Lundi 6 mai 2013 1 06 /05 /Mai /2013 12:00

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Les historiens se posent la question.

 

Si la date du récépissé de déclaration de constitution à la Préfecture fait foi, alors on peut dire que c'est le 6 mai 1993.

 

20 ans que moi le Toto-Bois je suis né ! Et pourtant, dans la monographie du père de l'association (ouvrage consacré exclusivement au Pic de la Guadeloupe), il est indiqué que ma longévité se situe plutôt autour de 10 ans. Comment expliquer ce miracle ? En tous cas, j'espère durer encore longtemps, ça me plait bien de voir tous ces naturalistes s'activer pour mieux connaître la faune et la flore des petites Antilles, et pour contribuer à la conserver.

 

N'étant pas agrégé d'histoire, et étant pourvu d'une cervelle d'oiseau, j'avoue ne pas me rappeler des évènements qui ont jalonné ces 20 ans. Alors, comme on n'est jamais si bien servi que par les autres, je suis allé à la pêche aux informations. Je vous livre ici le témoignage des membres successifs du bureau qui ont bien voulu jouer les balances.

 

Mais je profite quand même du fait que j'ai la parole pour vous livrer notre slogan pour 2013 : 

 

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Maguy

 

Le temps passe trop vite... Je me rappelle de mes premières sorties naturalistes avec AEVA en tant ... qu'étudiante, il y a 15 ans. Que de bons moments !

 

Pourtant pas une ride notre asso. 


Nicolas

 

Aventures du Tapé…

 

En 1994, AEVA réalisait des inventaires ornitho et herpéto aux Saintes, en particulier à Grand Ilet en prélude à son acquisition par le Conservatoire du Littoral et des Espaces Lacustres.

C’était toujours un peu aléatoire de trouver le dimanche matin un pêcheur qui accepte de nous y transporter. Au lieu du rendez-vous fixé la veille au port du bourg, pas de pêcheur. Son frère arrive après une bonne attente, l’œil pas frais, et nous dit que son frère, le propriétaire du bateau, a bu quelques ti-punchs la veille au soir et ne s’est pas réveillé. On explique que l’on veut d’abord regarder sur les falaises au vent de Grand Ilet pour voir si des Fous à pattes rouges y nichent puis en faire le tour et débarquer sur l’ilet. On va au bateau (une saintoise comme de juste) : on remarque -encore sans appréhension- qu’il faut retirer le capot puis enrouler la corde sur le lanceur pour –après plusieurs tentatives- réussir à démarrer. Nous sommes 8 « bénévoles » dans le bateau dont le héros de l’histoire : "le Tapé" (Pascal).

 

Commence alors le premier épisode.

 

Sortie de l’Anse du Bourg, contournement de la pointe ouest de Terre de Haut, entrée dans la passe sud, vers Grand Ilet. On est bien exposé aux alizées d’est et la mer est assez forte. Nous longeons Grand Ilet vers les falaises au vent et commençons à les explorer, mais trop loin pour bien voir.

Je demande au pilote de se rapprocher, au ralenti. Nous en sommes à une vingtaine de mètres et là le moteur cale… panique silencieuse. Le bateau tangue, le pilote parvient à retirer le capot, s’emmêle dans la corde, finit par l’enrouler autour du lanceur, tire fort, tombe en arrière, se fait mal, et le moteur ne part pas… Poussé par la houle, le bateau se rapproche de la falaise. Nouvelle tentative, nouvel échec. On tente de jeter l’ancre, mais c’est trop profond et abrupt et elle ne trouve pas le fond. Le bateau fait le yo-yo à quelques mètres de la paroi. Les visages sont blêmes. Chacun cherche ce qu’il doit essayer de sauver, repère une échancrure de la falaise où s’engouffrent les vagues et où résiderait « si Dieu veut » notre salut. On se prépare au « sauve qui peut ». Pendant ce temps, nous assistons impuissants aux échecs du démarrage. Nous nous apprêtons à sauter à l’eau quand ô miracle le moteur tousse, démarre et nous évite pour cette fois une fin aussi inéluctable qu’imminente… Nous nous éloignons en faisant l’impasse sur les fous de la falaise (enfin, les fous à plumes) et gagnons la petite crique abritée pour un bain réparateur.

Chacun souffle en se disant que la suite ne peut être qu’agréable sur cet ilet de rêve. Chacun ou presque…

 

Second épisode et suivants.

 

Nous débarquons nos affaires et au bain. A peine dans l’eau, nous entendons des hurlements de douleur. Le Tapé revient au bord en boitant et vociférant : il a violemment tapé dans un corail cornes de cerfs et a le pied en sang.

Il veut chausser ses lunettes pour constater les dégâts et, les cherchant à tâtons, casse une branche. Il est très myope et en est donc particulièrement handicapé. Il finira par trouver un bout de fil électrique pour les réparer : très mode !

Un peu plus tard, et après ces émotions, c’est l’heure du casse croûte. On sort du sac nos victuailles quand on entend le Tapé jurer : son sandwich a été mangé par les rats ! Après toutes les exactions commises contre eux, ils ont dû se venger.

 

Fin –ou presque- de cette série aventureuse.

 

Chacun rentre chez soi en pensant aux beautés et aux bontés de la Nature. Le soir, le Tapé nous appelle. En enfournant le bras dans son sac marin pour sortir ses affaires, il s’est fait piquer la main par un scorpion.

 

Elle est pas belle la vie du Tapé ?

AEVA ne nous procure-t-elle pas les émotions passionnantes auxquelles nous rêvons ? 


Philippe

 

AEVA, quel est ton nom !

Derrière l'acronyme, se cachait la posture de cette nouvelle association de conservation de l'environnement, mais aussi des discussions animées ayant conduit notamment à mettre explicitement le mot protection dans son nom développé : Association pour l'Etude et la protection des Vertébrés des petites Antilles.

Mais savez vous, au delà de cet objectif, ce qui a finalement emporté le choix de l'acronyme AEVA ? Et bien, une action de marketing pur et dur jouant d'ailleurs sur le sexe (mais si !!!). Les plus anciens s'en souviennent. C'était du temps de l'ancêtre d'Internet, le Minitel. C'était aussi en plein développement de réseaux où fleurissaient  des noms de Minitel rose débutant par 3615. 

 

Donc, entre deux discussions au moment du ti punch sur une terrasse de Belair Desrozières, a fusé 3615 AEVA. Aussi vite dit, aussi vite approprié et décidé, et ainsi naquit AEVA.

