11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 13:15
Main dans la main, ou le meilleur moyen de protéger les tortues

Main dans la main, ou le meilleur moyen de protéger les tortues

Petite histoire du premier projet de conservation des tortues marines de la Guadeloupe et des débuts du réseau d’observateurs bénévoles

En 1998, un premier projet de conservation des tortues marines de la Guadeloupe fut élaboré et piloté par Olivier Lorvelec, de l’association AEVA, dans le cadre d'un partenariat entre l’AEVA et la DIREN. Jacques Fretey, spécialiste international des tortues marines et de leur conservation, y apporta son expertise scientifique. Parallèlement, Olivier créa et anima le premier réseau d’observateurs, constitué de bénévoles dans les différentes îles. En 1998, Claudie Pavis était déjà la présidente d'AEVA et Michel Sinoir le directeur de l’environnement de la Guadeloupe.

Toti la sé tan nou

Comment débuta ce projet de conservation et le réseau ?

Michel Sinoir avait organisé une réunion à la DIREN, le 11 mars 1998, afin de développer une stratégie d’actions sur la faune sauvage. A cette occasion, Olivier évoqua notamment le thème des tortues marines, sur lequel AEVA travaillait déjà. L'association avait constitué un mini-réseau d’observateurs aux Saintes et suivait la reproduction aux îlets de Petite Terre. Michel Sinoir avait rebondi sur cette présentation en demandant à AEVA de travailler à un projet de réseau à l'échelle de la Guadeloupe, qui comprenait à l’époque la partie française de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Il demanda également l’intégration à un réseau national ou régional caribéen.

Olivier répondit par l’affirmative. Il entreprit alors la rédaction du premier projet de stratégie de conservation et la création d’un réseau d’observateurs bénévoles. Cette démarche permettait de coordonner les différents acteurs déjà engagés ou qui allaient bientôt l’être : AEVA, association Évasion Tropicale, ONF (Réserve naturelle des îles de la Petite Terre), Réserve naturelle du Grand cul-de-sac marin (aujourd'hui Parc National de la Guadeloupe), Brigade Mobile d'Intervention de l’ONC (aujourd’hui ONCFS), Fortuné Guiougou, Aquarium du Gosier, Municipalité de Terre-de-Haut des Saintes, association Grenat (Saint-Barthélemy), etc. Tous les participants ne peuvent être cités nommément dans ce bref historique et nous nous en excusons auprès d’eux. Ces acteurs étaient conscients des nombreuses menaces qui pesaient sur les tortues marines dans les eaux et sur les plages guadeloupéennes, malgré la protection intégrale dont elles bénéficiaient depuis 1991. Lors de cette réunion de mars 1998, Michel Sinoir avait aussi demandé à Olivier de prendre l'animation d’un projet sur le lamantin ! La proposition avait été déclinée...

La première réunion dédiée à ce projet élargi s'est tenue le 9 juillet 1998 à la DIREN. Olivier et Mylène Musquet-Valentin, de la DIREN, avaient réuni les différents acteurs et Olivier avait invité Jean Lescure, Jacques Fretey et Peter Pritchard, spécialistes reconnus des tortues marines, qui étaient de passage en Guadeloupe. Satisfait, Michel Sinoir avait décidé que la DIREN soutiendrait et financerait le projet.

En octobre 1998, un premier document d'AEVA (Fretey & Lorvelec, 1998) détaillait les objectifs, les acteurs et leurs zones de suivis, l’intégration au niveau national et au niveau international, le dossier administratif et les moyens mis en œuvre pour réaliser le projet.

L’année 1999 fut riche en actions et observations. Point fort, en janvier 1999, Olivier organisait avec Jacques un stage d'acquisition de connaissances sur les tortues marines à destination des membres du réseau, puis un stage de terrain en juillet-août à Petite Terre pour le suivi des pontes. À l'époque, pas de maison des gardes, et confort minimum garanti !

