Sujets qui fâchent

Vendredi 22 mai 2009 5 22 /05 /2009 03:01
Chronique du défrichement ordinaire ?

Pour certains riverains de la Lézarde, le paysage vient de changer.

Depuis quelques centaines de milliers d'années, s'offrait à la vue des habitants (reptiles, oiseaux et quelques mammifères) une crête forestière, culminant à quelques 80 mètres de haut.

Depuis quelques dizaines ou centaines d'années, des aménagements humains s'étaient bien manifestés aux alentours (cases d'habitation, construction d'un petit canal, chemin puis route). Mais le site restait malgré tout assez grandiose, avec cette vallée de la Lézarde butant sur des pentes forestières raides et relativement préservées.



Depuis quelques jours (à vue de nez, je dirais que ça s'est passé vers le 1er mai), un morceau est parti en fumée (sous les roues d'un bulldozer devrais-je dire), offrant à la vue des saignées de terre rouge. Depuis mon trou de cocotier situé sur la rive d'en face, je vois très nettement les dégâts. Pour les curieux, sur la carte IGN du Nord Basse-Terre au 25:1000, ça se trouve aux coordonnées 648 / 1791 altitude 81.

J'ai entendu un enfant du quartier : "Le monsieur n'avait pas demandé l'autorisation à la mairie, il va devoir replanter chaque arbre". Si la vie était aussi simple que ça, réparer d'un coup le décapage de tout un pan de colline...

Bien, je vais profiter de quelques heures de RTT (récupération du temps de tambourinage) que je vais pouvoir glaner pour mener l'enquête auprès des services de la commune et de l'ONF. Et également fouiller la biblio et interroger deux-trois savants pour savoir quelle valeur a cette forêt, en plus de sa valeur paysagère.


Par Le Toto-Bois - Publié dans : Sujets qui fâchent
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Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /2008 18:11

Ou encore The day after the Mercury day

Qu'est-ce donc que le Mercury day ?
Une manifestation qui, à en croire le dossier de présentation, constitue un évènement de rassemblement et de mixité sociale et raciale (sic), et qui plus est, met en avant le respect de l'environnement (re-sic). Les organisateurs évoquent la date du 30 août à l'Ilet Caret.

S'agirait-il d'une journée de découverte dédiée au lagon, du Grand Cul-de-sac Marin ? Avec en débat, comment protéger les herbiers de phanérogames marines, et leurs habitants (nurseries de poissons) et leurs consommateurs présents (tortues) ou futurs (lamantins lorsqu'ils seront réintroduits) ? Si c'est le cas, l'intention est louable, et tout-à-fait digne des objectifs du réseau d'aires protégés de la Guadeloupe, concerné par ce beau lagon (Réserve Naturelle du Grand Cul-de-Sac marin, qui fera bientôt partie intégrante du parc National, Réserve de Biosphère, site Ramsar). Des instances internationales, c'est formidable.

Bon, vous avez compris, Mercury c'est la marque de moteurs de bateaux. Une entreprise distributrice de ces moteurs organise depuis 3 ans une journée sur l'Ilet Caret, et la manifestation a connu l'an dernier une ampleur et un succès importants. Vous vous rendez-compte, les managers de Mercury avaient même fait le déplacement, et barboté gaiement dans le lagon avec les quelques 450 bateaux et 2 500 convives.

                    
Quelques-uns des esquifs               Sympa, on peut même venir avec son 4 x 4
 

Enfin, cette année le comité d'organisation propose de limiter à 350 bateaux, et 900 personnes (sans compter les 200 personnes du staff).

Mais cessons ce persiflage facile.
Vous me direz que l'Ilet Carte n'est pas dans une aire protégée, il est à l'extérieur de la Réserve naturelle.
Vous me direz qu'il faut bien développer les activités économiques.
Vous me direz qu'il ne faut pas sanctuariser la nature.