Quand quelques années plus tard, l'extension aux plantes a été proposée et décidée, au moment de l'apéro (encore !) sur une terrasse d'une auberge de Prise d'Eau, l'acronyme désormais dans le paysage ne pouvait qu'être gardé.


Olivier

 

Depuis 20 ans... AEVA engage des actions indispensables pour protéger la nature aux Antilles, parfois contre vents et marées. Que de compétences, de passion et de ténacité au service du pic de Guadeloupe, du moqueur gorge-blanche, de l'iguane des Petites Antilles, des tortues marines, des scinques ou bien encore des orchidées !

 

Mes souvenirs d'aéviste les plus chers sont probablement associés aux suivis écologiques menés sur Petite Terre, ce micro-archipel désiradien aujourd'hui inhabité aux richesses écologiques exceptionnelles. Un plaisir sans cesse renouvelé, car chaque visite m'a apporté un lot d'émotions, que ce soit par le biais d'une rencontre avec un passionné de nature ou grâce à l'observation d'une espèce inattendue.


Comme ce faucon, qui pèlerinait sur Terre de Bas et décida de fondre sur un kio (héron vert) quelques mètres au-dessus de nos tête. Notre présence l'effraya probablement car il rata sa proie dans un grand claquement d’ailes. Le faucon se dirigea ensuite vers la petite île de Terre de Haut, provoquant au dessus du lagon une panique généralisée dans une volée de limicoles. Nous le suivîmes avec Nicolas. Notre faucon décida alors de s'en prendre à un huîtrier pie qui échappa au danger en zigzaguant vers la Désirade...  


Anthony

Pour moi sans aucun doute je vote pour les missions à Petite-Terre entre 1998 et 2000, chaque visite là-bas donnait lieu à des découvertes de nouvelles espèces pour la réserve, c'était toujours très excitant d'y aller, une super ambiance, le bivouac, à part les traversées parfois houleuses c'était vraiment cool...
 
je pense que c'était aussi dans cette période où il y a eu une soirée "grillade de rats" ou 6 métros bouffaient du rat et 6 antillais qui étaient tous prêts à dégueuler... ah la culture c'est quelque chose...

Jacques

 

Au commencement était le Toto, qui se prétendait « Bois ». 

 

Mais il ne s’était entouré que d’autres Totos vertébrés. C’est alors qu’un beau jour, les défendeurs des bois et forêts ont décidé de protester à grands cris lors d’une assemblée générale : 

 

« Et nous alors ?  Pourquoi les Vertébrés et pas les Végétaux ? C’est de la discrimination !». 

 

Le calme revenu et le silence rétabli, un vote décida à l’unanimité que Toto-Bois devait effectivement mériter son nom. Certains extrémistes allèrent même jusqu’à dire que l’association AEVA se devait de se dénommer désormais AEVVA (Vertébrés ET Végétaux). Des voix sages s’opposèrent heureusement à cette hérésie, pour raison d’esthétique et d’euphonie… 

 

Et c’est ainsi que l’AEVA (grande est sa gloire !) est restée AEVA, et que le Toto a enfin pleinement mérité son nom de Toto-bois.


Claudie 

 

Je me rappelle de Pascal (dit le Tapé) lors de son premier séjour, avec son inénarrable accent du Jura, je l'avais pris pour un canadien : "Euh mais dis donc, y'a pas d'assoc d'ornitho en Guadeloupe, ça manque drôlement non ?". Tout est parti de là, et les mordus qui trainaient dans le coin à l'époque (Nicolas, Olivier, Philippe, Pascal et moi) avons tous été partants. Ce qui nous permet aujourd'hui de revendiquer le titre pompeux de "fondateurs d'AEVA". Je crois que nous en sommes fiers. 


 

Quelques repères non exhaustifs sur la frise du temps

 

Logo AEVA

1993 - Création d'AEVA (à partir d'une côte d'ADAM, qui passait par là).

 

 

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1994 - Inventaires des oiseaux aux Saintes. Le Toto sort du bois : parution du numéro 1 du bulletin de liaison. Inventaire de l'avifaune des étangs de l'est de Saint-Martin.

 

 

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1995 - Iles de la Petite Terre, acte 1 : inventaires des reptiles et oiseaux, préalables à la création de la réserve.

 

 

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1995 - Mise en place du collectif "Pour une gestion rationnelle de l'eau en Guadeloupe", en réponse au projet de barrage à Bras-David". Interventions auprès des autorités pour obtenir une suspension de la chasse après le passage d'intempéries. Bien que la réglementation le permette, cette mesure conservatoire n'est jamais prise.

 

 

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1996 - Nous jetons notre dévolu sur la Caravelle en Martinique (oiseaux, mangoustes).

 

 

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1998 - Nous mettons en place avec J. Fretey et la DIREN de l'époque le projet de conservation et le réseau Tortues marines, que nous animerons jusqu'en 2003.

 

 

 

Logo SCSCB

1998. Nous co-organisons avec le Parc et la DIREN le colloque de la Société Caribéenne d'Ornithologie.

 

 

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1999. Une fois de plus, nous ne trouvons pas de diablotins sur les pentes de la Soufrière. Un résultat négatif est toujours un résultat disait ma grand-mère. Nous réalisons une éude de faisabilité pour réintroduire des perroquets en Martinique.

 

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2000 - Elargissement du champ : nous passons des Vertébrés à toute la faune et la flore sauvage. A quand les cailloux me direz-vous ? (certains esprits chagrins nous ont même dit "A quand les vers ?").

 

 

 

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2003 - Début de notre implication pour une analyse des impacts du canyoning en zone centrale du Parc National de la Guadeloupe. En 2009, il est interdit par décret. On vous passe les détails, mais ça a été usant.

 

2004 à 2006 - Période faste pour sorties et exposés, moins pour les études. Nous nous limitons au suivi des Tortues marines sur la zone de Saint-François.

 

 

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2007 - Mise en place du blog. Nouvelle étude sur le Pic, nous affinons l'estimation des effectifs, et proposons une méthode de suivi à long terme par le Parc.

 

2008 - Obtention de l'agrément. Chouette, nous sommes d'utilité publique !

 

 

Sirène2

2009 - Le projet de réintroduction du Lamantin va être lancé, nous n'en sommes pas ravis. Nous nous consolons en menant une étude sur le Martin-pêcheur à ventre roux, sous-espèce endémique des petites Antilles.     

