26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 13:15


Cascade en Dominique - Aquarelle C. Pavis

Un coup de pub pour la canyoning ?

Non, nous commençons ici la série tant attendue des 'Dossiers qui fâchent', autrement dit ceux qui reviennent par la fenêtre quand on les a fait sortir par la porte.

Quand j'étais un jeune Pic inexpérimenté (et peu au fait de la réglementation), il m'arrivait de partir un sac empli de cordes au dos, de rejoindre une crête, puis un départ de ravine, qui se transformait peu à peu en rivière. Avec de la chance, nous arrivions à quelque cascade à franchir en rappel, ou toboggan à dévaler. Du canyoning sauvage en quelque sorte. Cette activité n'était pas autorisée dans la zone centrale du Parc National. Peu à peu, quelques opérateurs associatifs ou commerciaux y ont malgré tout  développé cette pratique, et la tirette d'alarme a commencée à être sonnée.

Que faire ? Telle était la question posée dans les instances du Parc.
Interdire ? Réglementer ? Et d'abord que disait le décret de création du Parc ? Est-il interdit d'interdire ce qui n'est pas autorisé ? Laisser faire puisque-de-toute-façon-on-ne-pourra-pas-l'empêcher ?

Comme souvent dans ces cas d'indécision, des études furent lancées pour estimer les impacts éventuels de la pratique du canyoning sur les espèces et les milieux.
Des débats furent organisés avec les opérateurs de canyoning pour recueillir leur point de vue.
Le Comité scientifique du Parc fut sollicité à maintes reprises sur la question.
Le Conseil d'administration également, sur la base des conclusions du précédent.
AEVA donna son avis sans qu'on le lui ait demandé.

Nous pouvons résumer cet avis de la façon suivante. Les milieux concernés par le canyoning en zone centrale sont d'une richesse exceptionnelle, tant par les espèces présentes que par les milieux concernés (ce n'est pas moi qui le dis, nous sommes quand même reconnus comme le 4ème hot spot de biodiversité mondiale). Il n'existe pas de milieux équivalents en Europe ni même à la Réunion, où les lits des rivières dédiées au canyoning sont beaucoup plus minéraux qu'en Guadeloupe. Les études montrent sans ambiguïté un impact négatif important de la pratique du canyoning sur les espèces et les milieux. Notre propre expertise de ces écosystèmes le confirme. Les impacts concernent les traces d'approche (destruction d'espèces végétales protégées, érosion, surcreusement, puis abandon de ces traces devenues impraticables, et ouverture de nouvelles traces), les abords de rivière (les berges et ripisylves sont des milieux à haute diversité biologique) et le lit des rivières (perturbation de la faune benthique, piétinement des fonds, raclage des toboggans)... Il est tentant de dire que les crues ou cyclones ont des effets bien plus dévastateurs, mais ce n'est pas exact, les écosystèmes étant par nature adaptés à ces aléas climatiques.

On ne peut pas dire que la peine des uns et des autres fût ménagée, ni qu'un consensus fût trouvé. Mais quand les enjeux de conservation sont forts, le consensus est-il souhaitable ?

Résultat des courses, un arrêté du Directeur fut pris en 2004, interdisant cette pratique dans la zone centrale.
Les rivières coulaient donc des jours heureux, quand tout d'un coup, patatras. Vous savez certainement (mais si) que tous les Parcs nationaux français font leur toilette cette année : et hop, nouveau décret pour tout le monde, je ne veux voir qu'une tête. Grosso modo, la philosophie est de dire : ce qui était protégé le reste et celà apparaît dans le décret, et un certain nombre de réglementations sont précisées dans la charte, co-construite avec les collectivités, les usagers etc... Cette charte est révisée périodiquement, alors que le décret est un peu plus gravé dans le marbre.

Ceux qui suivent voient où je veux en venir : où faut-il donc inscrire l'interdiction du canyoning pour qu'elle ait un maximum de pérennité ?

La suite au prochain épisode, et quelques saines lectures pour creuser un peu les questions scientifiques, sociétales et réglementaires :

La question du canyoning dans le Parc national de la Guadeloupe. J. Leconte, J. Jérémie, C. Sastre, P. Feldmann, J. Fournet, D. Imbert, A. Rousteau, J.-F. Bernard, D. Monti, P. Vilard, 2004. Note de synthèse, 5 pp. 
Réflexions sur les enjeux d'un territoire protégé ouvert au public : Parc National de la Guadeloupe et pratique du canyoning. Pavis C., 2004. Note préparatoire au groupe de travail de janvier 2004, 2 pp.
Position sur la pratique du canyoning en zone centrale du Parc national de la Guadeloupe. AEVA, 2003, 2 pp.
Motion relative à la protection des Orchidées en Guadeloupe. CNPN, 2003, 1 p.

Sétékri par le Toto-Bois - dans Sujets qui fâchent
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commentaires

Barret eric 19/09/2008 02:46

Apres lecture de votre réponse, je rejoins quelques peu l'auteur du message precedent qui parle de langue de bois.
j'espere que vous ne manquerez pas de m'informer de vos actions concretes pour cette affaire
dans l'attente sinceres salutations
eric barret

AEVA le Toto-Bois 19/09/2008 14:52


Un peu de langue de Toto-Bois...