Lagon de Petite Terre

Lagon de Petite Terre

Le rapport d'AEVA n°21 de juin 1999 (Lorvelec & Fretey, 1999) livrait un premier bilan pour un projet de conservation. La stratégie, déjà en partie présentée dans le document d’octobre 1998, se déclinait ainsi : constituer un réseau d’observateurs, former les acteurs à la biologie de la conservation et à la réglementation, évaluer au niveau qualitatif et quantitatif les populations de la Guadeloupe, évaluer les menaces encourues, marquer des individus, réaliser des prélèvements pour des analyses génétiques et mettre en place rapidement un plan de gestion. D’autres rapports AEVA suivirent en 1999, 2000 et 2001.

A partir de décembre 2000, Claudie prenait en charge la rédaction du bulletin de liaison du réseau : L'Éko des Kawann.

L'archivage ça a du bon...

L'archivage ça a du bon...

Cet historique souligne qu'AEVA et la DIREN ont eu l'initiative de la création du réseau et du projet de stratégie de conservation dès 1998. Juillet 1998 peut être considérée comme la date de création du réseau, qui a fêté en 2019 ses 20 ans d’existence.

Il nous donne également l’occasion de remercier ceux qui avaient travaillé sur les tortues marines des Antilles françaises avant 1998 : le père Pinchon, Alain Kermarec, Jean Lescure et Jacques Fretey, dont les travaux avaient déjà tiré la sonnette d'alarme sur les nombreuses menaces pesant sur la survie des tortues marines dans les Antilles françaises.

Il nous permet enfin de remercier les responsables qui se sont succédés à la tête du projet. Après le départ d’Olivier pour l’Hexagone, à la fin de l’année 1999, AEVA conserva un temps la responsabilité du projet de conservation et du réseau, par l’intermédiaire de Gilles Leblond en 2000, puis de Claudie Pavis en 2000 et 2001. Johan Chevalier prit le relais en 2002 dans le cadre de l’ONCFS. Il rédigea le « Plan de restauration des tortues marines des Antilles françaises » en 2003, plan qui fut validé en 2006. Après son départ en 2003, Éric Delcroix reprit le flambeau, d’abord dans le cadre de l’association Kap’Natirel, puis au sein de l’ONCFS. Il coordonna le réseau pendant pas moins de 10 ans, de 2004 à 2014. Par ailleurs, un réseau similaire démarra à la Martinique en 2003. Antoine Chabrolle, également à l’ONCFS, succéda à Éric de 2014 à fin 2016. Depuis 2017, c’est Sophie Lefèvre, travaillant à l’ONF, qui a pris le relais pour l'animation en Guadeloupe.

De nombreux organismes et animateurs se sont donc succédés, toujours soutenus par la DEAL (ex DIREN) de la Guadeloupe, pour faire avancer le projet. A ce jour, le second « Plan national d’action en faveur des tortues marines des Antilles françaises » est décliné pour la période 2018-2027.

Si nous nous sommes volontairement limités aux débuts du projet, nous n’oublions pas que de très nombreuses actions ont été menées par la suite, qui peuvent être consultés dans les différents documents produits par les organismes en charge de l'animation.

Des temps anciens aux temps modernes (cliché C. Pavis). Exposé AEVA sous le carbet de Petite Anse de Vieux-Habitants en 2002.  Au second plan, Fortuné Guiougou, Yohan Chevalier et André Lartiges. Au premier plan, Mathieu Roulet et Benoît Thuaire (stagiaires) et Anthony Levesque.

Des temps anciens aux temps modernes (cliché C. Pavis). Exposé AEVA sous le carbet de Petite Anse de Vieux-Habitants en 2002. Au second plan, Fortuné Guiougou, Yohan Chevalier et André Lartiges. Au premier plan, Mathieu Roulet et Benoît Thuaire (stagiaires) et Anthony Levesque.

Documents cités

Fretey, J. & Lorvelec, O. (1998). Stratégie de conservation des tortues marines de l’archipel guadeloupéen. Projet. DIREN-Guadeloupe, AEVA, Plan d’action national tortues marines, Plan régional WIDECAST, 1er octobre 1998, 12 pages.

Lorvelec, O. & Fretey, J. (1999). Stratégie de conservation des tortues marines dans l’archipel guadeloupéen. Phase 1 (1999). Rapport préliminaire. AEVA (Petit-Bourg, Guadeloupe), DIREN de la Guadeloupe (Basse-Terre, Guadeloupe), UICN (Paris). Rapport de l'AEVA N°21, juin 1999, 7 pages et 9 annexes.

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