 

 

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2010 - Nous relançons un assaut sur Petite Terre : Iguanes le retour. Scinques : le commencement.

 

 

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2011 - Un projet de télécabine pointe son nez à la Soufrière, nous sommes pour le moins "veyatifs" (vigilants).

 

 

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2012 - Beaucoup de sorties cette année-là grâce à notre animateur en chef. 

 

 

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2013 - Des questions à élucider pour les prochaines années, avec comme mots-clés (dans le plus complet désordre): Scinques, Désirade, Gaïac, Petite Terre, Kahouanne, Orchidées, Marie-Galante, Tintamarre, Epidendrum revertianum... que sais-je ?

 

Si peu de choses finalement. 

 

 

Illustrations de Nicolas et Claudie.

 

Par Le Toto-Bois - Publié dans : Histoires
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Mercredi 17 avril 2013 3 17 /04 /Avr /2013 01:56

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Aquarelle Jean Chevallier       

 

Le Toto-Bois (qui ne l'oublions pas est majoritairement insectivore) est heureux de vous annoncer la création d'une association qui s'intéresse à l'entomologie en Martinique.

 

Créée en 2012, Martinique Entomologie a pour ambition de développer les connaissances sur les insectes dans cette région, et de faire découvrir aux martiniquais la biodiversité à 6 pattes.

 

Martinique Entomologie propose également d'être un relais pour accueillir et informer les entomologistes amateurs et professionnels de passage sur l'île. Ses membres seront heureux de guider et partir en prospection avec les visiteurs. Dans le respect des espèces et des espaces protégées, cela va sans dire !

 

Des sorties découvertes et des soirées à thèmes seront proposées tout au long de l'année pour mieux connaître l'entomofaune. Cela contribuera à mieux répertorier les espèces de l'île et à mettre en place des collaborations avec des partenaires en dehors de la Martinique. Une revue est actuellement en cours de création pour diffuser les connaissances acquises par les membres et celles apportées par les organismes scientifiques.

 

Coordonnées de l'association :

logo_Martinique_Entomologie1.jpg 

32 route du Fleuri Noël – Moutte - 97200 Fort de France - martinique.entomologie@gmail.com

Par AEVA le Toto-Bois - Publié dans : Entomo
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Mardi 19 mars 2013 2 19 /03 /Mars /2013 12:03

Les interviews pas du tout imaginaires du Toto-Bois. The totally true Guadeloupe woodpecker’s interviews.


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Où l'on se rend compte que les scinques sont des animaux très vifs, ne laissnt que quelques secondes au dessinateur ébahi pour tenter de leur tirer le portrait.

 

 

En décembre dernier, nous avons reçu la visite en Guadeloupe de deux herpétologues, amateurs de Reptiles en tous genres. Avec tout de même une préférence pour le genre Mabuya. Il s’agissait de Blair Hedge et Nicolas Vidal, tous deux très intéressés par les Scinques, des lézards dont nous avons parlé à plusieurs reprises dans ce blog. During last December, two herpetologists visited Guadeloupe, due to their addiction to some lizards that we talk about several times in this blog : Mabuya skinks. Let me introduce Blair Hedge and Nicolas Vidal.


 

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Tas de pierres à proximité de la fameuse forêt à mancenilliers de Petite Terre, où il ne serait pas exclu de croiser les lézards en question.

 

 

Des tas de questions me brulent évidemment le bec, et je vais devoir sortir mon guide Assimil, l’un de nos deux compères étant anglophone (nul n'est parfait en ce bas monde). So many questions in my poor bird mind, but I need my Assimil guide, one of our friends being an English speaking person (nobody’s perfect).

 

 

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Joël, Blair et sa compagne affrontent les éléments.

 


Toto-Bois : Nicolas et Blair, qui êtes-vous ? Nicolas and Blair, who are you ? 

 

Nicolas : Maître de conférences au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris

 

Blair : Professor of biology at Pennsylvania State University, University Park, PA, USA.

 

TB : Qu’est-ce que les scinques ont de particulier, et pourquoi vous intéressez-vous à ce groupe ? What is so special in skinks, and why are you interested in this taxonomic group ?

 

N & B : Il existe plus de 1 500 espèces de scinques au monde, c'est-à-dire un sixième de toutes les espèces de reptiles présentes sur terre. Dans les Caraïbes, il y a 40 espèces sur les îles, mais presque toutes sont menacées ou peut-être disparues, à cause d'un prédateur, la mangouste. Ce prédateur a été introduit à la fin du XIXème siècle, et s'est rapidement répandu dans les Antilles. Au lieu de détruire les populations de rats dans les plantations de canne à sucre, les mangoustes se sont plutôt attaquées aux espèces natives, dont les reptiles. There are more than 1 500 species of skinks, or one out of every six species of reptile. In the Caribbean, there are 40 species on the islands, but nearly all are threatened with extinction or already extinct because of predation by the mongoose.  That predator was introduced in the late 1800s, spreading quickly around the Caribbean islands. Instead of controlling rats in sugar cane farms, the mongoose instead has preyed on native reptiles.

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"C'est quand même plus facile à choper que que les rats ces petits Mabuinae". 

 

 

TB : Quel était le but de votre mission en Guadeloupe ? What was the goal of your trip in Guadeloupe ? 

 

N & B : Nous sommes venus pour essayer d'observer les espèces des différentes îles de Guadeloupe. Cinq espèces y vivaient, mais une seule d'entre elles a été observée ces dernières années, celle de Petite Terre et La Désirade. We went to Guadeloupe to see if we could locate the native skinks. Five species used to live in the Guadeloupe islands, but only one of those species has been seen in recent years: the species on La Desirade and Petite Terre. 

 

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Les ravines de la Désirade sont des habitats probablement favorables aux scinques.

 

 

TB : Notre service de renseignements nous rapporte que vous avez capturé un Scinque au sein de la Réserve naturelle de Petite Terre. Pouvez-vous nous raconter comment une telle chose a été possible?* Our Intelligence Service reported that you were able to catch one skink ine the Nature Reserve of Petite-Terre. Can you tell us how this amazing capture was possible ? 