Notre action a consisté à demander en conseil scientifique (tout récemment comme vous en avez peut-être été informé) à ce que l'exploitation de Podocarpus soit abandonnée, pour les raisons
suivantes :
1 - les enjeux écologiques liés à la forêt de Frézia ne sont pas compatibles avec une exploitation forestière (emprise directe, impacts liés aux chemins d'accès).
2 - les enjeux socio-économiques relatifs à l'exploitation à court ou long terme sur une essence comme le Podocarpus sont faibles, et ne justifient pas l'orientation prise
3 - à l'heure où un nouveau décret va réglementer l'activité dans le coeur du Parc, il serait souhaitable que l'ensemble des activités sylvicoles soit réalisé dans la zone d'adhésion, qui offre de
réelles potentialités. Ceci pour éviter de donner l'impression qu'il y a 2 poids 2 mesures en couer de Parc, et donc arriver à une meilleure lisibilité du dispositif par l'ensemble des usagers.

Deux questions restent posées : comment arriver à la conservation d'une populations de Podocarpus en Guadeloupe ? Et surtout, comment faire pour qu'un jour la Guadeloupe puisse avoir une production
significative d'essences adaptées aux écosystèmes et aux besoins, qui iront croissant compte tenu du contexte énergétique.


Barret eric 09/07/2008 03:32

Pouvez vous s'ils vous plait apres cette brillante victoire sur le canyoning, nous donner quelques informations sur les actions que vous allez mener face à la destruction de 5 hectares de foret dans la zone centrale du parc National de la guadeloupe?
Vous comprenez que pour moi gerant d'une entreprise de canyoning labelisé par le parc national de guadeloupe et interdit de pratique, je sois choqué par ce plan d'amenagement ONF, validé par le parc national.
la foret de frezia n'existe plus des arbres centenaires ont étés abattu, pour une hypothetique exploitation de podocarpus.....
La zone centrale du PNG semble ne pas etre la meme pour tous le monde?
Qui etaient dans la commission scientifique du PNG qui à validé un tel plan d'amenagement?
Est ce que cette possibilité d'exploitation du podocarpus ne ressemble pas à un interet economique si longtemps decrié pour le canyoning?
merci pour votre réponse

Le Toto-Bois 10/07/2008 17:27



Le débat commence à trouver sa place dans le blog, tant mieux.
Nous ne ressentons pas comme une victoire ce qui se passe sur le canyoning. D'abord parce que nous n'avons rien à gagner, nous défendons un point de vue. Ensuite parce que les choses ne sont pas
encore arrêtées, le nouveau décret n'est pas sorti et nous sentons bien que les professionnels ou amateurs du canyoning vont essayer de faire pencher la balance (ce qui est normal, chacun est
dans son rôle).
Sur la question des 5 hectares de forêt, il semble en effet qu'il y ait un dysfonctionnement des instances. mais il faut essayer de ne pas mélanger les questions, et de plutôt tirer vers le haut.
Certains membres de l'association sont membres du conseil scientifique du Parc, et pour le moment, la question n'a pas été abordée en séance. De là à dire que l'ONF aurait été un peu vite en
chemin... Affaire à suivre en tous cas.



Association Bwa Doubout (sauvegarde du patrimoine) 09/07/2008 00:06

Votre article sur le canyoning reflète exactement la pensée du PNG ni plus ni moins tout en semblant laisser une ouverture à la réflexion, en politique on appelle cela la langue de bois....
Le canyoning se pratique en Guadeloupe depuis bien plus longtemps que l'existence du PNG, cela ne s'appelait pas le canyoning mais la "coulisse"... beaucoup de marchandise et de produits cultivés dans les mornes transitaient par les rivières. De plus pendant très longtemps ces dernières étaient les seuls points de pénétration à l'intérieur des terres. Elles ont d'ailleurs été de tout utilisées que se soit par les premiers habitants, comme au temps de la colonisation, de l'esclavage (marronage...)ou jusqu'à une époque plus récente. D'accord la pression humaine était moins importante mais il y avait surement plus de monde dans les rivières qu'aujourd'hui. Mais ceci est une autre histoire.... Revenons à votre article, avec un bref retour en arrière. Entre 1995 et 2000, le même PNG qui met aujourd'hui au banc des accusés les pratiquants de cette activité, a poussé les professionnels de la montagne à ce professionnaliser dans ce secteur. Une commission régionale initiée par le PNG a même fonctionné pendant presque 2 ans et beaucoup des personnels du parc ont pratiqué également cette activité. A cette époque il s'agissait de mener une réflexion sur les équipements et les canyons pouvant être réglementés....puis tout d'un coup revirement de situation ... interdiction total de la pratique des activités d'eaux vives sans réellement d'explication ou d'argumentation scientifique qui résisteraient à une analyse critique. Si vos propres études sur l'avifaune, excellentes d'ailleurs, étaient traitées avec la même légéreté que celles qui ont été réalisées, à charge, sur l'impact du canyoning ces mêmes scientifiques crieraient à l'imposture et au scandale. L'étude en ligne sur votre site, où l'on voit les photos de canyon en Europe ou à la réunion dans des gorges pelées, sans végétation et une photo d'un canyon en Guadeloupe, bien évidemment luxuriant,est édifiante de mauvaise foi, car nous pouvons vous envoyer des photos de canyon prisent en Europe ou à la Réunion , qui sans aller jusqu'à la luxuriance tropicale de la photo de l'étude, sont quand même fortement végétalisés.