Mais tout de même, vous ne pensez pas que l'UNESCO ferait une drôle de tête en voyant ce que nous faisons de cette Réserve de Biosphère (Caret est dedans) ?
Vous ne pensez pas que par les temps qui courent, ce genre de manifestation donne un exemple déplorable ?

Sujet du Brevet des Collèges 2008 (calculettes autorisées) :
1) Mathématiques :
      a- sachant que 350 bateaux croiseraient gaiement, quel serait le coût carbone du Mercury day 2008 ?
      b- quelle serait la production en matière organique des 1 000 participants bien nourris du Mercury day 2008 ?
2) Education civique :
      a- sachant que plusieurs dizaines de milliers d'enfants et jeunes regarderaient ça à la télé, quel serait l'impact  citoyen du Mercury day 2008 ?
      b- sachant que les élus et l'Etat prônent le développement durable, qu'est-ce qui pourrait bien les pousser à encourager le Mercury day 2008 ?
3) Science de la vie et de la terre :
      a- sachant qu'environ 250 ancres racleraient les herbiers, quel serait le temps nécessaire à leur reconstitution ? 
      b- sachant qu'un jour peut-être le Lamantin sera réintroduit dans le Grand Cul-de-sac, quel serait alors la mortalité induite par le Mercury day 2018 ?

Je ramasse les copies dans 2 heures. Vous avez remarqué que j'ai utilisé le conditionnel, nous avons bon espoir que le Préfet n'autorise pas cette manifestation.

Et si vous n'avez rien de drôle à lire, vous pouvez télécharger le dossier de présentation du Mercury day.

Par AEVA le Toto-Bois - Publié dans : Sujets qui fâchent
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /2008 15:15


Cascade en Dominique - Aquarelle C. Pavis

Un coup de pub pour la canyoning ?

Non, nous commençons ici la série tant attendue des 'Dossiers qui fâchent', autrement dit ceux qui reviennent par la fenêtre quand on les a fait sortir par la porte.

Quand j'étais un jeune Pic inexpérimenté (et peu au fait de la réglementation), il m'arrivait de partir un sac empli de cordes au dos, de rejoindre une crête, puis un départ de ravine, qui se transformait peu à peu en rivière. Avec de la chance, nous arrivions à quelque cascade à franchir en rappel, ou toboggan à dévaler. Du canyoning sauvage en quelque sorte. Cette activité n'était pas autorisée dans la zone centrale du Parc National. Peu à peu, quelques opérateurs associatifs ou commerciaux y ont malgré tout  développé cette pratique, et la tirette d'alarme a commencée à être sonnée.

Que faire ? Telle était la question posée dans les instances du Parc.
Interdire ? Réglementer ? Et d'abord que disait le décret de création du Parc ? Est-il interdit d'interdire ce qui n'est pas autorisé ? Laisser faire puisque-de-toute-façon-on-ne-pourra-pas-l'empêcher ?

Comme souvent dans ces cas d'indécision, des études furent lancées pour estimer les impacts éventuels de la pratique du canyoning sur les espèces et les milieux.
Des débats furent organisés avec les opérateurs de canyoning pour recueillir leur point de vue.
Le Comité scientifique du Parc fut sollicité à maintes reprises sur la question.
Le Conseil d'administration également, sur la base des conclusions du précédent.
AEVA donna son avis sans qu'on le lui ait demandé.

Nous pouvons résumer cet avis de la façon suivante. Les milieux concernés par le canyoning en zone centrale sont d'une richesse exceptionnelle, tant par les espèces présentes que par les milieux concernés (ce n'est pas moi qui le dis, nous sommes quand même reconnus comme le 4ème hot spot de biodiversité mondiale). Il n'existe pas de milieux équivalents en Europe ni même à la Réunion, où les lits des rivières dédiées au canyoning sont beaucoup plus minéraux qu'en Guadeloupe. Les études montrent sans ambiguïté un impact négatif important de la pratique du canyoning sur les espèces et les milieux. Notre propre expertise de ces écosystèmes le confirme. Les impacts concernent les traces d'approche (destruction d'espèces végétales protégées, érosion, surcreusement, puis abandon de ces traces devenues impraticables, et ouverture de nouvelles traces), les abords de rivière (les berges et ripisylves sont des milieux à haute diversité biologique) et le lit des rivières (perturbation de la faune benthique, piétinement des fonds, raclage des toboggans)... Il est tentant de dire que les crues ou cyclones ont des effets bien plus dévastateurs, mais ce n'est pas exact, les écosystèmes étant par nature adaptés à ces aléas climatiques.