 

N & B : Les Scinques sont relativement communs à Petite Terre, parce qu'il n'y a pas de mangoustes là-bas. Malgré ça, ils sont menacés par les rats, qui y sont nombreux. Les scinques profitent des murets de pierre pour s'abriter de ces prédateurs. Un des gardes de la Réserve, Joël, nous a aidés à en immobiliser un, que nous avons pu photographier et sur lequel nous avons fait un prélèvement de tissus. The skinks are thankfully common on Petite-Terre, because there is no mongoose on those islands.  However they are threatened by rats, which are common.  The skinks enjoy protection in rock walls, and an employee of the nature reserve secured an animal by hand from the rock wall for us, and then returned it after we photographed and sampled it. 


 

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LE spot, muret central, dit muret 14. 

 

 

TB : Quelle est l’utilité de prélever des échantillons d’ADN chez les Scinques ? What is the use of DNA sampling in Skinks ? 

 

N & B : Il est possible d'obtenir les séquences d'ADN à partir d'un prélèvement de petite taille, tel qu'une seule écaille au bout de la queue. De cette façon, l'animal n'est pas blessé. L'analyse de ces séquences permet de comparer les différentes populations. It is possible to get DNA sequence from a small sample such as a single scale at the tip of the tail, which does not harm the animal. Sequences analyses allow to comapre the differet populations.

 

TB : Nous avons entendu dire qu’il faudra probablement sacrifier un individu de Petite-Terre si la taille de la population est suffisante. Pouvez-nous nous expliquer pourquoi ?  We heard it will be probably necessary to sacrifice one individuals of Petite-Terre if the population size is sufficient. Can you tell us why ? 

 

N & B : Si la population de scinques de Petite Terre est d'une taille suffisamment importante, le sacrifice d'un individu permettrait le dépôt dans un Museum. De cette façon, il serait possible de faire des observations, non réalisables sur des individus vivants. Les scinques de Petite Terre sont peut-être d'une autre espèce que ceux de la Désirade. La comparaison avec les autres spécimens des Museums permettrait de préciser la détermination. If the population size of skinks on Petite-Terre is estimated to be large enough to sample, having one individual in a museum collection will permit analyses that otherwise cannot be done on live individuals.  It may be a new species distinct from the one on la Desirade, and having specimens to examine and compare with other museum specimens will help make that determination.

 

 

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Au fond la Désirade, au premier plan Terre-de-Haut et Terre-de-Bas de Petite Terre. 

 

 

TB : Quel bilan tirez-vous de votre visite, et quels sont vos plans pour l’avenir concernant les Scinques et autres Reptiles de Guadeloupe ? What is the main result of your visit, and what are your plans for the future regarding Skinks and other reptiles of Guadeloupe ? 

 

N & B : Nous n'avons pu trouver de scinques ni à Kahouanne, ni à la Désirade, ni à l'ilet Cochons. Apparemment, les mangoustes y sont absentes, mais les rats très abondants sur ces îles, ce qui pourrait expliquer leur absence ou leur rareté. Les scinques n'ont jamais été observés à Kahouanne mais il faut poursuivre les recherches. Deux spécimens ont été collectés à l'ilet Cochons il y a un demi-sicèle par Albert Schwartz, ils sont maintenant considérés comme une espèce endémique (Mabuya cochonae), mais n'ont jamais été signalés depuis. A la Désirade, ils ont été vus quelques fois même récemment, donc le fait que nous ne les ayons pas vus en décembre lors d'une courte visite de 4 heures n'est pas significatif. Nous espérons revenir en Guadeloupe pour poursuivre ces inventaires, et pour mieux connaître leur taxonomie, en collaboration avec Olivier Lorvelec. We were not able to locate skinks on Kahouanne, Cochons, or la Desirade.  The mongoose is (apparently) absent, but rats are very abundant on these islands and may explain the rarity or absence of skinks.   Skinks have never been seen on Kahouanne, but mor comprehensive searching is needed.  Two specimens were collected on Cochons 50 years ago by Albert Schwartz, now named as an endemic species (Mabuya cochonae) but skinks have not been seen there since.  They have been seen a few times on La Desirade, including recently, so our lack of sighting on that island in December, during a 4-hour visit, is not significant.   We hope to return to continue these surveys and taxonomic inquiries in the future, in collaboration with Olivier Lorvelec.

 

TB : Pour finir, une question un peu indiscrète. Quels ont été vos expériences ou souvenirs les plus marquants pendant votre séjour ? Finally, a question a little indiscreet. What were your strongest experiences or souvenirs during your stay ?

 

Nicolas : Pour ma part, ce fut le séjour à Petite Terre et l’accueil que nous y avons reçu de la part des gardes. Cette réserve naturelle est magnifique que cela soit au niveau du milieu marin ou du milieu terrestre.

 

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TB : Mille mercis, et à bientôt pour de nouvelles aventures et histoires de Scinques. Many skinks, and see you soon for new adventures and stories of awsome lizards.

 

 

* : En plus de Blair, Nicolas et Joël, Olivier Lorvelec et Nicols Barré disposent d'autorisations de captures de Scinques sur les îles de la Guadeloupe, délivrées par la DEAL.

 

 

Dessins de C. Pavis, sauf celui des mangoustes, de J. Chevallier.

 


Par AEVA le Toto-Bois - Publié dans : Reptiles
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 23:12

 

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Une certaine ressemblance avec le capitaine Haddock.

Toujours des histoires extraordinaires à raconter.

Un amour des voyages naturalistes.

Le goût de parler de tout et de rien, si possible avec passion.

Une passion enfantine justement, pour les "olives", ces coquillages que l'on trouve en quantité dans la sablière de Baie-Mahault.

De nombreuses visites et missions aux Antilles, avec comme prétexte avoué les projets d'éradication de rats, souris et autres mangoustes. Espèces exotiques envahissantes comme on dit dans les milieux autorisés. Mais le bougre s'intéressait en fait à tout.

Un visage bienveillant, toujours ce sourire et l'intérêt porté aux autres.

Le goût de rassembler des gens très différents pour avancer sur la même idée.

Le gaillard s'est fait avoir au sommet de sa vie, par beaucoup plus petit que lui.

C'était Michel Pascal, le Ratator, notre ami.

Par Le Toto-Bois - Publié dans : Histoires
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Lundi 24 décembre 2012 1 24 /12 /Déc /2012 16:24

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Claudine et Pierre Guezennec, explorateurs des temps modernes.

 

Certains l'auront remarqué, l'activité épistolaire du Toto-Bois a faibli ces temps-ci. Nul n'est parfait en ce monde, le Toto avait trop de choses dans en tête pour prendre sa plume. Mais à l'occasion de Noël, il a tenu à vous faire un cadeau, et pas des moindres : l'orchidée retrouvée...

