30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 14:04

Mythe ou réalité ?

 

Volant ou soucougnan ?

 

Un oiseau cher à nos coeurs, probablement parce que porté disparu de Guadeloupe.

 

Disparu c'est vite dit. Certains d'entre nous, parmi les plus fous (folles), croient encore à ce diable.

 

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Pétrel Diablotin. Diablotin errant. Pterodroma hasitata.Oiseau de mer de la famille des Procellariidae.

 

Come back au siècle dernier. La Bible en la matière (Raffaele et al., 1998) nous dit, à peu de choses près : "Mes biens chers frères, le Diablotin émet trois cris distincts, dont l'un ressemble à la plainte d'un jeune chien blessé". Cette particularité, ainsi que sa façon de voleter en tous sens, lui auraient-il donné sa réputation de diable ?

 

Revenons à des considérations moins théologiques, et un peu plus ornithologiques que diable ! (pardon ça m'a échappé).

 

Cette espèce est classée au niveau mondial par l'UICN comme en danger d'extinction, et en danger critique d'extinction au niveau régional. Eradiqué de Guadeloupe où un tremblement de terre avait rasé sa dernière colonie du Nez Cassé au 19ème siècle, survivante de chasses mémorables au chien et au bâton décrites depuis le Père Labat, elle a été considérée comme éteinte de ce monde. Redécouverte à Haïti par David Wingate, en 1963 volant la nuit aux alentours de la Montagne de la Selle, ce n’est que depuis les année 2010 que ses sites de nidification sont bien connus grâce à l’usage de techniques de détection élaborées (radar mobile, caméra thermiques,…). Mais aussi ses zones de prospections pélagiques nouvelles au large du Vénézuela grâce à un suivi par satellite en 2014. Ce n’était pas son coup d’essai, David étant déjà le redécouvreur et spécialiste du proche cousin du Diablotin, le Pétrel de Cahow, qui nichait sur moins d’un ha aux Bermudes, après 300 ans d’extinction supposée !

 

L'espèce niche dans des crevasses ou des trous situés dans des falaises escarpées et boisées, entre 1500 et 2 000 mètres d'altitude. Un biotope qui ne court pas les rues me direz-vous. Les rues non, mais les pentes de la Soufrière, pourquoi pas ? La face sud du Nez cassé pourrait être propice, et être le théâtre des retours nocturnes de ces oiseaux, qui passent leurs journées à driver en mer.

 

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A 6 reprises entre dans les années 1990 et jusqu’au milieu des années 2 000, menées par leur pasteur Philippe, les troupes d'AEVA ont fait le pèlerinage nocturne sur les pentes de la Soufrière. Ils ont sué sang et eau, ont essuyé des pluies froides, traversé des torrents en crues, ont trébuché dans les sombres sentiers, en se raccrochant aux branches des arbres abattus par un  cyclone, ont tendu l'oreille, ont espéré... et s'en sont toujours retournés bredouilles mais le cœur content de l'aventure. Enfin, presque tous car certains étudiants de l’Université n’ont jamais retrouvé les forces (ou le courage ?) pour participer à de nouvelles sorties d’AEVA. La rumeur s’en est répandue jusqu’au pays de deux autres Pterodroma, le Pétrel de Barau et le Pétrel noir de la Réunion, où le spécialiste local de ces volatiles, Mathieu Le Corre, racontait encore 10 ans après l’histoire de ses étudiants réunionnais qui avaient été emmenés par quelques fous la nuit sur les pentes de la Soufrière. 

 

 

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Et ne voilà-t-il pas que Marion, une de nos sympathisantes, qui répond au surnom de "Marouette ponctuée" (ceci est une autre histoire, déjà racontée sur ce blog). Je disais donc, la Marouette s'était mis en tête de voir tout un tas d'oiseaux avant son départ de Guadeloupe. Madame s'était prise de passion pour l'ornithologie, allez comprendre pourquoi. Elle et ses fidèles amis, arpentaient la mer en quête de Baleines à bosses. Je vous livre les récits successifs d'Antoine et Marion, chacun dans leur style. Suivis par un débriefing d'Anthony Levesque, qui a accepté de nous livrer ici le détail de ses observations en mer.

 

Antoine


"Pour tout amoureux d’ornithologie, l’observation de certaines espèces d’oiseaux est de l’ordre du privilège, le pétrel diablotin en fait partie.

 

Autrefois nicheur sur les pentes herbeuses de la Soufrière en Guadeloupe, le pétrel Diablotin Pterodroma hasitata est un oiseau pélagique qui passe la plus grande partie de sa vie en pleine mer.

 

La seule manière d’observer cet oiseau, comme bien d’autres oiseaux marins, est de scruter durant des heures depuis le haut d’une falaise, le passage éventuel d’un oiseau au loin entre les vagues.

 

Pour ma part, le simple nom de "Diablotin" résonne comme un mythe qu'il faut découvrir.