Que l'on ne se trompe pas, le fait d'inscrire dans le décret l'interdiction du canyon dans la zone centrale du parc et non dans la charte, comme pour la réglementation de la plus part des activités, est un abus de pouvoir pris par quelques personnes toutes puissantes sans aucune réelle étude d'impact, ni concertation avec les usagers ... Mais ceci n'est pas une surprise lorsque l'on regarde de la manière dont est modifié le décret et la zone d'adhésion du parc: enquête publique réalisée de mi juin à mi juillet au moment des examens des enfants et des départs en vacances, seulement 2 permanences par mairie des commissaires enquêteurs pour tout le temps de l'enquête publique, un décret et des modifications dignes du "traité de Maastricht, une publicité très très discrète, aucun document adapté à la majorité de la population créolophone...
Aujourd'hui dans le décret ce sont les sports d'eaux vives qui sont visés, demain pourquoi pas étendre l'interdiction à toute la nouvelle zone d'influence du parc, ce qui semblerait normale puisque l'activité est si destructrice pour l'environnement.Et quid de la plongée sous marine dans la futur zone de coeur marin du parc comme les ilets pigeon avec ses 25 000 plongées par an, et les plaisanciers dans le grand cul de sac... Aujourdhui le canyon...demain la randonnée...et après demain ???? les ornyto. amateurs peut-être?

Association BWA DOUBOUT ( Bouillante)
Connaissance, inventaire et sauvegarde du patrimoine naturel et bâti en bois et pierre de la Guadeloupe

Le Toto-Bois 10/07/2008 19:04



Notre rédaction a sans doute pêché par excès de prudence (c'est bien la première fois qu'on nous taxe de langue de bois !), car notre position
sur le canyoning est mûrement réfléchie. Elle émane de personnes très différentes, et qui n'ont aucun intérêt personnel dans l'affaire. Il n'y a donc pas de d’intention de confisquer un
milieu naturel à un groupe, pour mieux en profiter.


 


Vous évoquez l’utilisation ancestrale des rivières, notamment le "transport de marchandises cultivées dans
les mornes" : cela montre bien que la "coulisse" se pratiquait à des altitudes bien inférieures à celles de l'actuel canyoning, vraisemblablement à des altitudes où de nos
jours la forêt a été fortement réduite ou dégradée.


 


Vous dites que "La pression humaine était moins importante" : c'est un point primordial.
"Il y avait sûrement plus de monde dans les rivières qu'aujourd'hui" : peut-être, mais sûrement pas de façon continue, et encore une fois, de toute
évidence, à des altitudes majoritairement moins élevées.


 


Vous citez l’étude en ligne sur notre site (qui n’est pas une étude, mais une synthèse des connaissances), en disant que nous montrons la
"photo d'un canyon en Guadeloupe, bien évidemment luxuriant, [et que cette étude est] édifiante de mauvaise foi, car nous pouvons vous envoyer des photos de canyon prisent en Europe ou à la Réunion, qui sans aller jusqu'à la luxuriance tropicale de la photo de
l'étude, sont quand même fortement végétalisés"


Cette phrase indique bien qu'il y a une différence ! Oui, les canyons en Guadeloupe sont pratiquement tous "bien évidemment
luxuriants". Et les photos diffusées sur internet de canyoning tant pour la métropole que pour la Réunion montrent bien très majoritairement des "gorges pelées".


 


Je voudrais également apporter des précisions sur la future zone d’adhésion du Parc, qui n’aurait pas été proposée en concertation. Il faut
savoir que l’ensemble des communes concernées ont été sollicitées pour savoir si elles étaient d’accord sur le principe d’être en zone d’adhésion. Dans l’affirmative, elles participeront à la
mise en place de la charte, qui fixera des grandes lignes de gestion des territoires concernés. A ce moment, les usagers auront tout le loisir de participer aux débats, et le Parc n’aura pas à
réglementer dans cette zone, mais à se mettre d’accord avec les collectivités sur des principes de développement durable. Pour la future zone de cœur, la problématique est différente : le
décret fixera certains points, et d’autres seront précisés dans la charte. Cette charte est révisable à intervalles de temps réguliers.


 


Le Toto-Bois ne roule ni pour, ni contre le Parc. Nous avons des idées, que nous cherchons à défendre. Et pour nous, l’idée force est que la
forêt du cœur du Parc est trop précieuse pour la soumettre durablement à une pression anthropique, qui ne pourra que la dégrader, nul besoin d’études supplémentaires pour en être certain.



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