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Le Toto-Bois - Bonjour Claudine et Pierre. Je suis drôlement content, il paraît qu'au moins une fois, le blog aura servi à quelque chose.

 

Claudine & Pierre - En effet, figure-toi que c'est grâce aux deux articles "A la recherche de l'orchidée perdue" et "La Grande découverte ? ... pour une autres fois" que nous nous sommes mis en tête de retrouver cette espèce que personne n'avait vue depuis si longtemps. Il faut dire que la promesse d'une tablette de chocolat nous a fortement motivés.

 

Le Toto-Bois - Très bien, je vous laisse donc raconter l'histoire. Et vous m'indiquerez votre marque de chocolat favorite, la période est propice !

 

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Le 24 janvier 2012, nous sommes partis vers la Savane aux Ananas sur la zone indiquée par Joël Jérémie, avec en main la publication de Feldmann & Jérémie, parue en 2001 dans l'Orchidophile.

Sur le parcours, plusieurs fois nous nous sommes arrêtés pour examiner des Ponthieva petiolata, espèce très ressemblante à Pseudocentrum guadalupense, lorsqu'elle n'est pas en fleur. 

 

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A un moment nous avons été intrigués par une « Ponthieva petiolata » avec une tige florale dégarnie. La tige florale verte et lisse était différente d'une tige florale de Ponthieva petiolata qui est rosée et poilue. Le rhizome visible à travers la mousse était allongé. Autour il y avait d'autres plants (une vingtaine) sans tige florale.

Avec quelques doutes, nous avons commencé à penser que nous venions peut-être de retrouver l'orchidée « perdue » depuis 1987.

Le lendemain nous avons transmis quelques photos à Philippe Feldmann pour lui faire part de nos trouvailles. Il nous a indiqué qu'il fallait attendre la floraison pour confirmer l'identification, sans doute vers novembre.

Nous sommes retournés 8 fois sur la station pour suivre l'évolution.

 

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Il y avait deux plants avec des tiges florales en bouton début octobre. Les fleurs étaient bien épanouies le 30 octobre et correspondaient bien à la description de Pseudocentrum guadalupense.

 

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Lors de notre dernier passage le 18 novembre, avec Marie France et Nicolas Barré, les fleurs étaient fanées et il y avait quelques fruits.

Nous prévoyons de suivre la maturité des fruits.

 

En conclusion : nous avons eu beaucoup de chance, nous sommes sans doute passés au bon endroit au bon moment, et nous avions de bonnes informations ! Il n’existe semble-t-il aucun critère fiable de diagnose différentielle de plants non fleuris de Pseudocentrum et Ponthieva petiolata. Il est donc illusoire de penser trouver d’autres stations hors de la période de floraison qui se situe en octobre-novembre.

Par AEVA le Toto-Bois - Publié dans : Végétaux
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Lundi 15 octobre 2012 1 15 /10 /Oct /2012 16:09

Zachrisia provisoria

 

Une fois n'est pas coutume, parlons Mollusques, et plus précisément, gastéropodes, je dirais même plus, escargots.

 

Tout le monde connaît l'Achatine, apparue en Guadeloupe dans les années 80, et pouvant être qualifiée d'espèce exotique envahissante. Très gourmande en végétaux divers.

 

Eh bien l'achatine n'est plus seule. Elle a été rejointe par une autre espèce d'escargot introduite, qui a été signalée en 2010 par Massemin & Pointier : Zachrysia provisoria. A ce propos, merci à Olivier Gargominy et Benoît Fontaine pour l'identification de cet animal appartenant à la famille bien connue (non ?) des Camaenidae ou des Pleurodontidae selon les sources !

 

Nous ne savons pas encore si Zachrysia se comportera comme une plaie d'Egypte, mais certains délateurs nous ont déjà rapporté de graves méfaits. L'individu apprécie particulièrement les orchidées, ce qui n'est pas au goût de nos amis de l'AGO (Association Guadeloupéene d'Orchidophilie). Il a également été surpris en flagrant délit de consommation de substances illicites telles qu'ignames, cactus et Adenium (ceux qui ne savent pas ce que c'est sont priés d'aller voir sur Oui qui pied doigt).

 

Avec notre manie de fureter, nous allons essayer d'en savoir un peu plus sur cette bête à coquille sur l'île de la Guadeloupe. Les auteurs du premier signalement écrivent que Zachrysia « revêt un caractère invasif et abonde désormais dans les friches et les jardins de la quasi-totalité de l’île ». Nous ne partageons pas tout-à-fait cette analyse, mais lançons ici un appel à témoignage. Soyons clairs : aucune récompense à qui nous apportera des informtions sur le suspect. Hormis notre reconnaissance quasi-éternelle, ce qui n'est pas si mal.

Notre ami Nicolas a préparé une petite fiche qui donne des détails sur cette malheureuse affaire, et qui vous indiquera comment participer à l'enquête du siècle. Cliquez ici-même.

 

Last but not least : les dépendances semblent pour le moment épargnées par Zacrhysia, et ce serait vraiment ue bonne chose qu'elles le restent. C'est pourquoi nous avons alerté la BAZ (Brigade Anti Zachrysia) afin que toute tentative d'immigation non choisie soit sévèrement réprimée.

 

Qu'on se le dise.

 

Référence

Massemin D. et Pointier J.P. 2010. Ces escargots qui envahissent la Guadeloupe… Le Courrier de la Nature n°254, Mai-Juin 2010 : 16-17.

Photo Sophie Briand.

 

 


Par Le Toto-Bois - Publié dans : Etudes
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Samedi 6 octobre 2012 6 06 /10 /Oct /2012 17:55

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Frégate observée depuis la trace des crêtes aux Saintes.

 

 

Les interviews pas du tout imaginaires du Toto-Bois

 

 

Radio bois-patate nous a informés qu'une compétition hors du commun venait de se tenir en Guadeloupe. Trail dans le coeur du Parc National ? Coupe du monde de jet ski ? Merdecury day ?

Vous n'y êtes pas du tout. Ce défi opposait 3 ornithologues de grand renom, basés sur notre belle île, et piliers de l'association AMAZONA. Ils avaient décidé de battre le record du nombre d'espèces d'oiseaux observées dans un intervalle de 24 heures, en l'occurence le 29 septembre. Et ils ont baptisé l'évenement "Big Day".

