérieur a été informé, et planche actuellement sur un prototype de charter miniature pour reconduite à la frontière.
A l'heure où je vous parle (début 2008, j'ai un peu laissé refroidir cet article), les choses ont changé, c'est quasiment comme si Urania avait ses papiers : il est maintenant observé chaque année en quantité. Malgré toutes ces précisions, difficile de dire si l'espèce est présente en très faibles quantités depuis la nuit des temps, où d'introduction plus récente. Nous n'avons pour l'instant pas d'éléments pour dire s'il s'agit ou non d'une émigration liée aux activité humaines.
 Où en d'autres termes s'il s'agit d'une espèce exotique envahissante.

Régime alimentaire ?
Alors là, ça a été dur. On avait beau observer les bêtes adultes (appelés aussi imagos, ne me demandez pas la racine latine, je n’en ai aucune idée) au bord des routes, dans le lit des rivières, dans les jardins, pas trace de chenilles suspectes. Les adultes fréquentaient souvent des établissements tels qu’arbres florifères, probablement pour se nourrir de nectar (citons le Pois doux Inga sp. …). Il a fallu toute la ténacité de notre ami et néanmoins éminent entomologiste, Gérard Chovet pour découvrir le pot-aux-roses, ou plutôt la Liane-papaye (Omphalea diandra, une Euphorbiacée), dont se gavent sans vergogne les chenilles d’Urania. En consultant la base de données issues de la Flore de Jacques Fournet, je vois que le statut indiqué pour cette espèce est 'rare', et qu'elle est présente en Guadeloupe (hors dépendances) et Martinique (voir fiche). En creusant un peu, j'apprends qu'elle habite plutôt dans les coins humides, les fonds de vallée, les ripisylves, et qu'elle serait très rare en Martinique. Tout celà pose plus de questions que ça n'en résout. Si la plante-hôte est rare, comment fait-elle pour nourrir toutes ces chenilles ? Y aurait-il une plante-hôte secondaire inconnue ? Le schmibilibilik est-il vert ? J'ai pu interviewer Daniel Marival (espèce rare : à la fois entomologiste et botaniste), il estime que cette Liane-papaye n'est pas ou plus si rare que ça en Guadeloupe, il l'observe fréquemment en différentes localités des communes de Petit-Bourg, Lamentin, Goyave, et rapporte qu'on lui a signalée à Sainte-Rose. Les lianes poussent sur les arbres, et les graines sont disséminées, ou germent au pied des arbres.

Impacts sur les milieux ?
Impact esthétique certain (à condition d'aimer les couleurs fluo, et les papillons écrasés sur le pare-brise).
Impact agronomique nul, ce n'est pas un ravageur des cultures (pour l'instant, il ne veut rien manger d'autre que la liane-papaye).
Et impact sur les milieux naturels me direz-vous ? Difficile à dire, il faudrait aprofondir un peu ses relations avec la plante-hôte, et mieux connaître la répartition et l'abondance de cette dernière.

C'est ça qui est énervant, rien n'est simple.
Sétékri par le Toto-Bois - dans Entomo
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