On ne peut pas dire que la peine des uns et des autres fût ménagée, ni qu'un consensus fût trouvé. Mais quand les enjeux de conservation sont forts, le consensus est-il souhaitable ?

Résultat des courses, un arrêté du Directeur fut pris en 2004, interdisant cette pratique dans la zone centrale.
Les rivières coulaient donc des jours heureux, quand tout d'un coup, patatras. Vous savez certainement (mais si) que tous les Parcs nationaux français font leur toilette cette année : et hop, nouveau décret pour tout le monde, je ne veux voir qu'une tête. Grosso modo, la philosophie est de dire : ce qui était protégé le reste et celà apparaît dans le décret, et un certain nombre de réglementations sont précisées dans la charte, co-construite avec les collectivités, les usagers etc... Cette charte est révisée périodiquement, alors que le décret est un peu plus gravé dans le marbre.

Ceux qui suivent voient où je veux en venir : où faut-il donc inscrire l'interdiction du canyoning pour qu'elle ait un maximum de pérennité ?

La suite au prochain épisode, et quelques saines lectures pour creuser un peu les questions scientifiques, sociétales et réglementaires :

La question du canyoning dans le Parc national de la Guadeloupe. J. Leconte, J. Jérémie, C. Sastre, P. Feldmann, J. Fournet, D. Imbert, A. Rousteau, J.-F. Bernard, D. Monti, P. Vilard, 2004. Note de synthèse, 5 pp. 
Réflexions sur les enjeux d'un territoire protégé ouvert au public : Parc National de la Guadeloupe et pratique du canyoning. Pavis C., 2004. Note préparatoire au groupe de travail de janvier 2004, 2 pp.
Position sur la pratique du canyoning en zone centrale du Parc national de la Guadeloupe. AEVA, 2003, 2 pp.
Motion relative à la protection des Orchidées en Guadeloupe. CNPN, 2003, 1 p.

Par le Toto-Bois - Publié dans : Sujets qui fâchent
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Dimanche 8 juin 2008 7 08 /06 /2008 12:05


Dessin C. Pavis

Dernièrement, je me suis bricolé une boîte aux lettres à l'entrée de mon tronc de cocotier, et figurez-vous que j'ai reçu le dernier numéro du Courrier de l'environnement de l'INRA (j'ai l'impression qu'ils ont une politique de diffusion de l'information assez large). Grâce aux actions d'alpha-bébètisation dont j'ai pu bénéficier récemment, j'ai réussi à lire jusqu'au bout un article sur la biodiversité. Et le plus incroyable, c'est que j'ai à peu près tout compris. Ca m'a donné à réfléchir sur des phénomènes qui nous concernent largement nous autres tropicaux insulaires, j'ai donc décidé de vous en faire profiter.

Je vous invite à cliquer ici (600 ko) pour télécharger cet article d'Hervé Le Guyader : La biodiversité, un concept flou ou une réalité scientifique ? Le Courrier de l'environnement de l'INRA numéro 55, février 2008, pages 7-26.  Certains points qui y sont évoqués ont été l'objet de discussions au sein de l'association. Nous pourrons développer ces points de vue un peu plus tard, lorsque vous aurez pris connaissance de l'article

Merci à cette revue pour son aimable autorisation, et surtout pour la qualité de ses articles. Si vous ne me croyez pas, vous n'avez qu'à aller voir vous-mêmes .

Par le Toto-Bois - Publié dans : Sujets qui fâchent
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