 

 

Toto-Bois – Alors une question me brûle le bec, pourquoi cette quête ?

 

Frantz – Honnêtement, au départ, je voulais savoir combien d'espèces pouvaient être vues sur une journée. Et puis, au fur et à mesure, le défi a commencé à prendre de l'ampleur (du moins dans nos têtes !) : comment s'organiser, à quelle heure aller sur tel ou tel site, faut-il s'arrêter pour manger, se reposer ? La preuve, je me suis même entrainée deux semaines avant, et j'ai bien fait ! Et puis, Anthony est tellement un mauvais perdant et un teigneux, que c'était contagieux et à un moment, allez, pendant .... 3 secondes, j'ai espéré pouvoir l'écrabouiller, pour voir sa réaction s'il perdait !! Bon, je n'avais pas beaucoup d'espoir pour ça, mais un jour, qui sait... et puis quand à 13h18 il m'a envoyé un SMS pour me dire qu'il était à 76 espèces, j'ai reconnu l'art du Grand Maître, et j'ai su que c'était fini pour moi!!

 

Antoine – Pour le jeu bien sûr !!! Et surtout pour consacrer une journée complète à notre passion qu’est l’observation des oiseaux. Il se trouve que nous réalisons fréquemment des sorties de terrain pour effectuer des comptages, des recensements, des opérations de bagage qui sont davantage des observations à vocation scientifique. Le concept de la Big Day est vraiment une compétition entre amoureux des oiseaux qui demande de la préparation, de l’organisation et de la stratégie, tout comme peut le faire un sportif. Ce concept met vraiment « du piment » à la simple observation d’un oiseau, car dès qu’une espèce est observée, il faut tout de suite passer à une autre, puis une autre, ……afin d’obtenir la liste la plus complète possible.

 

Anthony – Pour le fun de la compétition avant tout et - il faut être honnête - se mesurer aux autres ! Mais pas seulement ! L'objectif était aussi de dynamiser un peu les troupes, créer quelque chose de nouveau en Guadeloupe, c'est quelque chose que font les américains depuis de nombreuses années et si ce n'est pas à la même échelle ça apporte aussi en terme de conservation par une meilleure connaissance des espèces mais aussi avec la collecte de fonds mais ça ça sera pour la prochaine édition... Pour être plus clair les gens disent qu'ils verseront par exemple un certain montant (en général quelques cents par espèces observées, ce qui a la fin fait une certaine somme qui sert à la conservation des espèces). Et enfin je dirais que comme ça n'avait jamais été fait personne ne pouvait répondre à cette question parfois posée par les enfants "combien on peut voir d'oiseaux dans une journée ?", maintenant on le sait...

 

 

 

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Ca c'est moi avec mon épouse légitime.

 

 

Toto-Bois – Quelle a été votre stratégie pour tenter de battre ce record idiot ?

 

Frantz – Je me suis fait un itinéraire en béton... tellement en béton que j'ai perdu....

 

Antoine – Arrivé depuis peu sur le territoire de la Guadeloupe, je partais déjà avec un sérieux handicap face à mes deux adversaires très affutés sur les oiseaux de la Guadeloupe et les sites d’observations. Ils ont tous les deux leurs secrets sur l’emplacement précis d’une espèce, et sont pratiquement capables de vous dire à quelle heure l’oiseau va se poser dans l’arbre, et sur quelle branche…

Bref, la mission de battre le record était pour moi quasi impossible, d’autant plus que la date du Big Day a été avancée d’une semaine, me laissant encore moins de temps de préparation !!! 

J’ai donc ciblé des sites d’observations où j’étais au moins allé une fois, et si possible, peu distants les uns des autres afin de limiter les temps de déplacement en voiture. J’avais au préalable calculé un temps maximum à consacrer par site d’observation afin de rester au plus près de mon « planning d’observation » afin de consacrer le plus de temps possible à l’observation.

 

Anthony – Repérage en amont, tester ses adversaires, à l'occase les diriger vers de fausses pistes, préparer le meilleur parcours possible afin d'optimiser le nombre de possibilités, puis la veille se coucher tôt ! Le jour J se lever tôt (1h55), dans la journée tenter de savoir où en sont les collègues, ne pas dévoiler trop vite ses découvertes puis ne pas baisser la garde même quand on sait que la victoire est proche...

 

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Pétrel Diablotin, imaginé sur les pentes de la Soufrière.

 

 

Toto-Bois – Avez-vous usé de ruse, voire de malveillance, pour voir plus d'espèces que vos concurrents ?

 

Frantz – Hélas, non! Je me suis même fait avoir, n'est-ce-pas Toto, naïvement, en lui disant quelques jours auparavant où j'avais vu tel ou tel oiseau !

 

Antoine – Le Big Day est encadré par des règles strictes qui ne doivent pas être transigées par respect des compétiteurs et de la philosophie de l’épreuve. 

Cependant, le jour J, j’ai utilisé comme tous les participants, la technique de la « repasse » pour certaines espèces. Cette technique (peu sportive je l’admets) consiste à émettre un chant d’une espèce d’oiseau, afin que celle si se manifeste ou réponde à son tour. Elle permet tout en restant assis sur son capot de voiture, de contacter et donc de lister certaines espèces d’oiseaux qui restent planquées au fin fond de la forêt.

Préalablement au Big Day et dans le cadre de ma préparation, j’ai questionné mes adversaires sur l’emplacement précis de certaines espèces locales, afin de pouvoir les revoir avec certitude le jour de la Big Day. Malgré la compétition qui s’approchait, ils m’ont gentiment renseigné et personne ne m’a envoyé chercher au fond d’une grotte un oiseau encore inconnu à ce jour…

 

Anthony – Oui ! Comme promis à Frantz je n'ai pas crevé ses pneus mais par contre une semaine avant j'ai fait croire que je m'étais fait sortir d'un étang privé où il y avait de nombreuses espèces assurées car je savais que tout le monde voulait y aller... Frantz a gobé, pas Antoine...

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Gobé quoi ? Moi j'ai fait une coche très goûteuse de Râle gris à l'îlet Fajou.

 

 

Toto-Bois – Peut-on faire le parallèle entre la chasse aux coches et la chasse aux oiseaux ? (je pense proposer ce sujet pour les épreuves du Bec de philo en section Nature).