 

Plus qu’une simple vigie, c’est une véritable traque depuis les meilleurs sites d’observation en mer de Guadeloupe, que sont la Pointe des Châteaux, l’ancienne station météorologique de la Désirade ou le phare de Petite Terre. La prise de renseignement auprès de pêcheurs qui auraient aperçu cette espèce fait partie du dispositif de recherche de l’espèce. Mais cet oiseau solitaire est comme un fantôme dans les eaux de l’archipel guadeloupéen…, dont les mois de décembre, janvier et février sont les plus propices d’après les données historiques.

 

Il est un proverbe qui dit que « tout vient à point pour qui sait attendre… »

 

Les membres de l’association OMMAG connaissent bien ce proverbe, eux qui passent des heures en mer en quête d’un souffle, d’une dorsale ou d’un lointain chant de baleine résonnant dans les profondeurs abyssales.

 

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Le samedi 8 février 2014, Nelly, Marion, Laurent et moi-même embarquons depuis le port de la Désirade, pour une mission de recherche des premières baleines à bosses.

 

Notre capitaine Dany nous propose de prospecter la côte nord et est de la Désirade. Nous espérons désespérémment nous rapprocher d’un mâle de baleine qui manifeste vocalement sa présence.

 

 

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Cette pérégrination à travers une mer formée nous amène dans le canal situé entre la Désirade et Petite Terre. Positionné à l’avant du zodiac, je scrute l’horizon quand, j’aperçois planer au dessus des vagues un oiseau marin qui poussé par le vent, glisse dans notre direction. Non ce n’est pas un mirage…. DIABLOTINNNNNNN, DIABLOTINNN, DIABLOTINN, les autres passagers qui n’ont pas repéré l’oiseau comprennent difficilement l’émotion qui s’empare de moi, jusqu’à ce que l’oiseau croise notre embarcation à quelques dizaines de mètres.

 

Sans un battement d’ailes, le pétrel nous présente l’ensemble de son plumage gris, blanc et noir et s’éloigne vers le nord.

 

Quand on sait que notre mentor guadeloupéen (Anthony Levesque) a passé près de 760 heures, accroché à sa longue-vue avant d’apercevoir son premier Diablotin depuis Petite Terre, on comprend mieux le privilège de cette observation.

 

Bien que furtive, cette observation est avant tout le tout le fruit d’une rencontre et du partage d’émotion entre amoureux… de la nature."

 

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Marion

"Le concours du premier à voir le Diablotin se lance avec les piafologues fous d'Amazona... Je me prends au jeu avec les amis Antoine et Anthony. Plusieurs tentatives infructueuses, depuis Petite Terre, la Pointe des Châteaux, la Désirade... l'enthousiasme et la complicité sont toujours au rendez-vous, mais point de Diablotin.

 

Puis un jour, après une nuit passé au gîte de Man Pioche, j'embarque pour une équipée d'enfer avec les amis de Mon Ecole Ma Baleine et de l'OMMAG. Très bon moment, on entend les mâles des baleines à bosse chanter... pour certain, c'est une première fois ces chants de mammifères...

Tour de Désirade, ça papote dans la joie et la bonne humeur.

 

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Et là, entre Petite Terre et Désirade... Antoine hurle de joie... DIABLOTIN!!!! Sa joie est partagée, il tremble de partout c'est un grand moment à bord... quelques secondes d'observation puis les sourires s'échangent, valant tous les oiseaux et baleines de la terre !!!

 

L’oiseau était majestueux, planait juste au-dessus de l'eau, libre.

 

Archipel magique qui réunit les amoureux de la nature.

 

Plus qu'une simple coche, des moments de partage inoubliables, un défi relevé, une promesse tenue et le souvenir exceptionnel d'une rencontre avec un oiseau rare gravé comme de la radiolarite à son substratum ou d'un brinic à son granit".

 

 

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Anthony


"En gros ma première obs date du 7 janvier 2004 et depuis en 770 heures de seawatch (assis sur mon petit caillou devant la falaise à l'est du phare), j'ai vu en tout une trentaine de Pterodroma dont 12 hasitata certains et les autres très probables mais trop loin...
 
Grande grande émotion forcément, après 2 siècles "sans obs" dans notre département... je m'en souviendrai toujours, j'allais terminer une mission de Petite Terre et je me suis dit "allez un dernier quart d'heure de seawatch !" C'était en plein cagnard à 13h45 et j'étais fou de joie... c'était un rêve absolu, j'y croyais pas trop en fait, je ne pensais pas que c'était possible...
 
770 h ça fait quand même l'équivalent de plus de 2 mois assis sans bouger du matin au soir sur un caillou le nez dans la longue-vue..."

 

 

Pour conclure 

 

Depuis 2008, à l’initiative du groupe des oiseaux marins de la Société caribéenne d’ornithologie (=BirdsCaribbean), a été créé un groupe de travail puis un comité international qui traite des questions de conservation de cette espèce. Il permet d’échanger de nombreuses informations notamment sur els prospections en cours et est ouvert à toute personne intéressée par l’espèce. Il est animé par Jennifer Wheeler. 

Sétékri par Marouette ponctuée, Diablotin, Cracra et Toto-Bois - dans Histoires
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