 

Franz - Je ne sais pas... l'avantage de la chasse aux coches, c'est qu'après, l'oiseau part entier et vivant ! Je ne sais pas ce que ressentent les chasseurs, mais moi je sais que lorsque je rencontre un Bécasseau maubèche, un Courlis corlieu, ou même les petites parulines qui viennent hiverner chez nous, j'éprouve un immense respect pour ces êtres qui ont parcouru tant de milliers de kilomètres, vu tant de différents paysages que je ne peux même pas imaginer.

 

Antoine – La chasse aux coches est une activité toute aussi particulière que celle du Big Day, car elle consiste à essayer d’aller voir un oiseau que l’on n’a encore jamais vu, à l’échelle d’une vie et non sur 24h. Il faut effectivement être constamment à l’affût de l’éventuel oiseau rare qui pourrait « tomber » comme on dit dans notre jargon, c’est une vraie chasse de l’oiseau inconnu. La liste d’un cocheur peut effectivement être assimilée à celle d’un tableau de chasse d’un chasseur. Cependant, cette activité n’a (quand elle est pratiquée de façon déontologique) aucun impact sur l’oiseau lui-même, qui peut continuer librement sa migration et satisfaire d’autres passionnés d’oiseaux qui l’auront à leur tour découvert sur un autre site d’observation.

 

Anthony – Pas sûr de bien saisir la question... tu veux dire quoi par chasse aux oiseaux, avec fusil et cartouches, la vraie chasse quoi ??? Si c'est le cas je dirai pas tout à fait car quand je vais à la chasse je n'y vais pas spécialement pour flinguer tout ce que je vois et le plus possible, pour moi c'est la chasse photographique ou même le baguage qui se rapproche le plus de la chasse, là j'avais vraiment plus l'impression d'être dans une compétition sportive qu'à la chasse... et puis on vient de faire la Big Day mais il y a aussi la Big Year (même principe mais sur une année entière, là encore on se tire la bourre avec Frantz, mon record 171 sps en 2008...).

 

 

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Un faucon pèlerin asticotant un limicole au large de la Pointe des Châteaux (dessin N. Barré)

 

 

Toto-Bois – La quantité ça peut être bien mais la qualité c'est sympa aussi : quelle fut ta plus belle observation pendant ces 24 heures ? et pendant ta vie d'ornithologue ?

 

Frantz – Pendant ces 24h, J'étais VRAIMENT contente de voir les 6 Phaétons à bec rouge ! Je ne m'attendais pas à en voir un, alors 6 en même temps, c'était une belle observation.

Pendant ma "vie d'ornithologue", en Guadeloupe. Hum, c'est difficile de choisir une observation précise depuis que j'ai commencé l'ornithologie. Chaque coche a un goût particulier, et apporte de la joie, car c'est toujours agréable de voir une nouvelle espèce. Mais il y a des situations que j'aime énormément : c'est lorsque je fais de l'affût photo pendant plusieurs heures. J'essaie d'arriver très tôt sur le site que j'ai choisi, je m'installe avec mon affût, et le moment que je préfère, c'est lorsque les oiseaux commencent à se comporter comme si je n'étais pas là. Voir les aigrettes s'approcher à un ou deux mètres, ou encore un Balbuzard pêcheur se poser à 20 ou 30 mètres pour manger son poisson, et le summum, lorsqu'un Trembleur brun se pose sur mon affût à Lalanne ! Quelle surprise ! Pendant ces instants de solitude et de grand calme, j'observe leur façon d'évoluer autour de moi. Et ça suffit à me remplir de bonheur.

 

Antoine – A l’occasion de cette journée du Big Day, j’ai eu la chance de voir 4 nouvelles espèces de je n’avais encore jamais observées. Malheureusement, contexte de la compétition oblige, je n’ai pas pu pleinement profiter des observations et prendre le temps de photographier ces oiseaux. En ce qui me concerne, ce n’est pas forcément le fait de bien voir un oiseau qui marque, mais plutôt le contexte et surtout l’ambiance dans laquelle je l’ai observé. Mon meilleur souvenir de cette incroyable journée restera ma cession de pschitting en limite d’une mangrove vers Port-Louis, où j’ai pu observer 3 nouvelles espèces d’oiseaux en même temps, attirées par mes sifflements, peu après que je venais de perdre mon pot d’échappement dans une ornière du chemin d’accès à la mangrove. La notion de tristesse pour ma voiture et de joie de voir ces oiseaux été mêlée dans le même buisson.

Il est difficile de ne retenir qu’un fait marquant sur le plan de « ma vie » ornithologique. Cependant, le partage de la découverte de la première observation d’une espèce en France métropolitaine restera pour moi un grand moment. Dans un cadre plus général, le partage d’émotions avec d’autres passionnés face à l’observation d’un oiseau reste des ambiances qui me marquent particulièrement. Se retrouver avec 200 personnes face à une mouette qui est à plusieurs milliers de kilomètres de son aire normale de répartition restent des observations inoubliables.

 

Anthony – Lors de la Big Day la Paruline des prés, un magnifique mâle en arrière mangrove de Port-Louis sud, je ne l'avais pas encore vue cette année.

Sinon j'ai plein de super souvenirs de découvertes d'espèces puisqu'en 15 ans que je sillonne la Guadeloupe, j'ai eu la chance de découvrir plus de 40 espèces nouvelles... Cependant la découverte d'un Râle des genêts (espèce du Vieux Continent) au pied du phare de Petite-Terre restera un moment inoubliable, la méga grosse coche d'une vie, le rêve de tout cocheur ! Mais je suis partagé avec la découverte d'une famille de Dendrocygne des Antilles (toujours à Petite-Terre), coche pour moi de l'espèce en Guadeloupe et premier cas de nidification dans notre département, énorme aussi... et si je devais en donner un 3ème le Goéland de Kumlien (ex ailes blanches) le jour de mon anniversaire au port de Basse-Terre, joli cadeau...

 

 

Merci à nos trois compères, et pour vous prouver le sérieux de leur entreprise, vous pouvez télécharger la fameuse liste des espèces observées, évidemment contrôlée par Maître Corbeau, huissier spécialisé dans le domaine des noms d'oiseaux.

 

 

Par Le Toto-Bois - Publié dans : Ornitho
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Lundi 1 octobre 2012 1 01 /10 /Oct /2012 00:51

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Qui pourrait se cacher derrière ce tas de cailloux, poétiquement appelé cairn ?

 

 

Nous faisions état il y a quelques mois d'animaux extraodinaires rencontrés à Petite Terre : les Scinques. Pour un rafraîchissement de mémoire, voir .

 

Non seulement ces lézards sont très rares et n'avaient pas été vus entre 1998 et 2011 sur l'île, mais par dessus le marché, un certain Blair Hedge vient de faire une révision de la systématique de ce groupe aux Antilles.

 

Comme bien souvent quand les taxonomistes s'en mêlent, ça a mis la pagaille dans les connaissances. Et du coup, le statut de cette petite bête a changé du jour au lendemain. Auparavant, elle appartenait à l'espèce Mabuya mabouya, répartie de Grenade à Anguile. Depuis la révision en question, les jolis petits lézards dorés de Petite Terre sont rattachés à une nouvelle espèce : Mabuya desiradae, présente, je vous le donne en mille, à la Désirade et à Petite Terre. Ce qui fait peu, non pas en terme qualitatif, ces îles étant merveilleuses, mais il faut bien le reconnaître guère plus grosses qu'un mouchoir de poche.

 

On peut donc dire sans crainte de trop se tromper que cette espèce n'est pas très loin de l'extinction, compte tenu de sa minuscule aire de répartition, et de la taille de sa population. Pas facile de croiser des scinques dans le secteur.

 

Je n'en dis pas tellement plus, si ce n'est que, cerise sur le gâteau, il existe peut-être aussi une autre espèce ultra-rare et localisée à... l'îlet à Cochons : Mabuya cochonensis (ce n'est pas une blague).

 

Tout ceci est précisé par le menu dans le rapport AEVA n°35 qui vient tout juste de sortir des presses, vous n'avez qu'à clicquer ici bande de veinards. Nous l'avons pompeusement intitulé "Les dernières populations de Scinques dans les Antilles françaises : état des connaissances et propositions d'actions" . On peut dire que j'ai usé quelques unes de mes plumes de Toto-Bois pour trouver un titre aussi alléchant.

 

Dans ce document, nous expliquons toutes ces histoires un peu fastidieuses, mais ô combien importantes, de nomenclature et répartition historique des espèces dans nos chapelets d'îles. Nous dressons également les grandes lignes d'un projet que nous nous sommes mis en tête de réaliser, pour essayer d'en savoir plus. 

 

 

 

Référence bibliographique

Hedges, B. & Conn, C.E. (2012). — A new skink fauna from Caribbean islands (Squamata, Mabuyidae, Mabuyinae). Zootaxa, 3288 : 1-244.

 

Par Le Toto-Bois - Publié dans : Reptiles
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Mercredi 12 septembre 2012 3 12 /09 /Sep /2012 00:20

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Il fut un temps pas si lointain où AEVA communiquait à l'aide d'un média devenu rare : le papier.

 

Le rythme des parutions était inégal, et l'édition d'une centaine d'exemplaires 2 A3 recto verso laborieuse. Sans compter les étiquettes d'adresses à éditer et les timbres à coller.

 

Temps révolus, mais des traces demeurent. Voici la collection complète des 8 numéros du Toto-Bois qui sont parus entre 1994 et 2000.

 

N°1 : Le Toto sort du bois

N°1 hors-série : Mygales Martinique

N°2 : Etude PNG aux Saintes

N°3 : Spécial baguage

N°4 : Spécial réseau Tortues

N°5 : Retour après 3 ans d'absence

N°6 : Diablotin, aigrettes, etc...

N°7 : Focus chauve-souris

N°8 : L'année ou la botanique est arrivée

 

Point de nostalgie, le blog nous permet sans doute de promouvoir davantage votre goût pour la nature.

 

Par Le Toto-Bois - Publié dans : Histoires
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Samedi 8 septembre 2012 6 08 /09 /Sep /2012 22:33

Ou : Enfin un rôle utile des cyclones en Guadeloupe !

Pingo a échappé de peu aux chasseurs de Guadeloupe grâce à Isaac !

 

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Marais de Port-Louis, lieu mal fâmé pour limicoles en tous genres.

 

 

 

Qui est Pingo ? Un de mes cousins, un Courlis corlieu. Un de nos alliés, qui tient à garder l'anonymat, nous rapporte les faits suivants. C'est du journalisme d'investigation où je ne m'y connais pas.



Pingo, le Courlis corlieu qui traversait les Antilles lors de sa migration vers le sud, et et qui était suivi par satellite, a dû contourner la Guadeloupe en raison du passage de la tempête Isaac. Il est arrivé sain et sauf sur le continent sud-américain et a donc évité le sort des deux autres Courlis corlieux suivis, tués quasi simultanément lors de leur arrivée en Guadeloupe en septembre 2011.

 

L'affaire avait fait grand bruit dans le petit monde naturaliste, dépassant largement les limites de l'archipel guadeloupéen. La présidente de la SCSCB (Société pour l'Etude et la Conservation des Oiseaux de la Caraïbe) s'était même fendue d'un "courrier de préoccupation" (ces anglo-saxons ont le sens de l'euphémisme) auprès du préfet de Guadeloupe, que nous vous joignons ici.

 

Courrier à télécharger

 

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Monsieur le Préfet,

 

Veuillez s'il vous plaît trouver un courrier de préoccupation de la Société pour l'Etude et la Conservation des Oiseaux de la Caraïbe (SCSCB) au sujet du tir récent, en Guadeloupe, de deux limicoles portant des balises Argos. Nous attendons avec impatience de travailler avec vous sur cette question.

------------------

Je ne suis pas certain que le Préfet ait manifesté beaucoup d'impatience à répondre.

 

Les cyclones seraient ils la seule manière de donner un répit aux oiseaux migrateurs passant dans les Antilles françaises ?
Probablement plus que les autorités et offices responsables de la mise en oeuvre des réglementations. Ils n'ont certainement pas prévu de proposer de suspendre la chasse aux oiseaux épuisés lors et après le passage de cette perturbation climatique comme la loi le permet pourtant.

 

Suvi du dossier

 

- 8 octobre 2012 - Nous (collectif AMAZONA, LPO, AEVA, ASFA, le CAROUGE, le GEPOG) réitérons notre demande au Préfet, voir courrier joint.

 

- Et en rangeant mon vieux trou de nidification, j'ai encore retrouvé un courrier datant de... 1995. Les Préfets se suivent, les problèmes demeurent. Voir fichier joint.

Par Le Toto-Bois - Publié dans : Sujets qui fâchent
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